Par Katia Cordova, 03 Février 2012 22h17

Cédric Delsaux présente Dark Lens

L'exposition Dark Lens de Cédric Delsaux à la Fnac Forum des Halles. Crédit : Renaud Labracherie
L'exposition Dark Lens de Cédric Delsaux à la Fnac Forum des Halles. Crédit : Renaud Labracherie

Entretien avec Cédric Delsaux à l’occasion de l’exposition « Dark Lens » à la galerie Photo Fnac du Forum des Halles du 18 janvier au 25 février 2012.

Né en 1974, photographe français, vit et travaille à Paris. En 2005, il remporte la Bourse du Talent de Photographie.com pour sa série « La vitrine des choses ». Son œuvre questionne notre rapport, notre perception du monde, en créant un univers où l’espace-temps semble distendu. Il mêle des images puisées de la mémoire collective à des lieux de notre quotidien pour y créer une sorte de mythologie propre, sa vision personnelle de notre monde moderne. L’imaginaire et le fantasme donnent l’impression d’avoir tout envahit. Par des cadrages frontaux, minimalistes, mais cinématographiques, ses photographies donnent à voir une réalité illusoire.

Pour Xavier Barral, éditeur de l’ouvrage, ce travail rappelle que l’impact de la saga de George Lucas a imprégné profondément l’iconographie culturelle collective et a été transposé dans notre univers, essayant de fabriquer “cette «mythologie de la banalité», (qui) donne également une proximité et une réalité à des personnages cultes pour toute une génération de fans”.

Cet ouvrage préfacé par George Lucas, a fait l’objet d’une édition "Deluxe" de 100 ex. présenté dans un coffret luxueux avec un tirage de l’artiste au prix de 800 euros. Cette édition est disponible uniquement sur le site Internet de l'auteur : Cédric Delsaux.

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© Cédric Delsaux, Éditions Xavier Barral, 2011.

Focus Numérique : Comment êtes-vous venu à la photographie ?

Cédric Delsaux : Depuis ma plus tendre enfance, et plus précisément depuis l’âge de 14 ans je rêvais d’être photographe. Après des études de cinéma et de Lettres Modernes, j’ai été photographe de plateau, mais je ne pensais pas pouvoir réellement lier ma passion à mon travail.

Ensuite je suis devenu concepteur-rédacteur dans une agence de pub puis photographe publicitaire. Tout en alliant la nécessité de travailler, j’ai toujours été tourné, proche de la photographie et du cinéma. C’est plus l’influence du cinéma en rapport avec la photo qui m’importe, l’impression d’avoir une intimité à la photo.

Une citation de Rimbaud qui me correspondant parfaitement « On va là où l’on pèse ». C’est à dire où que j’aille, je reviens sans cesse à la photo, mais les influences sont évidemment très liées au cinéma, mais également à la littérature. D’où mon univers propre en rapport constant à la fiction.

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© Cédric Delsaux, Éditions Xavier Barral, 2011.

Focus Numérique : Comment s’est effectué pour vous le passage de l’argentique au numérique ?

Cédric Delsaux : Cela fait 9 ans que je suis photographe. Les 5 premières années, j’étais exclusivement argentique. J’ai commencé avec du 6x7, le RZ, le R7 puis je suis passé à la chambre. En 2002 à l’âge de 28 ans, alors que je suis photographe de pub je réalise que je peux vivre de ma photo et me consacrer en parallèle à des projets personnels. En 2004 je commence une série en argentique puis en 2005 j’essaye « à regret », le numérique, et comprends que le combat est perdu d’avance.
Pour la petite histoire à la fin du livre, je fais un pied de nez aux mentions souvent stipulées par les photographes « aucune image n’a subit de traitement numérique », en précisant « aucune image n’a subit de traitement argentique ».

Comment êtes-vous arrivé à cet univers ?


Cédric Delsaux : Tout en étant sa continuité, cette série fait partie intégrante de mon travail. Mon but étant de représenter la dimension futuriste des paysages urbains. Je me questionne sans cesse sur notre perception du réel. Que dit-on des choses que l’on photographie ? Est-ce que l’on parle de nous, ou de ce que l’on montre ? J’ai compris que la notion même de document, de photojournalisme n’avait pas de sens pour moi. Ce que je montre, c’est ma vision personnelle, mon fantasme et mon délire du réel, car je pense que nous ne faisons que le fantasmer. Pour moi, notre monde a une grandeur fantastique, il est tout aussi fascinant qu’il est terrifiant. C’est pourquoi j’ai eu l’idée d’intégrer des personnages venant du Fantastique dans le réel.

