Nikon D4 interview de professionnels

Plus que quelques semaines à patienter avant que le tant attendu Nikon D4 soit disponible à la vente. Suite aux inondations en Thaïlande de 2011 la firme à la marque jaune a du repousser l'annonce de son vaisseau amiral à plusieurs reprises et certains possesseurs de D3s ont dépassé le cycle d'obturation garantie par le constructeur. Et ce n'est pas tout. La fiche technique du Canon EOS-1D X est prometteuse et sa commercialisation coïncidera presque avec celle du D4. Pour autant, Nikon frappe fort et propose une véritable évolution par rapport à son prédécesseur tant sur le plan ergonomique que technique.

Nikon D4 face Nikon D4 dos

Sans rentrer dans tous les détails de ses caractéristiques, l'interface graphique a été revue, certaines touches arrière sont rétroéclairées, un joystick fait son apparition et le grip a été redessiné pour assurer une prise en main plus agréable. Même le poids a été légèrement revu à la baisse. Une des plus grandes nouveautés concerne le capteur de 16 Mpx affichant une sensibilité maximale de 204 800 ISO. Le D3s était équipé de la vidéo, mais le HDTV 720 limite l'exploitation de celle-ci. Sur le D4 un mode vidéo HDTV 1080 avec notamment un format ProRes 4.4.2 (enregistreur externe) fait son apparition ainsi qu'une sortie casque et un déclencheur séparé. Autre point important, la possibilité de rentrer directement des champs IPTC dans le boitier ainsi qu'une connexion Ethernet et un module Wi-Fi WT5 afin de décharger le boitier en tant réel et de le piloter à distance via un smartphone.

La fiche technique est certes impressionnante, mais ces améliorations vont-elles réellement apporter un plus grand confort sur le terrain ? Sa définition limitée à 16 Mpx ne sera-t-elle pas un frein à sa pénétration dans les milieux pro ? L'apparition de la vidéo HTDV 1080 est elle un réel atout en reportage ? La course à la sensibilité, remportée par le D3s, est elle toujours d'actualité ?

Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons contacté Stephane Mantey, photographe au journal L'Équipe, Philippe Poupin, reporter indépendant et Antonin Thuillier membre du service technique de l'AFP pour recueillir leurs premières impressions.

crédit : Philippe Poupin
Crédit : Philippe Poupin

« 16 Mpx est un poids de fichier idéal pour une transmission rapide» déclare A. Thuililer. « Sur le terrain nous déchargeons instantanément nos cartes grâce au câble Ethernet, il faut donc que les fichiers ne soient pas trop lourds et la définition du D4 me paraît suffisante, même pour recadrer dans l'image. » Un point de vue que partage S. Mantey de L'Équipe. « Pour une double page, la  définition du D4 suffit et pour le site ou l'application iPad, les 16 Mpx ne seront en aucun cas exploités pleinement. » Un pragmatisme intéressant confirmé par P. Poupin  « 12 ou 16 Mpx, pour moi c'est pareil, je ne recadre presque pas mes images, j'essaie de m'appliquer dès la prise de vue et je n'ai vraiment pas besoin de plus pour l'instant. Néanmoins, en ce qui concerne la montée en ISO, je suis impatient de tester cela sur le terrain, car lors d'un précédent reportage dans des mines de Lapilazuli en Afghanistan, il m'est arrivé de shooter entre 6 400 et 8 000 ISO. »

Crédit : P.Poupin
Crédit : P.Poupin
 
Des sensibilités qui peuvent paraitre très élevées aux yeux du grand public, mais qui s’avèrent utiles pour le reportage d’actualité. Il faut rapporter des images quelques soient les conditions, le boîtier ne doit pas contraindre la prise de vue.
 
