Cet article est tiré de l'ouvrage
Le portrait
de Bruno Lévy
paru aux éditions Pearson France.

Chapitre 3 : Le cadre / La composition


Voir la Table des matière complète.

- Quelques règles
- ... Mais suivre avant tout ses intuitions
- Des formes et des masses

- Point de vue, perspectives et photogénie

- Lumière et couleurs




Le Portrait

La composition

Quelques règles…

Quand j’arrive à un rendez-vous, ma première préoccupation est de repérer les lieux pour définir quel endroit conviendra le mieux à la prise de vue : un fond uni, une perspective avec une certaine lumière, un espace coloré, un lieu propice à établir un lien… ce peut être un endroit calme avec un peu de cachet, comme une bibliothèque, plutôt qu’un bureau, un espace où les tensions retombent. Une fois ce lieu défini, je recherche le cadrage tout comme le peintre fait des esquisses avant la toile définitive, le chef opérateur des repérages, le publicitaire des « roughs » (esquisses de l’encart publicitaire).

Henri Cartier-Bresson, qui dessinait et peignait, conseillait de faire un rectangle de ses doigts pour analyser les cadrages possibles. On peut aussi fabriquer un cadre dans un carton noir. Au cinéma, on utilise un viseur. Ce n’est pas au travers de l’appareil photo, le doigt sur le déclencheur, que l’on cherche.

Le Portrait - Le cadre

Le cadre dans l’œil.

La recherche de composition est instinctive, mais régie principalement dans notre culture par le nombre d’or.

Le nombre d’or correspond à un calcul mathématique savant destiné à définir les meilleures proportions des formes et masses dans l’image. Déduit à la Renaissance de formes considérées comme parfaites (le carré et le cercle), il permet d’obtenir un rectangle dont les proportions sont considérées comme harmonieuses. Les standards photographiques, comme le format 24 × 36, sont proches de ces proportions.

Le nombre d’or

Le nombre d’or apparaît comme une théorie tirée du Da Vinci Code ou de quelque secret des Templiers.

C’est une étude mathématique tendant à établir les bases du rapport harmonieux d’un rectangle. Il a été utilisé par de nombreux artistes et fait partie de notre fond culturel en termes d’image.

En respirant un grand coup on peut lire la définition suivante :

Le nombre d'or est la proportion définie initialement en géométrie comme l'unique rapport entre deux longueurs telles que le rapport de la somme des deux longueurs (a+b) sur la plus grande (a) soit égal à celui de la plus grande (a) sur la plus petite (b), ou : (a+b)/a = a/b.

Euclide (env. –325/–265 av. J.-C.) nomma le partage d'un segment en deux longueurs vérifiant cette propriété le découpage en extrême et moyenne raison. Le nombre d'or est souvent désigné par la lettre grecque φ (phi) en l'honneur du sculpteur Phidias (actif de 479 à 432 av. J.-C), qui l'aurait utilisé pour concevoir le Parthénon.

On doit au mathématicien Leonardo Fibonacci (1170-1250) la suite de chiffres qui a pour constante ce nombre : 1,618… ; il mit en évidence le fait que la nature reproduisait ce rapport dans certains cas.

Le nombre d’or permet de construire un rectangle harmonieux, auquel on a donné le nom de « divine proportion » (De divina proportione, Fra Luca Pacioli, 1498).

L’architecte Le Corbusier établit, lui, le modulor fondé sur le rapport des nombres de Fibonacci pour trouver les harmonies entre l’homme et l’espace architectural.


Nous voyons que le format 24 × 36 est proche du nombre d’or (En fait, il devrait être 24 × 38,832 cm).
Voici donc un rectangle harmonieux « de divine proportion ».
Un rectangle d’or est un carré auquel on ajoute sa base multipliée par 1,618.



Marianne Baroso.

Le rectangle d’or sur un 24 × 36. Il apparaît que les deux formats sont très proches.
Canon EOS 5D Mark II, f/1,4, 1/50 s, 4 000 ISO

La règle des points forts

En divisant la taille du grand côté du cadre blanc intérieur par 1,618 et en plaçant une première ligne imaginaire en partant de la droite, puis une seconde en partant de la gauche, on obtient les lignes d’or verticales. En répétant le processus pour le petit côté, on obtient les lignes d’or horizontales.

Les points d’or ou de force sont les intersections de ces lignes.

Le Portrait - Le cadre

Ce sont les points où doivent se trouver peu ou prou les éléments les plus importants de l’image. Qu’il s’agisse d’un portrait, d’un paysage ou de tout autre sujet, cette logique se confirme dans les faits.