© Cédric Delsaux, Éditions Xavier Barral, 2011
© Cédric Delsaux, Éditions Xavier Barral, 2011

Focus Numérique : Comment cela se passe, concrètement, techniquement ?

Cédric Delsaux : J’attends que les soucoupes arrivent ! Voilà il faut juste être patient ! (rires). Sérieusement, j’utilise une pratique « ancestrale », techniquement très basique. Dans la majorité des cas ce sont des figurines que je photographie en studio et que j’incruste dans l’image. C’est du « vieux » photomontage, longtemps considéré comme un sous-genre méprisé, que j’utilise avec joie et plaisir. Au même titre que le numérique l’a été à ses débuts vis-à-vis de l’argentique. Ce n’est qu’une technique qui ne change absolument rien à ce qui se passe derrière, à savoir la démarche, le process créatif.

Focus Numérique : Concernant votre démarche, vous cherchez les lieux d’abord ou vous avez déjà à l’esprit, l’image finale ?

Cedric Delsaux : Je ne suis pas un geek, je ne suis pas parti de Star Wars. Évidement Star Wars a été un choc visuel très fort pour moi enfant, mais cela ne fait pas de moi un fan. Ce n’est pas mon cinéma de prédilection. SW fait partie de l’inconscient collectif, cette série a construit pour plusieurs générations notre rapport au réel. Quand on voit des parkings de supermarchés désertés, des zones d’aéroport, on imagine inconsciemment qu’il va y avoir un vaisseau qui va se poser !

Par exemple, prenons Dubai, ville parfaitement adaptée à ce type de réflexion. Est-ce que l’on n’a pas fabriqué ce genre de villes en regard avec le cinéma de Science-Fiction ? Comment le réel devient fiction, comment « fictionalise » t-on le réel et comment tout cela se mélange ? La photographie est capable de rendre compte de cela. Nous sommes structurés de foisonnements inconscients, d’images, d’histoires qui font que ce que l’on perçoit et qui nous semble naturel, ne l’est pas du tout. Du coup, ce sont les lieux et leur charge poétique qui m’intéressent. Quelle que soit la série que je fais il est toujours question de cela : rentrer en résonance avec un lieu. Dans la série « Dark Lens », ces endroits délaissés, ces non-lieux, je les ai chargés d’une histoire liée à un lointain d’ailleurs, une étrangeté qui m’a ramené à Star Wars. C’est une continuité de mon premier travail « Nord » et « Banlieue » où je travaillais sur la perception afin de faire basculer ces endroits dans une autre dimension, mais avec une absence totale de personnage.

Focus Numérique : L’ouvrage semble chronologique dans le cheminement visuel des images. Y a-t-il une chronologie marquée par les lieux rencontrés ?

Cédric Delsaux : Oui, car à mon sens il y a une évolution, d’abord au niveau des villes. Cette série s’est échelonnée de 2005 à 2009 et la perception de mon travail a évolué également. Au départ j’étais dans une confrontation un lieu/ un personnage, puis progressivement j’ai glissé vers un lieu qui serait déjà de la SF (Dubai) et des personnages qui se meuvent, mais plus de manière systématique. À la fin du livre, sur certaines photos il faut chercher longtemps pour voir un personnage.

Focus Numérique : L’ouvrage marque-t-il la fin de la série ?

Cédric Delsaux : Pour l’instant c’est fini. Avec 1784, série faite en 2009, en une semaine, dans un château avec 18 comédiens, c’était une autre expérience, un autre angle de ma narration du réel. Sur Dark Lens je fantasmais un hypothétique futur, avec 1784, le passé.

Focus Numérique : À quand un hypothétique présent ?

Cédric Delsaux : Le présent est insaisissable pour moi. Il est la somme des passés que l’on a vécut et le fantasme d’un futur qu’on espère. Ce qui est formidable, parce que paradoxal, avec la photographie, c’est qu’elle est capable de penser, de créer un « faux-présent » avec une narration basée sur une approche futuriste.

Focus Numérique : Quels sont vos artistes de référence, ou du moment ?

Cédric Delsaux : C’est tellement vaste, il y a tant de choses. En regard de mon travail actuel, je ne citerai que lui : Stéphane Duroy, photographe, qui est à mon avis un des rares à avoir su concevoir des livres de photo en fabriquant une narration purement photographique.

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