Cet article est tiré de l'ouvrage
Photographier les plus belles lumières
de Frédéric Lefebvre paru aux éditions Pearson Éducation.

Atelier 12 : Photographier la ville la nuit


Voir la Table des matière complète.

- Comprendre la lumière
- Être au bon endroit au bon moment
- Les accessoires indispensables

- Les techniques indispensables pour maîtriser
son appareil photo
- 16 Ateliers pratiques




Photographier les plus belles lumières

Analyse de la situation

Certaines villes sont connues pour leurs quartiers lumineux éclairés aux néons comme New York ; Hong Kong possède encore plus de néons et d’enseignes lumineuses ; Paris « la ville lumière » met remarquablement bien en valeur et en lumière son patrimoine. N’attendez pas pour aller saisir ces ambiances remarquables, chaque ville regorge d’occasions de réaliser de superbes images.

Image mal composée. Bien que cet atelier soit consacré aux lumières de la ville, il ne s’agit pas de photographier les lumières au sens propre, en tout cas pas les sources lumineuses elles-mêmes. En effet, ce n’est pas tant la source qui importe, mais ce qu’elle éclaire. Une image centrée sur la source manque la plupart du temps d’intérêt.

Photographier la ville la nuit
Cette photo se concentre trop sur le néon lui-même et ne montre rien d’autre de la scène.

Image sous exposée car mesure faite sur la source elle-même. Les situations qui font cohabiter les lumières vives et les parties sombres sont généralement une source d’erreur d’exposition. La mesure de la lumière ne doit pas être faite sur la source principale car cela produira inévitablement une sous-exposition.

Photographier la ville la nuit
Time Square photographié depuis l’Empire State Building. Une mesure spot a été faite sur la partie centrale, provoquant une importante sous-exposition du reste de l’image.

Les outils de l'atelier

• Pour bien comprendre les lumières de la ville, voir « Les sources de lumière artificielle » page 4.
• Pour utiliser son trépied et son objectif lumineux, voir page 16 et 33.
• Pour maîtriser les techniques d'exposition et le bruit numérique, voir page 39 et 42.

Comment procéder ?

Préparation et planification

Repérer les quartiers commerçants. Un bon repérage avant une séance photo vous fera gagner du temps :
• repérez sur une carte les quartiers commerçants et les monuments susceptibles d'être de bons sujets de photos ;
• calculez le temps qu'il faut pour vous y rendre.

Photographier la ville la nuit
La rue Kowloon, un haut lieu du commerce à Hong Kong, est active jusque tard dans la nuit.

Un point de vue élevé est essentiel pour les vues d'ensemble. Recherchez les immeubles, les collines dominant la ville ou prenez de la distance : rendez-vous dans un parc ou gagnez l'autre rive d'un fleuve pour obtenir un point de vue dégagé.

Photographier la ville la nuit
Un point de vue élevé vous permettra d’obtenir une vue d’ensemble de la ville, comme ici à Hong Kong.

La bonne heure. Les meilleures heures pour photographier la ville sont les mêmes que pour la photo de nature. Même si les lumières de la ville fonctionnent une bonne partie de la nuit, il est en effet préférable de photographier à la fin ou au lever du jour plutôt que par nuit noire, surtout pour les vues d'ensemble. La juxtaposition des lumières naturelles et artificielles est particulièrement séduisante.
Prenez en compte les heures d'illumination des bâtiments et des monuments : la tour Eiffel scintille par exemple tous les soirs à l'heure exacte pendant 10 min.

Photographier la ville la nuit
Photographier au moment du coucher de soleil ou juste après permet de mélanger les lumières du jour
et les lumière artificielles de la ville, comme ici à New-York.

La présence d'activité humaine. L'activité humaine est également un facteur à prendre en compte, car elle permet de rendre l'image plus vivante. Mais vous pouvez aussi décider de photographier l'ambiance particulière d'une ville déserte au milieu de la nuit.
L'activité humaine varie en fonction des heures de la journée (le matin, le soir, aux heures de pointe), des jours de la semaine et, dans une moindre mesure, des mois de l'année (Paris au mois d'août est particulièrement calme). Les événements et fêtes nationales créent aussi en ville une atmosphère très particulière : le 14 juillet à Paris, la Saint-Patrick à Boston, la Saint-Sylvestre à New York…

Photographier la ville la nuit
L’activité frénétique du quartier de Kowloon, à Hong Kong, est ici plus suggérée que montrée.

Matériel

Le boîtier. Un boîtier permettant de faire des poses longues jusqu'à 30 s, possédant une pose B et ne générant pas trop de bruit en pose longue.

Les batteries. Emportez autant de batteries que possible, car les longues durées d'exposition risquent de vous demander beaucoup d'énergie.

Les objectifs. Un objectif grand-angle est préférable, de même qu'un objectif transtandard. L'usage des téléobjectifs est rendu difficile par les conditions de faible lumière, il sera donc limité.
Un objectif lumineux est particulièrement utile, notamment pour les images à main levée.
La qualité optique des objectifs est plus importante en ville qu'en pleine nature, en particulier en ce qui concerne la déformation de l'image. Privilégiez les objectifs à faible déformation (coussinet/barillet), car les lignes droites sont omniprésentes en ville.
De ce point de vue, un objectif à décentrement et bascule permet de redresser les lignes fuyantes et d'obtenir des droites bien parallèles. Ces objectifs sont malheureusement très onéreux, mais il est possible, dans une certaine mesure, de corriger les déformations géométriques des objectifs en postproduction.

Le trépied et ses accessoires. Le trépied est la plupart du temps indispensable pour éviter les flous de bougé. Il permettra également d'enregistrer le mouvement, l'activité de la ville la nuit (obtenir des flous de bougé volontaires du sujet) et de prendre des images avec une grande profondeur de champ, qui nécessitent une durée d'exposition importante.
L'usage des trépieds est parfois limité par les règlements, notamment aux abords des monuments. Emportez donc également avec vous un mini-trépied.

Point technique

Photographier en basse lumière en ville est globalement plus simple qu'en pleine nature : les sujets sont plus nombreux et plus faciles d'accès, le photographe est moins dépendant des conditions météo, la luminosité de la ville la nuit est prévisible, constante et bien plus importante que dans la nature – ce qui facilite grandement l'exposition, le cadrage et la mise au point.

L'exposition

Choisissez le mode d'exposition semi-automatique (Priorité vitesse ou ouverture). Les conditions de lumière permettent généralement des expositions en dessous de 30 s, on peut donc faire confiance à la cellule. Le mode matriciel (à prépondérance centrale ou non) fonctionne bien. Gardez cependant à l'esprit les conditions dans lesquelles l'utilisation de la mesure d'exposition est nécessaire pour éviter de tomber dans les pièges (voir la partie Analyse, plus haut).
En ville, il est difficile d'exclure toutes les sources de lumière du cadre. Cette contrainte est analogue à celle de la photographie en contre-jour (voir chapitre 5), bien que les sources lumineuses soient moins intenses que le soleil, même bas sur l'horizon. La solution : faire une mesure de la lumière sur une zone claire qui ne soit pas la source elle-même.
N'essayez pas d'éviter les zones surexposées : il est normal d'en trouver en vérifiant le résultat sur l'histogramme ou en les affichant sur l'écran LCD, d'autant que ces zones représentent généralement un faible pourcentage. Chercher à exposer correctement un néon ou un lampadaire aura immédiatement pour effet de sous-exposer l'ensemble de la scène.

Photographier la ville la nuit
Sur cette image, la mesure de la lumière a été réalisée sur le néon lui-même, ce qui a provoqué une sous-exposition générale de l'image.

Photographier la ville la nuit
Sur la deuxième image, la mise au point a été faite sur une zone moyennement claire (en dessous du « S » du néon « Shop »).
L'exposition de l'image est réussie sans pour autant que les couleurs des néons ne soient surexposées.

Durée de l'exposition

La durée de l'exposition est la résultante de la profondeur de champ (l'ouverture du diaphragme) et de la sensibilité ISO choisies. Dans les conditions de lumière basse de la ville, l'exposition doit souvent être longue, souvent de plusieurs secondes. Cette contrainte technique impose l'utilisation d'un dispositif de stabilité et de ses accessoires (déclencheur à distance en particulier). C'est aussi un moyen de mettre en évidence les mouvements et l'activité de la ville. N'hésitez pas à prolonger la durée d'exposition en diminuant la sensibilité du capteur et/ou en fermant le diaphragme.

Photographier la ville la nuit
Un point de vue élevé et une exposition de quelques secondes ont permis de figer le scintillement de la tour Eiffel.

