La sortie de Final Cut Pro X marque indéniablement une rupture. De par son appellation, le logiciel ne s'inscrit déjà pas dans la logique des « suites » puisque la version précédente était Final Cut Pro 7. Cette dixième version grille-t-elle les étapes ? Par vraiment. Elle marque surtout un changement de positionnement, du marché professionnel vers le grand public, comme successeur... d'iMovie 9 !

Cette dixième version est une redécouverte pour les habitués du soft puisqu'Apple a totalement relooké l'interface. Un tel changement peut sembler risqué pour l'éditeur, car les monteurs n'aiment pas changer leurs habitudes longuement acquises au fil des ans. Mais la marque à la pomme est justement réputée pour bousculer les traditions des utilisateurs, y compris les siens.

Comment Apple s'est imposé sur le marché du montage ?

Avant d'entrer dans le vif du sujet, faisons un aparté sur l'historique du logiciel qui fête sa dixième année. Lorsque Final Cut Pro est sorti en 2001, il n'y avait que deux logiciels majeurs sur le marché du montage professionnel et broadcast : Avid et Premiere. Un développeur d'Adobe eut alors l'idée d'aller proposer ses compétences chez Apple pour créer un nouveau logiciel de montage, très similaire à Premiere, mais sur Mac. À l'époque, le montage non linéaire était en pleine expansion dans le grand public grâce à l'arrivée du caméscope numérique DV et à l'interface FireWire indispensable pour récupérer ses rushes. Des millions de gens ont ainsi découvert les joies du montage sur un iMac DV qui était alors le seul ordinateur « tout-en-un » à intégrer une prise FireWire pour brancher son caméscope et à faire du montage dans la foulée avec iMovie. La place était ainsi prête chez Apple pour accueillir un logiciel plus complet et bénéficiant de toute la stabilité du système Mac OS quand la plupart des PC de montage plantaient régulièrement sous Windows 98 et Millenium.

Beaucoup d'utilisateurs ont alors migré sur Mac uniquement pour la vidéo. Le succès de Final Cut Pro ces 10 dernières années l'a prouvé, mais il n'est pas seulement dû aux fonctions très complètes du logiciel. Les moyens marketing déployés par Apple ont aussi permis de « convertir » des milliers d'adeptes dans les écoles de cinéma et les centres de formation à sa solution. Aucun établissement ne peut aujourd'hui faire l'impasse sur Final Cut Pro et tous les stages proposent une formation soit sur le soft d'Apple soit sur Avid. La marque a compris qu'un stage implique un coût financier assez lourd et qu'un monteur formé ne change pas de logiciel facilement, surtout si cela implique de changer de système d'exploitation, et donc d'ordinateur.

Découverte du logiciel

On vous l'a dit, Final Cut Pro X marque une rupture avec les précédentes versions que beaucoup d'utilisateurs vont bouder. D'ailleurs, la première chose que l'on découvre en achetant Final Cut Pro X sur l'Apple Store est l'avis des utilisateurs qui sont plutôt sévères. Extraits :

« Inutilisable pour les pros. Cette nouvelle version ouvre les projets iMovie mais pas les projets FinalCut ! Même pas en EDL... rien ! Il y a tromperie sur la marchandise : ce logiciel aurait du s'appeler iMovie pro. Complètement inutilisable, en l'état actuel, pour prendre la relève de FCP studio en production. Espérons qu'ils vont redresser le tir... plein de bonnes idées, des perfs en rendu enfin acceptables... mais si vous hésitez, ne l'achetez pas : perso, j'envoie une demande de remboursement, il y a mensonge sur ce qu'on achète... »

« FCP X où comment changer une suite pro en un outil de montage pour enfant digne de l'iPhone ...
Déroutant... OBSOLETE ».