Crédit : S.Mantey Crédit : S.Mantey
Crédit : S.Mantey
 
Pour nos photographes de l'Équipe et de l'AFP même constat, non seulement il leur arrive de shooter dans des extrêmes (sans toutefois dépasser 12 800 ISO), mais gagner ne serait-ce qu'un tiers en vitesse ISO c'est ce qui fait parfois la différence entre une photo nette et une photo floue. D'ailleurs qu'est ce qu'un gain en sensibilité leur apporterait réellement ? A. Thuillier nous explique que « sur certains reportages comme en manif par exemple il est très judicieux d'avoir un ultrazoom, le 28-300 mm c'est devenu une arme redoutable, car s’il n'est pas très lumineux, sa faible ouverture est compensée par la monté en ISO du D3s. »
S Mantey, lui, joue la carte du combo : un boitier muni du 28-300 mm, l'autre du 14-24 mm f/2,8. De quoi couvrir une très large plage d'images. Les résultats stratosphériques du D3s étant déjà très satisfaisants, il y a finalement peu d'inquiétudes pour D4.
Crédit : S. ManteyCrédit : S. Mantey
 
De la même façon, l'accroissement de la sensibilité des collimateurs autofocus apportera « un gain de précision non négligeable en reportage surtout en photo de sport », déclare S. Mantey. « Surtout avec des collimateurs  hyper sensibles même jusqu'à f/8 sur les côtés. » Une nouveauté rassurante surtout sur les filés en course automobile ou lorsque le suivi 3D est activé sur un terrain de football.

Pourtant un point reste décevant malgré les préconisations en amont des photographes consultés lors de la mise au point du D4 : « les collimateurs, même latéraux restent trop centrés. » Un problème commun à nombre de boitiers 24x36, mais qui effectivement devient pénible quand on s'applique à composer son image avec les tiers. Le dé-cadrage, fait parfois perdre un temps précieux. Par ailleurs S. Mantey et A. Thuillier s'accordent à rester prudents sur la balance des blancs et la colorimétrie. « En lumière artificielle, le D3s tire un peu trop sur les jaunes » (comme beaucoup de Nikon d'ailleurs) et « la balance des blancs automatiques sous éclairage tungstène est parfois capricieuse. » Une évolution donc attendue et qui sera un réel atout sur le terrain. En effet, au journal L'Équipe on shoote en JPeg et on ne retouche pas ses photos.

Crédit : S. Mantey
Crédit : S. Mantey

« Plus le boitier sera précis dés le départ, plus on gagnera du temps
. » Un point précis sur lequel Nikon garde une longueur d'avance sur son éternel concurrent: la possibilité de rentrer sa propre courbe de réglages images via Picture Control Utility. Pour P. Poupin, la question est moins primordiale. Adepte du raw et indépendant, il est un peu moins soumis aux contraintes du temps d'édition. En collaborant notamment avec Der Spiegel (hebdo) ou Le Figaro Mag (mensuel) il a plus de l'attitude non seulement au niveau du temps de ses reportages, mais aussi au niveau du temps de ses retouches. Le raw lui donne donc tout loisir pour développer ses images.
 
Crédit : P. Poupin Crédit : P. Poupin
Crédit : P. Poupin

Cependant, sur de longs reportages ou autour des stades de foot un problème se pose avec le Nikon D4: les nouvelles normes de batterie imposées par la loi De-Nan obligent Nikon à équiper son nouveau boitier de batteries différentes que celles du D3s. Un point agaçant quand on sait que certains pros emportent avec eux 3 ou 4 batteries de boîtier. Cette contrainte va obliger les agences à homogénéiser totalement leur parc, car il n'est pas envisageable d'emporter sur le terrain deux types de batteries différentes, avec deux chargeurs différents. Les D3/D3s ne vont pas rester des seconds boitiers bien longtemps...

La connexion Ethernet et l'ajout d'un module Wi-Fi en WT-5  apportent non seulement un second souffle à la rafale déjà élevé du D4 (10 vps), mais permet aussi le contrôle à distance de plusieurs appareils, derrière les cages de foot par exemple. Les images qui en ressortent sont souvent très spectaculaires. Grâce au module WT-5 il sera donc possible de piloter le boitier à distance et surtout d'envoyer directement les images sur un serveur FTP. Mais l'un des points les plus importants aussi nous précise A Tuillier reste « l'importation de champs IPTC dés la prise de vue, c'est un atout considérable lors de l'éditing pour le classement et les répertoires de mots clefs. »  Par contre du fait de sa conception en titane et de son châssis métallique le GPS  et le module wi-fi ne sont pas directement intégrés au boitier, ce dernier risquant de créer un effet de cage au niveau des transmissions. Un module supplémentaire est donc plus prudent.

