Avec sa nouvelle exposition, le Jeu de Paume rend hommage à une grande figure de la photographie du XXe siècle : Berenice Abbott. Cette rétrospective met en lumière, pour la première fois en France, les multiples facettes de l’œuvre photographique de cette artiste américaine, grande photographe de la matière, de l’espace et de la lumière.

Portrait de Berenice Abott, 1925 © Man Ray Trust/ ADAGP
Portrait de Berenice Abbott, 1925 © Man Ray Trust/ ADAGP
L’agencement et le parcours de l’exposition avec un parti-pris chronologique, sont rythmés par les trois périodes de sa carrière - Le Portrait, l’Architecture et la Science -, illustrées par plus de140 photographies, d’ouvrages originaux et d’une série de documents inédits.
                                                          
Née dans l’Ohio, Berenice Abbott arrive à New York en 1918 pour y faire une carrière de journaliste, pour finalement y étudier et pratiquer la sculpture. Pour approfondir cet art, elle se rend en Europe, symbole d’effervescence culturelle au début des années 20 et travaille sous la direction d’Antoine Bourdelle, puis part pour Berlin, sans grand succès.

De retour à Paris, elle se tourne vers la photographie et devient de1923 à 1925, l’assistante de Man Ray, pour ouvrir en 1926 son propre studio. Elle s’essayera au portrait avec Jean Cocteau et James Joyce, ses premiers amis parisiens. Défileront devant son objectif, nombre d’artistes, acteurs de l’avant garde artistique et intellectuel, qui règne à Paris à l’époque.

Adepte du cadrage serré, influence directe de Man Ray, parfois empreint de l’influence surréaliste, elle cherchera avant tout à « Voir » et à poser un regard neutre sur son sujet. L’usage d’un trépied et d’objectifs à longue focale, l’absence de décor sont les traits spécifiques de l’esthétique de Berenice Abbott, loin des conventions classiques usitées.
                               Jean Cocteau avec un revolver/ Eugène Atget © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.
Jean Cocteau avec un revolver/ Eugène Atget © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.

Son œuvre photographique est à mettre sous le signe de deux noms : Man Ray mais également Atget, dont l'exposition débute par son portrait iconique du photographe au soir de sa vie. À sa mort, et grâce à la générosité de Julien Lévy, elle réussit à acquérir le contenu de son atelier qu’elle emporte lors de son retour aux USA. Elle sera connue pour avoir été l’enthousiaste révélatrice de l’œuvre d’Atget. À la fin de sa vie vend sa collection d’Atget, plus de 5000 épreuves et un millier de plaques de verre, encore non cataloguée, au MOMA.

Berenice Abbot au Jeu de Paume exposition
Exposition Berenice Abbot au Jeu de Paume - Crédit : Katia Cordova.

De retour à New York en 1929, elle réalise son projet le plus connu, intitulé Changing New York (1935-1939). Cette commande, à l’initiative de l’administration américaine dans le contexte de la crise économique qui touchait le pays, compte 305 photographies, illustrant la mutation architecturale de la ville. Par cette véritable investigation visuelle approfondie de New York, Berenice Abbott écrit à sa manière l’histoire de cette ville. Constitue par son regard, une évocation du passé, du présent et du futur, en saisissant les contrastes et les rapports de l‘ancien et du moderne qui forment la structure urbaine.

Park Avenue et 39e Rue, New York, 1936 © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.
Park Avenue et 39e Rue, New York, 1936 © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.

Berenice Abbott entend capter « la disparition de l’instant », et pour elle « Le tempo de la ville n’est pas celui de l’éternité, ni celui du temps, mais celui de l’éphémère. C’est pour cette raison qu’un tel enregistrement revêt une importance particulière, tant documentaire qu’artistique ».

Vue de nuit, New York, 1932 © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.
Vue de nuit, New York, 1932 © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.

Ses vues en plongée et l’impression d’ambiguïté spatiale de ses clichés sont sans rappeler certains travaux de l’école du Bauhaus, et semblent comme une métaphore du rythme effréné de la vie new-yorkaise.
Cet ensemble d’images d’architecture est complété de photographies prises en 1954 sur la Route 1 (Est des États-Unis), dont l’exposition du jeu de Paume offre une sélection inédite. Témoinage de son ambition de représenter ce qu’elle appelle la « scène américaine ».

      Stand Happy's Refreshment, Daytona Beach, Floride, 1954© Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.
Stand Happy's Refreshment, Daytona Beach, Floride, 1954© Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.

D’esprit aventureux et éprise de liberté, militante fervente et active, contre le pictorialisme et l’école d’Alfred Stieglitz, son travail sera un permanent questionnement sur les aspects documentaires et réalistes de la photographie.

Dès les années 40, s’intéresse à la photographie scientifique et devient directrice du service iconographique de la revue Science Illustrated. Ce sera pour elle, le moyen de donner à ses images une fonction de lien pédagogique entre le grand public et la science du XXe siècle. Berenice Abbott se consacrera jusqu’à la fin de sa vie à une photographie plus expérimentale, renouant avec les influences surréalistes, notamment avec l’utilisation du rayogramme.

Motif d'interférence, Cambridge, Massachusetts, 1958-1961 © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.
Motif d'interférence, Cambridge, Massachusetts, 1958-1961 © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc.

Ce n’est pas sans compter sur l’ingéniosité de la photographe pour inventer de nouvelles techniques photographiques et confectionner des appareils photo, comme la création d’un monopied ou d’un trépied de poche.
Ses « surprises visuelles » aux qualités formelles indéniables ont l’ambition de mêler le documentaire et l’esthétique du merveilleux.

Berenice Abbot Jeu de Paume exposition
Exposition Berenice Abbot au Jeu de Paume - Crédit : Katia Cordova.

Cette rétrospective montre avant tout l'ampleur d'une oeuvre photographique, d'une grande unité aux regards multiples, d'une femme en marge des courants et d'une intense liberté de ton.

Catalogue de l'exposition, coédition Hazan / éditions du Jeu de Paume / éditions du Ryerson Image Centre.
Sous la direction de Gaëlle Morel.

1, place de la Concorde
75008 Paris
T. 01 47 03 12 50
www.jeudepaume.org

Samedi et dimanche de 10h à 19h
Du mercredi au vendredi de 11h à 19h
Nocturne le mardi jusqu’à 21h

Tarifs
Plein tarif 8,50 € — Tarif réduit 5,50 €

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