La règle des tiers

On voit que l’image se découpe horizontalement et verticalement en trois sections, les tiers. Cette représentation permet de comprendre l’absence d’intérêt de placer le sujet principal au centre de l’image ou de découper l’image en deux parties égales : les éléments importants ne seraient pas sur les lignes d’or ni sur les points de force. La règle des tiers dicte de placer, par exemple, la ligne d’horizon d’un paysage sur l’une de ces lignes.

  Le Portrait - Le cadre

La spirale d’or découle de la théorie du nombre d’or.
Elle est créée à partir d’un rectangle d’or, puis d’un carré qui en est issu,
en une opération réitérée un certain nombre de fois : elle est formée de quarts de cercles successifs inscrits dans chaque carré.

La spirale d’or se rapprocherait-elle d’une spirale logarithmique ? Même si cela nous parle confusément, il est intéressant de savoir que les proportions de nos négatifs et capteurs ont été créées suite à une réflexion qui a mobilisé les gens d’images depuis des siècles.

Bien sûr, personne ne pense au nombre d’or en composant une photographie. Dans notre culture, les images que nous avons appris à respecter sont cependant issues de cette tradition. Elle fait partie de notre œil. Tirons-en le meilleur parti en jouant sur les codes de ces conventions.

… Mais suivre avant tout ses intuitions

Je dois donner à voir un personnage. Je cherche un lieu qui ait certaines qualités esthétiques et lumineuses. Ces qualités doivent également dépendre du sujet et de l’interaction sémantique entre le lieu et lui.

Le fond ou le lieu est aussi important que la personne. Quand je « lis » cette photographie de François Hollande, je perçois d’abord l’ambiance de nuit avec un personnage. Ce n’est que dans un second temps que je nomme le personnage sur la photo. Un portrait, c’est un personnage dans un lieu.



François Hollande.

Le bureau ne me paraissait pas être un lieu propice à un portrait ; la ville et son ambiance offrent un décor autrement évocateur.
Pour un politique, c’est le meilleur endroit, « la vie de la cité » est son credo. Le plus difficile est de trouver la bonne focale.
Une focale plus courte rend le fond trop présent, pas assez « aérien ».
L’allongement de la focale donne un côté tournage de film.
L’ambiance photo de nuit me vient d’un souvenir du film Shadows, de John Cassavetes.
Il a un traitement brut de l’ambiance et un jeu des personnages très humain.
Canon 5D Mark II, f/2,5, 1/100 s, 3 200 ISO, focale 135 mm

Le fond doit soit exprimer quelque chose sur le personnage, soit être un espace en toile de fond neutre.

Cet espace doit surtout être ordonné, il est une deuxième image. Il faut être attentif aux interactions visuelles possibles entre le personnage et le fond : poteaux qui sortent de la tête, etc.

Des formes et des masses

Le Portrait - Le cadre

Pierre et Sonia Watt, des masses comme tracées à la gouache.

Regarder les masses de couleurs et de densité du fond et réfléchir au contraste éventuel possible avec le visage,
penser le sujet en termes de masses de clarté et de masses sombres. Imaginer, comme dans un collage cubiste,
les harmonies et les disharmonies… On peut réduire cette image à un ensemble de couleurs et de masses rapidement crayonnées.
Le pull de Pierre étant le cadre sur lequel on lit Sonia – plus claire en valeurs.
La perception des formes du premier plan comme des taches de clarté, très contrastées en noir/blanc,
est accentuée par le second plan où les trois couleurs primaires, le jaune, le bleu et le rouge, sont présentes.
Samsung NX, f/3.8, 1/60 s, 1 600 ISO

Les points forts de l’image sont les endroits par lesquels passe le regard. La lecture se fait en Z, de gauche à droite. Dans le cadre d’un travail pour une entreprise taïwanaise, j’ai eu l’occasion de réaliser un portrait de groupe de dix personnes. Cette image, nous y avons passé plus d’une heure avec les personnages en place. Aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte qu’il est très difficile de demander à un groupe, dans notre culture occidentale, de participer avec calme durant un tel laps de temps à une image.

Le Portrait - Le cadre

Portrait de la famille Atoma-Le Gallais.



Julie.
Une pose à l'ancienne et un jeu de contraste sur les couleurs, entre le rouge et le vert.
Les masses de couleurs sont réhaussée et le fond rééclairé est éclairci. Ce sont les masses de couleurs qui dessinent la figure.