Du point de vue des agences ou des grandes rédactions le renouvellement des boitiers pour passer au D4 semble assuré, « le D3s était un boitier d'exception, mais il a fait son temps et le parc commence à être usé. Le renouvellement en D4 est budgété et les renouvellements se feront certainement avant les grandes rencontres internationales de l'année: Coupe d'Europe de foot et JO de Londres. » 

Crédit : P. Poupin
Crédit : P. Poupin
 
Des considérations un peu moins prioritaires pour P. Poupin pour qui « l'une des avancées majeures du D4 est l'intégration de la vidéo HDTV 1080. » Cadreur pour la télé sur certains reportages, c'est aujourd'hui non seulement en tant que photographe, mais aussi en tant que vidéaste qu'il cherche des financements pour son prochain documentaire. « L'arrivée de la vidéo sur les réflex à changer la donne de la capture d'image. Tourner avec un réflex est certes contraignant au niveau de l'ergonomie, mais la qualité d'image mérite quelques adaptations. » Et à ce niveau le D4 risque de ne pas décevoir. Muni de l'enregistrement de fichiers en HDTV 1080 à 30, 25 ou 24 vps en image pleine il est possible de filmer en 720p à 60 ou 50 vps. De plus le D4 permet de connecter non seulement un micro stéréo externe (mini-jack 3,5 mm) et surtout d'ajuster et contrôler le niveau d'enregistrement grâce à un vumètre et une prise casque. Autre atout et pas des moindres, le D4 dispose de deux modes d'enregistrement, l'un en désormais classique AVCHD  et un mode ciné qui utilise la sortie HDMI (non compressée) et un enregistreur externe. Vous obtenez alors des fichiers en ProRes en 4:2:2.

Une latitude supplémentaire pour l'étalonnage sur la table de montage. « Des atouts formidables » pour S. Mantey et A Thuiller qui rapportent de plus en plus d'images animées lors de leur reportage. « Les applications pour smartphone ou les sites Internet offrent des perspectives nouvelles aux photographes ceux-ci ne travaillent désormais plus seulement l'image fixe, mais doivent aussi penser une autre approche multimédia. » Aujourd'hui les reportages se pensent de plus en plus comme des POM (Petites Oeuvres Multimédia). P Poupin en profite pour  rappeler que « l'Agessa doit absolument se moderniser et s'adapter au changement structurel du métier. La photographie c'est aussi la vidéographie. Créer une oeuvre multimédia c'est un travail d'auteur, dans ces créations le son, la vidéo, la photo, ne font plus qu'un et il est tant que les administrations qui gèrent les droits des photographes prennent cela en compte ! » Un point de vue que nous partageons amplement.

Crédit : S. Mantey
Crédit : S. Mantey
 
Cependant et pour revenir au D4 la plus forte concurrence risque de venir au sein même de la marque. En effet, le trouble s'instaure chez certains pros depuis l'annonce du D800. Si le D4 est clairement un boitier de reportage et de news, son prix doit être budgété et amorti. Ce sera sans doute le cas des agences, mais pour un indépendant, la question est plus délicate, d'autant plus que comme évoqué plus haut, la vidéo étant un atout majeur dans la conception de l'Image l'écart de prix entre le D800, muni des mêmes fonctionnalités vidéo que le D4, laisse une marge pour s'équiper en couteux accessoires; rails, stabilisateurs ou autres steadys... Des questions qui méritent certainement quelques essais terrains et des prises en main pour départager les deux boitiers.
 
Crédit : P. Poupin Crédit : P. Poupin
Crédit : P. Poupin

En tout cas l'arrivée des D4 et D800 apportent aux pros nikonistes un bouffée d'air frais attendue et espérée depuis longtemps. Les déboires climatiques de l'année précédente avaient commencé à semer le doute chez certains fidèles de la pérennité de la marque. La domination de Canon en matière de vidéo avait également lassé les plus convaincus aux points que certains n'ont pas hésité à faire le grand saut. Il semble que le mal soit clairement réparé.

Crédit : A. Thuillier
Crédit : A. Thuillier

Crédit : A. Thuillier
Crédit : A. Thuillier
 
Merci à Antonin Thuillier, Stéphane Mantey et Philippe Poupin pour le temps qu'ils ont accepté de nous consacrer pour répondre à nos questions. Merci à Thomas Maquaire et Guillaume Cuvillier de Nikon France pour leur aide.

PARTAGER
Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation