Par Brian O’Dracan, 14 Février 2012 08h54

K-01 : l'ovni photographique de Pentax



La première image que j'ai vue du Pentax K-01 était celle du modèle jaune et noir, avec ses boutons vert et rouge sur le dessus. À cet instant, le pouvoir du matraquage publicitaire se révélait à moi et une chansonnette résonnait dans mon esprit : "Tout se joue à l'âge Playskool !".

De cet événement, gardons un constat et une interrogation. Le constat est que les publicitaires qui avaient trouvé ce slogan étaient sacrément doués. La question étant quant à elle : "Mais ils sont devenus fous chez Pentax ?!". Car outre l'allure interlope de cette boîte à image, son gros calibre jure avec les canons de finesse des appareils hybrides actuels. Alors Pentax, complètement fou ?

Une marque fun




Sans remonter à l'argentique, l'histoire récente de la marque nippone se démarque du côté guindé des Nikon ou Canon. Car Pentax c'est une marque qui a osé le reflex Svarowski, le K-r peinturluré comme un robot japonais, les compacts Nanobloc (genre de Lego japonais) ou encore le moyen format numérique 645D à la coque laquée rouge bordeaux et aux lettres en or… Le K-01 n'est donc pas une exception, mais s'inscrit bien dans la philosophie de Pentax. Une marque qui doit faire la différence d'une manière ou d'une autre, car elle peine à vendre ses (très bons) réflex dans un marché qui se joue essentiellement à deux.

L'argument du designer : toucher une autre cible

Quand apparaît dans un communiqué le nom d'un designer très célèbre je me sens toujours un peu idiot parce que je ne connais pas franchement beaucoup de designers. Mr Marc Newson m'était donc inconnu et après une petite recherche, le Sieur est bien quelqu'un qui compte.

Difficile d'évaluer la pertinence du design en tant que tel, mais une chose est sûre : la patte du designer est loin d'être un argument de poids dans le milieu. Non pas que les photographes soient insensibles aux lignes d'un appareil, mais celles-ci ont plus de poids quand elles sont rattachées à l'histoire de la photographie elle-même qu'au nom d'un designer. Regardez l'engouement actuel pour le look vintage des X100/X10/X-Pro 1 de Fujifilm ou encore l'hommage des Pen d'Olympus au modèle original de 1957. Un Pen dont le design a été fortement mis en avant et pèse presque 40% du marché des hybrides au Japon.

Mettre un designer en avant révèle d'une stratégie de communication visant à toucher un certain public, c'est-à-dire une cible de photographes plus "tendance-mode-fashion-urbain" que "gilet-à-poche-reporter-safari-macro-insectes".

Et ce n'est pas la soirée de présentation du K-01 chez Colette -magasin parisien hyperbranché- qui me donnera tort.

Parc optique : sauvé par les pancakes



Allons plus loin dans l'étude des lignes de l'appareil et plongeons-nous dans la technique. Pentax n'a pas développé une nouvelle monture et s'appuie donc sur celle de ces reflex (K), une monture qui offre un tirage optique de 45 mm. Cette valeur est loin d'être anecdotique, car elle conditionne la taille du boîtier - elle explique pourquoi le K-01 est deux fois plus large qu'un hybride classique - mais aussi celle des optiques: plus le tirage optique est petit, plus les optiques sont proches du capteur et plus elles peuvent donc être petites et légères.

Comparée au standard Micro 4/3 ou à la monture Sony E, la monture K est donc sensée produire des optiques plus grosses. L'argument de Pentax sur la richesse du parc optique un coup dans l'aile : à quoi bon acheter un hybride si c'est pour se retrouver avec un appareil aussi gros qu'un reflex ? Surtout qu'à bien y réfléchir, les V1/J1 de Nikon peuvent utiliser toutes les optiques AF-S avec un autofocus (il faut utiliser une bague) et les NEX peuvent également s'offrir toutes les optiques Sony Alpha avec là aussi une simple bague d'adaptation (et vous gagnez un excellent autofocus en vidéo).

C'est là qu'entre en jeu un savoir-faire de Pentax concernant les focales fixes. Si ses zooms sont aussi gros que ce ceux de la concurrence, la marque japonaise dispose de plusieurs focales fixes de très bonne qualité et tout à la fois très fines et légères. Et la nouvelle optique XS lancée avec le K-01 le prouve une fois de plus.

Mais une question demeure : "Est-ce que la cible de cet appareil acceptera de travailler sans zoom et uniquement avec des optiques plutôt onéreuses?".

Pentax-Ricoh : période de transition



Nous ne sommes dans les petits secrets de la marque et nous ne pouvons que spéculer sur les grandes stratégies du groupe. Mais il convient de le faire à la lumière du rachat de Pentax par Ricoh, poids lourd mondial de la photocopie et qui conçoit lui aussi des appareils photo.

Primo, le rachat a bien été entériné : Pentax est une marque de Ricoh.

Deuxio, Ricoh dispose lui aussi d'un système -GXR- et le rachat s'est fait à une période où les deux marques développaient leurs propres systèmes.

Tertio, les ingénieurs photo de Ricoh viennent juste d'être affectés à la division Pentax.

Quand Pentax était en train de développer le K-01, la marque était dans une période d'incertitude (rachat, pas rachat, difficultés sur de nombreux marchés, etc.), elle devait déjà entretenir trois parcs optiques - K, Q et 645 - et n'avait sans doute pas les ressources pour lancer une nouvelle monture.

Aussi si le K-01 me paraît complètement bancal malgré ses qualités techniques (la base est celle de l'excellent K-5) il faut cependant saluer la pertinence du choix de Pentax qui, dans une période difficile, réussit à sortir un appareil qui peut profiter d'un large parc optique et qui laissera un peu de temps à la division photo de se réorganiser. Afin de mettre en place une vraie stratégie et développer, on l'espère, de vrais boîtiers hybrides.

Et non, ne me parlez pas du Q s'il vous plaît...