La balance des blancs

Choisir la balance des blancs peut s'avérer difficile. Non seulement parce que les sources de lumière artificielles sont multiples (incandescence, fluorescence), mais aussi et surtout quand la lumière artificielle se mélange avec la lumière du jour : faut-il choisir la balance des blancs pour tenir compte de la lumière artificielle (mode manuel Lumière incandescente ou fluorescente) ou de la lumière naturelle (mode manuel Lumière du jour) ?
D'une manière générale, il convient de privilégier la source la plus présente dans l'image. Quand les sources sont réparties équitablement, le choix n'est plus technique, mais devient une question d'appréciation et de goût personnel : vous pouvez tenter de reproduire, d'après vos souvenirs, l'ambiance de la scène telle que vous l'avez vécue ou tester plusieurs réglages et choisir celui que vous préférez.




Balance des blancs Auto. - Balance des blancs Lumière du jour. - Balance des blancs Lumière fluorescente.


Photographier la ville la nuit
C’est finalement le réglage Tungstène de la balance des blancs qui a été retenu. Le choix est rendu difficile à cause des différents types de lumière présents dans la scène. La décision du réglage le plus approprié est finalement une affaire de goût, il n’y a pas de « bon réglage ».

Variantes

Variante 1 : les immeubles de bureaux

Photographier les immeubles de bureaux de cette façon diffère de ce qui précède pour plusieurs raisons. D'une part, parce que les quartiers d'affaires et leurs grandes tours se trouvent rarement aux mêmes endroits que les quartiers commerçants. Il vous faudra prévoir une séance photo dédiée. D'autre part, parce que la planification obéit à des règles un peu différentes : les meilleures heures sont celles qui font coïncider l'activité économique avec la nuit, ces deux conditions doivent être réunies pour que les bureaux soient allumés, ce qui est généralement le cas en hiver.

Photographier la ville la nuit
On peut prendre un certain plaisir à photographier des gens au travail.
En tout cas, le résultat est intéressant.
(image Shutterstock © YanLev)

Variante 2 : la photographie de nuit au téléobjectif extrême

Cette image transgresse un certain nombre de règles et va à l'encontre des habitudes. Le photographe a réalisé l'exploit de faire une image inédite d'un des monuments les plus photographiés au monde.
Cette image a été réalisée en digiscopie, c'est-à-dire que le boîtier numérique a été couplé avec une longue vue offrant une focale de 800 mm. Inutile de dire que la stabilité du mécanisme est essentielle : deux trépieds ont été utilisés (un pour le boîtier, l'autre pour la longue vue) et plusieurs petits sacs de sable ont été positionnés pour garantir la stabilité de l'ensemble.

Photographier la ville la nuit
Des moyens inédits ont permis de réaliser cette image inédite !
(© Laure-Anh Bui)

Variante 3 : le bougé volontaire

La recherche de l'excellence technique et du piqué de l'image font parfois perdre de vue l'aspect créatif de la photographie. Ici, un déplacement volontaire du boîtier pendant la prise de vue en pose longue a permis de créer une atmosphère très particulière, proche de la science-fiction.


Une photo qui n’est pas nette peut malgré tout être très réussie.
(image Shutterstock © Dhoxax)

Variante 4 : une approche minimaliste

Photographier les lampadaires eux-mêmes crée parfois de bonnes surprises. En isolant ce lampadaire sur un fond uniforme, le photographe a réussi à réaliser une image minimaliste et à créer une atmosphère autour de ce mobilier urbain pour le moins banal.

Photographier la ville la nuit

Une belle photo réalisée avec peu de choses.
(image Shutterstock © Konoka Amane)


Cet article est tiré de l'ouvrage
Photographier les plus belles lumières de Frédéric Lefebvre paru aux éditions Pearson Éducation.

Voir la Table des matière complète.

Achetez cet ouvrage sur le site de Pearson Éducation.

Frédéric Lefebvre
 
Frédéric Lefebvre, auteur de Zoom sur La photo de paysage paru aux éditions Pearson, est rompu à la photographie de paysage sur le terrain. cadre dans une grande entreprise, il consacre son temps libre à sa passion pour la lumière et les beaux paysages. Ses images ont été récompensées à plusieurs reprises dans des concours photos internationaux et son travail est diffusé par l'agence Andia.

 
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