« Ce nouveau final cut sert a rien à part a faire joli. Aucun import et export possible avec les autres logiciels, plus de multicam, aucune compatibilité avec les carte : matrox etc etc. La liste est encore très longue. »


Les critiques négatives pleuvent, mais qu'en est-il vraiment ? Il est vrai que l'interface inspire une grande simplicité et ressemble fort à celle d'un logiciel grand public type iMovie ou Magix Video Deluxe. La fenêtre de prévisualisation est à gauche, le chutier à droite, et la fenêtre pour les effets en bas avec la piste de montage. Cette dernière est étrangement dépouillée, mais aussi très intuitive ce qui donne un sérieux bol d'air à l'ensemble. Apple a fait le ménage sur son interface et il est vrai que l'ensemble fait moins « pro ». Une déception pour les monteurs, mais une aubaine pour les débutants qui vont enfin pouvoir monter sur Final Cut sans stage de formation ni manuel.

apple final cut pro x test review interface générale

Arrêtons-nous maintenant sur cette fameuse piste de montage qui fait tant parler d'elle. Habituellement, les clips se calent les uns derrière les autres comme des briques. Ici, tout semble « flotter ». Lorsqu'on dépose un clip, FCP propose de le déplacer ou de le remplacer suivant l'endroit précis où vous lâchez le bouton de la souris. Cette manipulation « intuitive » va fortement déplaire aux habitués, mais le concept est pratique et bien vu. La piste « magnétique » de FCP X devrait être rapidement adoptée par les non-initiés.

FCP X marque aussi la fin des stages de formation. À condition d'avoir acquis quelques reflex informatiques, la maîtrise du soft ne pose aucun problème. On importe ses clips en cliquant droit sur le chutier et l'on applique ses effets sur les clips d'un simple glisser-déposer. Idem pour les titres où il suffit de double-cliquer sur la prévisualisation pour les modifier. Nous sommes parvenus à faire un montage d'une minute en une demi-heure avec titres et musique sans n'avoir jamais utilisé le soft. C'est là le véritable point fort du nouveau logiciel d'Apple.

Mais il y a des sérieux bémols. Final Cut Pro X est incomparable (et incompatible) avec la version 7. Il est impossible d'ouvrir un projet d'une version antérieure et une foule de fonctions disparaissent comme l'affichage en double moniteur, ce qui est sérieusement handicapant !

Importation native des formats HD... depuis la caméra

La gestion des formats vidéo présents sur le marché grand public et professionnel n'est pas évidente sur Final Cut Pro X. Le logiciel n'importe pas nativement des médias HDV, AVCHD, XDCAM, MPEG-2 Long GOP (MXF de Canon) ou MPEG-4 dès lors que les fichiers sont déjà présents sur votre ordinateur.

apple final cut pro x test review incompatibilité

Nous avons interrogé Apple sur ce "blocage" et la marque nous a fourni une explication livrée ici :

"Final Cut Pro X permet de lire, d'importer et d'éditer des images AVCHD en natif. Pour y parvenir, l'appareil ou la carte mémoire de l'appareil doivent être connectés au Mac en utilisant la fonction "Importer à partir de la caméra".
 
Une fenêtre affiche alors le contenu de l'appareil photo/carte mémoire/caméscope et permet l'importation des médias sélectionnés.
 
Deux options sont alors possibles :
1) importer «tel quel» en utilisant le codec natif de la caméra pour l'édition. Dans ce cas, Final Cut Pro X fait un réencapsulage des images en fichiers Quicktime, mais ne modifie pas le codec (la qualité AVCHD est conservée).
2) importer et sélectionnez "Créer un support optimisé" qui effectue un transcodage en ProRes 422 et l'utiliser pour l'édition."
 
Apple recommande l'option n°2 car elle garantit que Final Cut Pro X utilise des images optimisées pour l'édition, et optimise ainsi la performance et la qualité.

Cette méthode est néanmoins contraignante puisque certains monteurs récupèrent parfois des rushes à partir d'un disque dur externe, d'un DVD ou même d'une plateforme vidéo (Fotolia), et non depuis le caméscope ou la carte mémoire d'origine.

Quelques formats sont néanmoins gérés nativement par FCP X, c'est à dire sans brancher l'appareil. C'est le cas du MOV/H.264 du Canon 5D Mark II qui était précisément le seul codec non pris en charge par Final Cut Pro 7.