Pour organiser un portrait de groupe, tout tient dans le mot « organisation ». Un groupe de personnes a une capacité de concentration réelle limitée à une dizaine de clichés au maximum. Il est impératif de prévoir la lumière, le lieu, les emplacements et de les organiser au plus vite, tout en ne se décidant à prendre la photo que quand tout le monde est réellement en place comme on le souhaite.

La photo de groupe se fait dans la contrainte de ne pouvoir créer qu’une ou deux photos, puisqu’un groupe perd sa capacité de concentration au-delà de dix clichés. Les toutes premières images sont souvent les meilleures. Les groupes n'obtiennent pas très longtemps la concentration de tous leurs membres.

Quand on regarde d’anciens portraits de groupe, on est fasciné par l’expression sérieuse et concentrée de ces gens qui regardent l’objectif. Ils tiennent la pose et attendent le clic de l’opérateur, ce qui est devenu très difficile aujourd’hui, peut-être parce que l’objet lui-même n’est plus rare comme autrefois, lorsque cette photo de groupe faisait partie des seules traces du passé que l’on gardait en images.

Le Portrait - Le cadre Le Portrait - Le cadre

Le Portrait - Le cadre

Portrait de famille.

Évidemment, on devra prévoir de diaphragmer sérieusement, à 11 ou 16, afin d’avoir une profondeur de champ suffisante.
Si l’on est seul, on peut mettre l’appareil sur pied et se photographier aux différents endroits
pour vérifier la profondeur de champ et la place exacte et, surtout, pour trouver une disposition dynamique.
Il faut prévoir à l’avance de placer les personnages sur différents plans pour introduire de l’espace dans l’image.
Ici, nous avons quatre plans : trois plans verticaux successifs (trois personnages derrière,
la dame assise, puis l’enfant au coussin) et un dernier plan qui donne du volume à l’ensemble, celui de la petite fille au chien.
Elle n’appartient pas exactement aux trois autres plans et s’en détache par sa lumière.
L’image donne à lire une série de formes triangulaires.
En photographie de presse, on laisse sur un portrait de la matière neutre – ici, le mur du fond –
pour permettre l’accroche d’un titre ou d’un texte. Cela facilite le travail du maquettiste qui n’aura pas à recréer du fond.

Le Portrait - Le cadre

Christian Bobin pour Le Pèlerin.

On a pu produire une double page à partir du portrait de Christian Bobin en éliminant de la matière sur la gauche de l’image.
De ce fait, le visage s’est trouvé sur le point fort gauche/haut. L’expressivité du personnage est l’élément déterminant de cette image.
J’avais déjà rencontré Christian Bobin et je savais qu’il était capable de ces éclats de rire spontanés.
C’est une personne en mouvement, qui ne prend pas de poses savamment étudiées.
Il reste devant l’objectif, puis s’enfuit en disant : « Le gibier se défile. »
Le lieu de la photo est une promenade impromptue, ce qui est souvent le meilleur moyen de faire des portraits.
En parlant, en marchant, les gens se détendent, la conversation peut s’engager.
Pour le photographe comme pour le modèle, le fait de choisir pour lieu de prise de vue un endroit extérieur permet
une relation moins coincée. L’espace public est par lapalissade la place de tout un chacun,
où il est plus facile d’adopter une attitude moderne et décontractée que dans l’intimité d’un bureau.
Canon EOS 5D Mark II, f/4, 1/250 s, 250 ISO

Point de vue, perspective et photogénie

Le Portrait - Le cadre Le Portrait - Le cadre

Claude Levy sur le pont de Clichy.
Sur cette photo, je suis dans une légère plongée. Le point de vue au niveau des yeux du personnage
donnera un côté franc au portrait. La plongée est utile pour affiner les traits, le plan des yeux et du front devenant plus important.
La focale ne change pas le point de vue, mais elle modifie la perspective. Ici, elle intensifie la plongée du regard v
ers le point de fuite, qui est aussi l’endroit où se trouve le visage. Le grand angle léger du 35 mm
peut induire une déformation des proportions du personnage. Elle peut en grossir les avant-plans.
J’avais photographié un monsieur avec une bonnette en gros plan très serré. Son nez, imposant, l’était devenu encore plus.
Il me dit : « Votre photo est bien, mais je ne sais pas si ma mère me reconnaîtra. ».
Dans cette d’image, le 35 mm permet cependant de conserver au maximum le contexte.

Leica M6, 35 mm, Tri-X Pan

Quand je veux faire une image, je choisis un point de vue. Mon médium ayant pour but de produire une image, je dois penser la perspective pour exprimer un point de vue. C’est prendre les mots « point de vue » au sens propre.

