Le Grand Palais accueille sur ses cimaises, la première rétrospective française de l’œuvre d’Helmut Newton.
Un seul créneau l’aura fasciné tout au long de sa carrière, la photographie de mode. Mais à travers elle, il n’aura de cesse d’utiliser ses thèmes de prédilection, à savoir l’érotisme, les portraits, les nus, mais avant tout, la beauté féminine.

Helmut Newton - Grand Palais from dro on Vimeo.

Photographe incontestable et prolifique, à l’œuvre souvent controversée et révolutionnaire, son style visuel singulier est basé sur une mythologie érotique. Helmut Newton a toujours su maitriser un savant mélange de désinvolture et de chic, sa marque de fabrique.

La photographie Autoportrait avec June et modèles, 1981 qui ouvre l’exposition est l’un de ses clichés favoris, sa « photo autobiographique ». Tout ce que l’on y voit fait partie de sa vie : lui, son appareil, son modèle nu préféré, sa femme June, le studio de Vogue France à Paris.

              Helmut Newton
© Helmut Newton Estate   
 
Par une muséographie des plus classiques, sur des murs en demi-teintes – qui auraient pu être claquantes comme le sont les couleurs chez Newton - l’exposition en deux cents clichés se veut thématique, suivant ses séries phares : Courrèges, 1964, Big Nudes, 1980, Villa d’Este ...

Hervé Lewandowski
© Hervé Lewandowski

Tirages originaux, polaroids, œuvres monumentales, épreuves de travail, sont enrichis d’archives de presse ainsi que d’un extrait du film Helmut by June réalisé par sa femme June Newton, photographe elle aussi sous le pseudonyme d’Alice Springs (en référence à sa terre natale, l’Australie). Le parcours est jalonné de multitudes de citations de l’artiste, comme si la voix-off de Newton nous guidait. Peu ou pas d’explications en écho avec ses choix. Car pour Helmut Newton tout se trouve dans l’image, nul besoin d’analyse, les photos parlent d’elles-mêmes, même si plusieurs niveaux de lecture existent.

© Katia Cordova
Sa vie peut être lue comme un triptyque : Berlin, son enfance, sa patrie spirituelle puis l’exil pendant 23 ans, pour finir sur les 43 dernières années commencées à Paris.
Helmut Neustaedter, en 1920 dans une famille de la bourgeoisie berlinoise juive, Helmut Newton est un enfant chéri, délaissant très tôt les études. Son père lui offre son premier appareil photo à l’âge de 12 ans, utilisant sa première pellicule dans le métro berlinois. Apprenti à 16 ans, chez Yva, photographe portraitiste de renom à Berlin, il se familiarise alors avec les chambres grand format.

Expérience de deux ans qui s’arrêtera en décembre 1938, par son départ précipité vers l’Asie, en raison des mesures anti-juif imposées du régime nazi. Son exil commence à Singapour puis en Australie où il s’engage dans l’armée jusqu’en 1946. Au sortir de la guerre débute sa carrière de photographe de mode, sans grand succès, mais rencontre June, jeune actrice de théâtre qui deviendra son épouse. Départ pour l’Europe et Vogue Londres, puis retour en Australie toujours pour Vogue, avec un premier détour par Paris. Ville où il découvrira l’effusion et la créativité du milieu de la mode.

En 1961, les Newton s’y installent pour 23 ans. 23 ans d’une collaboration longue et riche avec Vogue Paris. Il y imposera sa vision libérée de la femme, loin des studios, préférant le terrain de jeu qu’offrent les rues parisiennes, pour y côtoyer la fragilité de la lumière naturelle qu’il affectionne particulièrement.
                               
La singularité de son regard unique fait de lui le plus grand couturier de la photographie de mode. Son regard rehausse plus qu’il ne déprécie la Femme, imprimant sur la pellicule pour l’éternité la splendeur des corps incroyables de ses modèles les plus sculpturaux. Souvent agressées par les féministes, les femmes newtoniennes ne donnent à voir que force, pouvoir et une certaine élégance, devenant à travers son objectif un symbole, celui de la liberté féminine.


© Katia Cordova

Ses images naissent de ses carnets qu’il tient depuis toujours et dans lesquels tout est consigné. Des idées de mise en scène, aux modèles souhaités, en passant par les lieux. Grand promeneur, tout ce qu’il voit peut être un début d’inspiration pour une série, tout comme sa mémoire. La série des Grands Nus, lui a été inspirée par les photos d’identité judiciaire des nazis. Envouté par les endroits qui lui sont familiers, où plus il connaît un lieu plus celui-ci lui devient mystérieux, le Château Marmont sera le lieu privilégié de nombres de ses photos. De sa mémoire d’enfant remontent certains fantasmes qu’il plaquera de manière obsessionnelle dans ses images, tels les hôtels, les piscines, les monocles, la nuit.

Katia Cordova
© Katia Cordova

En 1971, parenthèse de 2 ans, en raison de très graves problèmes de santé liés à son rythme effréné de travail, même si pour lui le travail reste la meilleure thérapie. L’appareil photo agit comme un écran entre sa personne et la réalité, quelle soit plaisante ou déplaisante. À cette époque, parution de son premier ouvrage White Women, livre qui a fait un malheur éditorial, avec lui, est né le terme « Porno Chic ». Après son accident vasculaire, des changements assez radicaux apparaissent comme l’usage du portrait érotique Charlotte Rampling, 1973, prenant en compte deux considérations importantes l’argent et le plaisir. 1981 voit le couple Newton partir sous le soleil de Monte-Carlo. Là encore, la rue sera son décor privilégié.

Hervé Lewansdowski
© Hervé Lewandowski

Dans la dernière salle, de forme oblongue, un accrochage de ses portraits de personnalités, on peut y voir Margaret Thatcher, Andy Warhol, Robert Evans ou bien l’ultime portrait de Salvador Dali.

La photographie clôturant l’exposition, Leaving Las Vegas, 1998 - une route dans une zone désertique sous un ciel menaçant – nous donne un autre regard d’Helmut Newton, celui qu’il aimait poser sur les choses dans l’intimité de sa vie. Un regard peu connu du public, à l’opposé de son œuvre global. Là, ni couleur explosive, ni femme qui en jette, mais un œil qui explore le monde encore et toujours.

Katia Cordova
Leaving Las Vegas, 1998 © Katia Cordova

Une rétrospective/ hommage qui mérite le détour pour ceux qui ne connaissent pas encore son travail, celui d’un enfant qui n’a jamais cessé de rêver, d’un photographe extravagant, mais accessible et humble (comme le montre l’extrait du film de June). Pour ceux qui le connaissent déjà, pour revoir cet œil absolu, ce chroniqueur méticuleux, mais lucide qui décortiquait en mettant en scène une réalité, celle d’une classe sociale, d’un monde d’apparences.

Un catalogue accompagne cette exposition :
Helmut Newton, 1920-2004, éditions de la RMN-GP, Paris 2012

Grand Palais, Galerie sud-est
Avenue Winston Churchill
75008 Paris

Accès
Métro ligne 1, 9 et 13 Champs-Elysées Clémenceau ou Franklin-Roosevelt

Ouverture
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 22h
Fermé le 1er mai

Ouverture exceptionnelle de 20h à minuit le samedi 19 mai 2012 dans le cadre de la nuit européenne des musées

Tarifs
Plein tarif : 11 €
Tarif réduit : 8 € (13-25 ans)
Gratuité jusqu’à 13 ans

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