Steve McCurry est un des principaux photoreporters de ces 30 dernières années. Il est à l'origine de nombreuses images devenues de véritables «icônes» comme le portrait de la jeune afghane reproduite dans le monde entier. En reportage en Asie dans les années 79-80, il rapporte de nombreux clichés d’Afghanistan alors que le conflit avec l'Union Soviétique éclate. Des images inédites et superbes qui le propulsent immédiatement sur le devant de la scène. Steve McCurry, c'est également un traitement des couleurs particulier, une intensité rare et un regard sensible et humaniste.

Steve McCurry exposition rétrospective Rome 2012
Steve McCurry devant une version de «The Afgan girl» reconstituée à partir de centaines de clichés du photographe. 2012.

Présent en Italie pour un reportage sur la péninsule italique, nous avons la possibilité de rencontrer Steve McCurry à Rome pour une visite guidée d'une exposition rétrospective de l'oeuvre du photographe. L'occasion de le questionner sur son travail et d'admirer plus de 200 tirages réalisés sur papier Epson Luster particulièrement bien mis en avant par une mise en scène particulière.

Steve McCurry exposition à Rome 2012
Les tirages sont accrochés à des dômes sur différents niveaux. Crédit : Tommaso_Martelli

Focus Numérique : Si l'on regarde votre travail dans son ensemble, la couleur domine. Celle-ci est vibrante et singulière. Vous n'êtes pas attiré par la force des contrastes du noir et blanc ?

Steve McCurry : Ah. Non j'aime bien le noir & blanc. C'est ce qui s'est développé en premier en photographie et la couleur a toujours été plus compliquée à rendre. Mais, le monde est en couleur, il est donc plus logique de le photographier comme tel. il est donc plus «naturel» de travailler en couleur. J'aime aussi le monochrome, mais je me sens plus proche du monde coloré.

Focus Numérique : Les couleurs de vos clichés, et notamment celles des portraits, sont très fortes. Travaillez-vous la colorimétrie après la prise de vue ?

Steve McCurry : Je fais très attention à la prise de vue sur la qualité de la lumière. Celle-ci est primordiale, je cherche le meilleur endroit pour éclairer un visage et la plupart du temps, je photographie en lumière naturelle. j’essaie de trouver une fenêtre, une porte ouverte pour jouer avec les contrastes. Ce n'est pas Photoshop, c'est plutôt la qualité de la lumière.


Ahmadi oil fields, Kuwait, 1991

Focus Numérique : Vous n'utilisez jamais de flash pour donner de l'éclat au regard ?

Steve McCurry : La plupart du temps c'est de la lumière naturelle et je n'utilise pas de flash et pas de réflecteur. Dans 98 % des cas, c'est uniquement avec l'éclairage environnant.

Focus Numérique : Votre nom est associé à Kodak et au fameux film Kodachrome pour son rendu des couleurs. Comme vivez-vous la disparition de la marque dans le paysage photographique ?

Steve McCurry : Le numérique apporte plus de possibilités et de liberté au photographe. Avec les reflex actuels, vous pouvez photographier ici sans aucun problème (nous sommes installés dans une pièce aveugle en sous-sol avec un éclairage tungstène tamisé); et les images seront belles. Faire une photographie ici avec une Kodachrome est juste impossible. L'image serait beaucoup trop dense et vous utiliseriez des filtres qui feraient perdre en luminosité. La Kodachrome est un excellent film pour des images en pleine lumière, mais dès que la luminosité baisse, le numérique devient nettement plus intéressant.

Focus Numérique
: Vous travaillez avec quel matériel ?

Steve McCurry : J'ai un Nikon D3x et un Hasselblad. Si j'ai le temps, j'utilise le moyen format, mais tout dépend de la situation et des conditions de prise de vue.

Focus Numérique : Vous êtes mondialement connu pour la photographie de la jeune afghane. Comment avez-vous géré ce succès ?

Steve McCurry : C'est assez incroyable, mais pour moi, c'est presque une image comme une autre et je vois toujours les choses du bon côté. Cette image a finalement peu changé ma façon de voir les choses.

Boy in mid-flight, India, 2007
Boy in mid-flight, India, 2007

Focus Numérique :
Pouvez-vous nous raconter le contexte de cette image ? Qui était cette fille ? Avez-vous gardé des liens ?

Steve McCurry : Son nom est Sharbat Gula. Elle  était une réfugiée de guerre et ses parents ont été tués pendant le conflit afghan. Nous l'avons retrouvée en 2002 et nous sommes toujours en contact actuellement. Récemment, nous lui avons acheté sa maison.

Focus Numérique : Votre rétrospective montre beaucoup d'enfants. Les enfants sont-ils plus expressifs, plus spontanés, plus intéressants ?

Steve McCurry : Non, je photographie toutes les personnes. En réalité, la sélection a été réalisée par la personne qui a également fait la mise en scène.

Focus Numérique : Comment travaillez-vous habituellement ? Avez-vous des assistants ?

Steve McCurry : Non, généralement je pars seul. Quand je vais dans un pays étranger, j'engage un traducteur pour discuter avec les personnes que je souhaite photographier. Le traducteur m'aide pour transporter le matériel, mais je n'ai pas vraiment d'assistant pour la prise de vue.

Fishermen at Weligama, Sri Lanka, 1995
Fishermen at Weligama, Sri Lanka, 1995

Focus Numérique : Vous avez photographié des scènes très dures à travers le monde. Arrivez-vous à prendre du recul par rapport à ce que vous photographiez ?

Steve McCurry : Oui, c'est primordial. Il faut toujours garder une distance émotionnelle par rapport à vos sujets sinon c'est vraiment difficile de faire ce métier. Il faut se concentrer sur sa mission.

Focus Numérique :
Vous travaillez sur un nouveau projet actuellement ?

Steve McCurry : Oui, je suis en train de préparer un nouveau livre sur différentes histoires que j'ai vécues pendant ma carrière. Malheureusement, je n'ai pas d'exposition prévue pour l'instant en France, mais c'est un projet qui pourrait être intéressant.

Steve McCurry exposition Rome
Steve McCurry, Rome 2012


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