Le point de vue est le point d’où l’on regarde. Le point de fuite est le point où convergent les perpendiculaires au plan de front. C’est la position du point de vue qui détermine le niveau du point de fuite et de la ligne d’horizon.

Le regard a une signification possible dans le point de vue : si l’on regarde quelqu’un en contre-plongée (du bas vers le haut), on risque de le rendre peu sympathique : il est imposant, cette perspective déforme ses traits.

Le Portrait - Le cadre

Jean Nouvel pour Le Moniteur, lors de la construction du musée des Arts premiers, Quai Branly.

Cette photo a été prise pendant une visite du musée Quai Branly, alors en cours de construction,
où l’architecte rencontrait quelques journalistes. J’ai repéré l’endroit du portrait en me promenant.
Une fois celui-ci trouvé, la photo a été prise rapidement, une dizaine de vues ont été possibles.
Il s’agit d’une construction en contre-plongée : c’était nécessaire pour rendre le bâtiment et la tour Eiffel.
Les diagonales des deux bâtiments convergent vers le même point de fuite auxiliaire.
Les verticales sont parallèles les unes aux autres.
La découpe créée dans le ciel par les bâtiments du haut donne une notion de cadre dans le cadre.
Cela définit trois plans dans l’image (le sujet, les immeubles, le ciel avec la tour Eiffel) qui renforcent
la notion de profondeur. Sur ce cliché, comme sur le précédent, le point de fuite est proche du visage
et c’est également une zone claire qui attire le regard.
Rolleiflex, Tessar f/8, 1/125 s, Tessar Kodak, 400 ISO

Les photographes américains, Arnold Newman par exemple, ont beaucoup travaillé sur ce type de portraits : ceux d’artistes avec leurs œuvres sont intéressants à réaliser, le support en est très riche en éléments visuels.

Le Portrait - Le cadre

Céline Berest via mylittleparis.com.
Canon EOS 5D Mark II, f/4, 1/200 s, 50 ISO, éclairage Profoto 600R

La photogénie est souvent affaire de perspective : un visage peut se révéler sous un angle particulier. Tous sont plus ou moins dissymétriques, parfois d’une manière très marquée. Tournez autour des visages, faites-les tourner aussi pour voir comment ils réagissent, quel sens particulier donne chaque profil. Selon l’angle, le visage change. Des courbes gracieuses peuvent apparaître ou disparaître.

On voit parfois très vite dans quel sens il faut orienter certains visages pour les avoir sous l’aspect le plus flatteur. Pour d’autres, des essais très basiques « shoot and see », permettent une approche rapide. La lumière doit arriver dans le sens du visage, elle doit venir avec lui, légèrement d’en haut et sur le côté vers lequel il est tourné.

Dans le même temps, il faut manipuler la lumière sans perdre le fil de la discussion. L’expressivité du visage ne peut pas se répéter ad vitam aeternam, il est donc préférable de choisir le matériel et les manipulations le plus simples possibles.

Une fois déterminé le bon profil, dans un premier temps, je préfère ne pas diriger la personne pour appréhender ses expressions, son sourire. Éventuellement, ensuite, je lui demanderai un mouvement de menton vers le haut, un sourire plus large, mais il vaut mieux saisir ce qui se donne à photographier.

En dirigeant, le photographe pose un a priori qui ne correspond qu’à lui et il risque de perdre ce qui fait réellement la personne en l’enfermant dans une pose.

Les gens habitués aux médias, comme les acteurs, ont sans doute appris seuls à corriger les défauts de leur photogénie. Ce peut être des lèvres trop pincées, une tête rentrée dans les épaules, un regard à assumer, un bon profil… Passer à l’image est un exercice qui nécessite de l’expérience ; vous donnez peut-être à la personne dont vous faites le portrait son premier cours. La photogénie est, en premier lieu, une question d’assurance : que le modèle soit beau, laid, gros, petit ou superbe n’a pas vraiment d’importance. L’essentiel est que le regard soit assuré et le reste du corps suivra.

Sur les photos trois et quatre de Céline, la différence dans le regard est flagrante. La lumière dans ses yeux est moins dure, on note surtout que son visage est moins fermé, qu’elle a pris possession de son rôle. C’est à la fois psychologique et matériel : le fait d’attacher les cheveux met le visage en valeur.

Pour donner cette assurance au modèle, le mieux est de le faire parler de lui, de le laisser prendre la place. C’est à travers votre intérêt pour cette personne et votre manière de l’aider à se mettre en place que se fera au mieux votre image. Vous êtes le reporter d’un visage et d’une personnalité, prenez des notes mentalement. Personnellement, je pense qu’il y a un moment où les gens « reviennent à eux » quand on prend un peu de temps. Le fait de les regarder, de travailler avec eux sur leur image, de les amener à faire de leur séduction un jeu, d’être, enfin, dans une sphère d’intérêt pour eux est un moment de pensée positive sur eux-mêmes. Ils s’ouvrent à l’objectif parce qu’ils sont sensibilisés à la photographie et qu’ils ont un intérêt pour ce travail.

