Joel Peter Witkin
Fétichiste de Nègre, 1991 © Joel-Peter Witkin, Courtesy Baudoin Lebon

La Bnf présente, à travers 81 photographies, un panorama de l’œuvre singulière du photographe américain Joel-Peter Witkin, né en 1939 à New York. Dans une société du politiquement correct, son travail est en désaccord total, donnant à voir, et ceci depuis ses débuts, la splendeur et la misère de la condition humaine.
Joel Peter Witkin
Autoportrait © Joel-Peter Witkin, Courtesy Baudoin Lebon

Sur des cimaises de couleur claire, telles des stèles, est présenté un choix fait par Witkin lui-même, de 45 estampes du XVIe au XXe siècle, toutes issues de la collection des Estampes et de la photographie de la Bnf. Cet ensemble apparait comme un chemin lumineux, encadré de part et d’autre de murs noirs où sont exposées les photographies de Witkin. Dialogue donc, que ce parcours, les gravures faisant écho aux photographies. Dialogue explorant la relation profonde qu’entretient Witkin avec les grands maitres du Passé. Dialogue, également dans les thématiques abordées, car le répertoire formel est basé sur deux thèmes fondateurs : l’Eros et le sacré. Witkin fait le choix d’une interprétation assumée des grands classiques.

Exposition Joel-Peter Witkin à la BnF par Katia Cordova
© Katia Cordova

Durer, Vermeer, Poussin, Goya, Rops, Picasso pour ne citer qu’eux sont confrontés, transcendés ici, à l’écriture photographique de Witkin où son imaginaire se juxtapose pour en concevoir une mythologie personnelle.
"Mon métier est de créer des images qui montrent notre époque. Des images qui apportent de la lumière dans l'obscurité" Joel-Peter Witkin.


Léda, Cornelis Bos, d'après Michel-Ange, Bnf

Confronté au monde obscur de la mort, à l’âge de 6 ans, alors qu’il est témoin d’un carambolage à Brooklyn, voit rouler à ses pieds la tête tranchée d’une petite fille. Ce souvenir visuel marquera à jamais sa vie et son travail d’une conscience de la mortalité.

Corps difformes, fragmentés, confusion des sexes, gémellité, personnes aux physiques et pratiques sexuelles hors-normes défilent devant notre regard, comme une cour des miracles des plus inquiétante. L’esthétique de l’étrangeté se décline, ici en de multiples variations. La représentation du corps semble être sa réflexion première, et à travers elle, tous les aspects de la chair, entravée, abimée, Witkin poursuit de manière obsessionnelle une beauté différente. Cette représentation de la condition humaine a toujours été figurée dans l’Histoire de l’Art. Vanités, Mémento Mori, mythe de Léda sont les profondes racines de l’art de Witkin.
Histoire du monde occidental : Arabie, 2008 © Joel-Peter Witkin, Courtesy Baudoin Lebon
Histoire du monde occidental : Arabie, 2008 © Joel-Peter Witkin, Courtesy Baudoin Lebon

Son regard singulier se révèle également par une technique de tirage qui lui est propre. Son point de départ est le travail de peintre, ses photographies naissent d’abord sous forme de croquis où tout est prévu de l’éclairage à la posture du modèle. Rien n’est laissé au hasard, « l’instant décisif » n’est pas son mode opératoire. Pour lui l’acte photographique est une étape de son processus de création, mais non une finalité. Son œuvre s’incarne réellement dans l’obscurité du laboratoire, témoin unique des manipulations faites sur la matrice même des images, le négatif. Grattage, incision, abrasion, Witkin métamorphose le support original. La chair de ses modèles se conjugue, comme un écho avec la texture de ses images. Cette technique même, exclut naturellement la nature du multiple, propre à la photographie.

Prudence, 1996 © Joel-Peter Witkin, Collection MEP, cliché Patrice Maurin-Berthier
Prudence, 1996 © Joel-Peter Witkin, Collection MEP, cliché Patrice Maurin-Berthier

Par sa volonté narrative et la force de son esthétique, Witkin choque ou fascine, sème le trouble pour certains, la splendeur pour d’autres.
Cette balade visuelle troublante et dérangeante qui nous est proposée à travers l’univers sulfureux au style pictural très complexe de Witkin, n’est pas à mettre à la portée de tous, âmes sensibles s’abstenir ! Une façon de voir différente transgressant les normes de la vision ordinaire par le poète sombre de la photographie, comme il se définit lui-même.

Catalogue de l'exposition : Joel-Peter Witkin "Enfer ou Ciel", sous la direction d'Anne Biroleau, ouvrage bilingue français/ anglais, coédition BnF/ Éditions de la Martinière, 45 euros.

BnF- Site Richelieu
5, rue Vivienne 75002 Paris
Du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 13h à 19h

www.bnf.fr
www.baudoin-lebon.com

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