Yutaka Takanashi
Sortie ouest de la gare de Shinjuku, 1965 © Yutaka Takanashi, Courtesy Galerie Priska Pasquer

Jusqu’au 29 juillet, la Fondation Henri Cartier-Bresson nous présente pour la première fois en France, 3 des séries majeures du photographe japonais Yutaka Takanashi, figure emblématique du renouveau photographique japonais, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
Depuis 2011, la France, semble redécouvrir cette génération de photographes, et ceci grâce au Bal et sa saison japonaise où la série Machi avait déjà été présentée.

Kazuoki NozawaNé en 1935, dans un quartier populaire de Tokyo, l’actuel quartier de Skinjuku, Yutaka Takanashi se passionne très jeune pour la photographie, se spécialisant dans la mode, le design urbain. Il sera l’assistant du photographe publicitaire Osamu Yagi, puis collaborera avec le Nippon Center design, l’une des plus importantes agences de publicité de Tokyo pour devenir enseignant à l’université Zokei.

En 1968, alors que des mouvements contestataires contre la guerre du Vietnam, se lèvent aux quatre coins du monde, Takanashi cofonde le mouvement Provoke ainsi que la revue éponyme, journal philosophique et politique mais également jalon majeur de l‘histoire de la photographie japonaise. Fondé en collaboration avec Takuma Nakahira, Koji Taki et Takahido Okada, ce mouvement définit la photographie comme le seul médium capable de saisir la réalité, véhiculant avant tout une énergie brute d’une force expressionniste. Ce court phénomène, car dissout en 1970, accueillera Daido Moryama, dès le second numéro.

Le parcours de l’exposition est divisé en deux parties, sur deux étages, espace de la Fondation HCB oblige, mais qui correspond bien aux deux visions chromatiques de Takanashi.
Au premier étage est présenté la série Toshie-e (vers la ville) en 50 clichés noir & blanc, réalisés entre 1965 et 1970. Pour cette série, Takanashi traque l’invisible, le tumulte, en prenant des photos de la ville et de la campagne environnante depuis une voiture, le plus souvent. Cette série sera l’objet d’un livre – présenté à l’exposition - à la maquette sophistiquée publié en 1974, en collaboration avec le graphiste japonais Kôhei Sugiura.

Yutaka Takanashi
Sans titre, début des années 1970 © Yutaka Takanashi, Courtesy Galerie Priska Pasquer

Yutaka Takanashi
Place Hachiko, gare de Shibuya, 25 avril 1965© Yutaka Takanashi, Courtesy Galerie Priska Pasquer

Au second étage, les 35 tirages couleur de la série Machi (1977) soulignent que Takanashi aborde la ville sous un autre angle. Muni d’une chambre photographique, lui permettant des tirages de très grands formats aux couleurs chaudes et intenses, il photographie l’immobilité encore présente dans les plus anciens quartiers de Tokyo où le Japon traditionnel garde sa pleine identité. Comme en suspens, car l’on voit déjà dans ces « natures mortes » l’empreinte de la modernité. Au milieu d’objets ancestraux s’immiscent des bouteilles de Coca Cola, un photomaton, des Kleenex.

Yutaka Takanashi
© Yutaka Takanashi, Courtesy Alexis Fabry (Toluca Editions), Paris

Yutaka Takanashi
© Yutaka Takanashi, Courtesy Alexis Fabry (Toluca Editions), Paris

Le sens du détail, le témoignage d’une disparition programmée est aussi très présent dans la série des bars Golden-Gai Bars à Shinjuku au moment de leur fermeture en 1982.

Pour lui, la ville est depuis toujours le centre de sa réflexion photographique. A travers ses fragments du réel, il joue sans cesse de ces paradoxes, de ce regard à deux niveaux : réalisme/ poésie, miroir/ fenêtre, visible/ invisible, documentant sans cesse les mutations du Japon. Les changements radicaux de la vie contemporaine japonaise sont le thème souterrain mais récurrent de son travail, pour signifier la ville, en la photographiant de près, de loin, de très loin.

Katia Cordova
© Katia Cordova
La ville comme lieu de flux, de passage, en perpétuel mouvement Toshie-e, mais également lieu de mémoire, lieu de vie traditionnelle Machi. Usant de diverses approches, Tokyo s’est vue être le modèle préféré, figée par l’objectif photographique de Takanashi. Il n’aura de cesse de voyager dans les méandres de cette ville, et d’observer par une vision instinctive du réel, la réalité de la ville sous le joug de la modernité industrielle.

Chaque série a fait l’objet d’une publication de livres de photographie, comme seul le Japon a le secret. Contraints par des circuits de diffusion différents de ceux de l’Occident, à savoir l’édition et la presse, les photographes japonais privilégient les images en série, confectionnent des livres-objet aux maquettes des plus élaborées et remarquables dont quelques magnifiques exemples sont exposés en regard des tirages de Takanashi.

Katia Cordova
© Katia Cordova

La majorité des tirages noir et blanc de cette exposition proviennent de la galerie Priska Pasquer, Cologne, grande fervente de la photographie japonaise.

Catalogue de l’exposition :
Yutaka Takanashi, coédition Fondation HCB et Toluca Editions, 2012 

Catalogue exposition Yutaka Takanashi


 Fondation Henri Cartier Bresson
2, impasse Lebouis, 75014 Paris
Nocturne gratuite le mercredi de 18h30 à 20h30

www.henricartierbresson.org
www.priskapasquer.de

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