Bien sûr, FCP X peut gérer tous les formats vidéo après un transcodage via Apple Prores, mais cette étape est une perte de temps considérable et inacceptable sur une solution de montage vendue en 2011, même à 240 euros. Des logiciels grand public comme Magix Video Deluxe ou Vegas Premium montent nativement des rushes en AVCHD depuis n'importe quel support et sont commercialisés moins de 200 euros.

Quelques outils pros

Certains outils pros sont toutefois conservés comme l'oscilloscope et le correcteur colorimétrique qui permet de modifier une teinte de l'image, sa saturation ou sa luminosité avec une pipette. On trouve aussi une bibliothèque d'effets et de titre prédéfinis particulièrement riche. De nombreuses fonctionnalités du logiciel Motion sont désormais disponibles dans cette nouvelle version de Final Cut Pro. La plupart des effets bénéficient d'habillages animés dignes des chaînes de télévision. Ils permettent de donner un habillage très pro à un montage simple et d'éviter des heures de travail sous After Effects ou Motion pour réaliser l'intro d'un reportage, d'une émission ou d'un film d'entreprise.

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Des effets très nombreux pour habiller les titres... ...avec des animations prédéfinies.

Nous avons effectué notre test à partir de rushes 1080p exclusivement issus d'un Canon 5D Mark II (le seul géré nativement). L'ordinateur utilisé était un MacBook Pro avec un écran 17 pouces et doté d'un processeur quadricoeur Intel Core i7 de 2,2 GHz, avec 4 Go de mémoire vive DDR3. Prix : 2 499 euros. Sur cette machine, le montage avec FCP X tourne comme une horloge. Les effets sont prévisualisables en temps réel (gérés par la carte graphique) même si certaines latences sont perceptibles, car les calculs s'effectuent en tâche de fond. Des performances similaires peuvent être obtenues (mais un peu moins rapides) avec le nouvel iMac doté du quadricoeur Intel Core i5 vendu à 1149 euros.

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Les fichiers du Canon 5D Mark II sont désormais gérés nativement. Notre ordinateur : un MacBook Pro 17 pouces avec un quadricoeur Intel Core i7. Prix: 2499 euros.

Enfin, si FCP X n'importe pas les formats pros, il autorise leur exportation. Vous pouvez ainsi générer votre film au format HDV, XDACM, DVCProHD ou AppleProres (422, 4444) dans l'onglet "Partage". On vous propose également d'exporter directement votre montage vers les plateformes vidéo comme Youtube, Vimeo, Facebook, ou CNN iReport, un peu comme sur les caméscopes de poche...

Cette vidéo vous montre la manipulation de l'interface à partir de rushes 1080/25p du Canon 5D Mark II : titres, retouche colorimétrique, image dans l'image et exportation :


Le cut final du montage pro sur Mac ?

FCP X marque un changement de stratégie radical d'Apple sur le marché des solutions de montage, l'année même où Adobe relance Premiere sur Mac OS. Un hasard ? Une chose est sûre, cette nouvelle version « grand public » va inciter les monteurs à conserver Final Cut Pro 7 sur leur machine et les centres de formation à se concentrer sur Avid et Premiere qui vont retrouver leur duopole historique.

Cette rupture devrait aussi ouvrir les monteurs à d'autres solutions de montage méconnues, mais tout aussi performantes comme Vegas Pro 10 ou Edius 6 qui n'ont pas bénéficié des mêmes moyens de communication, mais qui méritaient largement d'être adoptées.

Voici le résultat final de notre petit montage exporté sur vimeo.com avec Final Cut Pro X :



Points forts

Points faibles

Interface simple et intuitive

N'importe pas nativement la plupart des formats vidéo (uniquement depuis la caméra ou la carte mémoire)

Effets en temps réel (avec un Mac quadricoeur)

Pas de double moniteur dans l'interface

Nombreux effets, animations et titres prédéfinis de qualité professionnelle

Incompatible avec les projets d'anciennes versions

Gestion native des fichiers du Canon 5D Mark II

 



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