Cette sensibilisation, qui va ouvrir le regard de l’un et de l’autre, est réciproque : le photographe apprend cette personne, se sensibilise à elle. Le visage fermé des premières photos est souvent dû au fait que le photographe est tout aussi fermé que la personne qu’il photographie. Il doit, lui aussi, prendre sa place, jouer son rôle et regarder cette personne.

C’est l’attitude du photographe et sa prévenance à l’égard du modèle qui l’amèneront à obtenir un cliché satisfaisant.

N’hésitez pas à dire à votre modèle que vous le trouvez photogénique, charmant, mettez en avant ses vrais points positifs, sans lui mentir. Il se redressera et sera plus sûr de lui.

Lumière et couleur

La lumière et la couleur participent aussi de cette « révélation » de la personne.
Selon les éclairages, un visage peut réellement changer. Un clair-obscur, une lumière vive, la lumière de l’automne ou celle du printemps et le visage n’exprime plus de fatigue, le regard s’illumine.

Observer la lumière naturelle, c’est comprendre l’importance de ces réflexions que subit la lumière et de l’impact qu’elles ont sur le sujet dans le cadre.
 

Le Portrait - Le cadre

Dimitri et Aurore au jardin du Luxembourg.

Canon EOS 5D Mark II, f/11, 1/250 s, 50 ISO, rééclairé au flash Profit

Selon la qualité de lumière qui frappe un lieu général (et la saison), le résultat des lumières ne sera pas le même. Dans la lumière très vive du Sud, le soleil se réverbère sur les surfaces et éclaire les ombres. Les impressionnistes observaient cette vivacité de la lumière et la traduisaient. La montagne Sainte-Victoire n’existe, en tant que sujet de peinture, que par cette lumière.

Cette image de Dimitri et Aurore « claque » par le flash qui éclaire les personnages à l’ombre. Elle eut été cependant plus terne un jour gris, parce qu’elle bénéficie des réverbérations générales d’une journée très ensoleillée. Pour reproduire cette lumière par temps gris, il nous faudrait une puissance extrême en réflexion.

La lumière a une incidence sur la couleur. Celle d’un jour gris désature les couleurs, celle d’un jour de printemps les fait revivre, particulièrement parce qu’elle est à la fois douce et vive, sans cette violence de la lumière d’été qui détruit la passation entre les couleurs et les tons.

Au jardin du Luxembourg, la chef-jardinière choisit les fleurs en fonction de la lumière de la saison, sachant que le rouge d’un géranium n’aura pas la même force sous le soleil de juin que dans la lumière de janvier.

La gamme de couleurs produite par une lumière comme celle du printemps est large, avec des contrastes délicats. On retrouvera cette gamme le matin ou en fin de journée.

Enfin, les vêtements sont des réflecteurs pour la lumière. Une chemise claire débouchera les ombres, un tee-shirt noir les accusera plus certainement. La couleur des vêtements se réverbère sous le visage et vient le teinter. Il en est de même pour les murs, les rideaux, tout support à la lumière ambiante qui la colore. Un mur rouge apportera des reflets rouges sur l’image, il faut faire attention à ce qui n’est pas là un détail : les studios sont blancs pour assurer la neutralité de la lumière. Inversement, les néons colorés dans une rue de nuit apporteront des éclats de couleurs à utiliser.

Petite bibliographie
Le traité des couleurs, Goethe & Steiner, Éditions Triades, 2000
L’art de la couleur, Johannes Itten, Bordas, 2004



Cet article est tiré de l'ouvrage
Le Portrait de Bruno Lévy paru aux éditions Pearson France.

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Bruno Lévy
 
Bruno Levy intègre en 1984 le laboratoire noir et blanc de l'Agence France Presse, puis le laboratoire noir et blanc de l'agence photo SIPA et enfin le laboratoire du quotidien Libération. En 2007, il se lance comme photographe freelance et réalise des portraits dans de nombreux journaux tels que Le Monde, Les Echos, Challenges, Médias, Psychologie magazine ou Grazia. Il crée également un blog sur lequel il met en ligne des portraits réalisés au hasard de gens rencontrés dans la rue.
 
Le Portrait

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Toutes les photographies sauf mention contraire, sont de l’auteur.
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