Lire le nom d'un objectif et en comprendre immédiatement la fiche technique n'est pas toujours chose aisée. Les constructeurs adorent y plaquer autant d'abréviations que possible... et plus c'est long mieux c'est. Si on se familiarise assez rapidement avec une marque ou deux, l'exercice devient extrêmement périlleux quand on s'aventure vers des marques auxquelles on est moins habitués.
Essayons d'y mettre un peu d'ordre. Nous commencerons avec les objectifs
Nikon. Il est important de noter que la baïonnette Nikon F équipe tous les boîtiers depuis le Nikon F lancé en 1959. Mécaniquement, toutes les optiques à monture F peuvent être fixées sur un reflex de la marque.
Nikkor plutôt que Nikon... Un peu d'histoire
La question que tout le monde se pose en achetant des optiques Nikon concerne leur nom: pourquoi Nikkor, et non Nikon. Il n'est pas simple d'y répondre. Nous ne pouvons faire que des hypothèses, mais basées sur des faits.
La marque
Nikkor fut introduite en 1932 et serait une contraction de Nippon Kogaku (optique japonaise). En 1933 le premier appareil photo de la marque sortait d'ailleurs sous la marque Nikkor. Et c'est sous cette marque que Nikon se faisait une solide réputation dans les optiques, construisant notamment les objectifs pour Canon jusqu'en 1948. Lorsque la marque sortit ses premiers boîtiers en 1948, ce fut sous la marque Nikon avec l'historique Nikon Model 1. Déjà à l'époque les boîtiers étaient Nikon, et les optiques Nikkor.
Or en 1979 il s'est passé quelque chose d'intéressant... qui nous fait émettre l'hypothèse de l'attachement à la marque
Nikkor pour les optiques. En 1979 donc Nikon décide de commercialiser des objectifs de qualité, mais abordables. Les optiques de bonne qualité étaient alors hors de prix et le choix logique pour l'amateur consistait à se fournir en optiques d'entrée de gamme aux performances parfois douteuses.
Ce fut la série E, et qui fut commercialisée sous marque Nikon et non Nikkor, le constructeur réservant cette dernière aux optiques professionnelles haut de gamme. Et le message passa très mal. Les séries E furent considérées (à tort semble-t-il) comme des entrées de gamme indignes et se vendirent assez mal. Cela a peut-être suffi à dissuader Nikon de changer la marque de ses optiques... ceci n'est en tout cas qu'une hypothèse.
Un 50mm de série E vendu sous marque Nikon et non Nikkor (image: www.lens50mm.net)
Le type de mise au point
Chez
Nikon le nom d'un objectif commence habituellement par le type de mise au point (Autofocus ou manuel), le type de boîtier sur lequel l'objectif est vissable (24x36 ou APS-C).
On trouvera donc principalement sur les objectifs récents:
AF : Optique pourvue d'un mécanisme d'autofocus
AF-S : moteur auto focus Silent Wave Motor (SWM), plus rapide et plus silencieux que les AF standards.
Mais pour les anciens objectifs à mise au point manuelle, il est possible de rencontrer les sigles suivants, bien que ceux-ci soient maintenant rarement mentionnés directement dans le nom de l'optique (ces sigles ont disparu des brochures Nikon, mais pas des étiquettes des étagères des revendeurs... d'où leur importance) :
Ai : anciens objectifs à mise au point manuelle lancés en 1977 (Ai pour Automatic maximum aperture Indexing)
Ai-P : objectifs à mise au point manuelle équipés d'un CPU renvoyant les informations au système de mesure d'exposition.
Ai-S : Apparus en 1981 ces objectifs allaient avec des boîtiers permettant un contrôle automatique de l'ouverture
Si Nikon les oublie souvent dans ses brochures, plusieurs boutiques spécialisées continuent d'utiliser la dénomination exacte des objectifs à mise au point manuelle qu'ils vendent.
Chronologie explicative
Mais n'oublions pas un point essentiel: la monture F remonte à 1959 et Nikon a toujours privilégié la continuité de la monture. Elle a donc été adaptée, et a beaucoup évolué au fil du temps. Ce qui a fait se succéder les modifications techniques, et les sigles. Mettons les choses au clair avec une petite chronologie explicative.
1959: naissance de la monture F. Les optiques produites à l'époque ne sont pas encore des Ai.
1977: Arrivée des optiques Ai (Automatic Indexing)
1981: Premières optiques Ai-S. La date est importante puisque toutes les optiques manuelles Nikon encore produites et vendues aujourd'hui sont des Ai-S

Des optiques Ai-S manuelle neuves, et toujours commercialisés (assez chères qui plus est). Le S se trouve parfois à la fin du nom, comme c'est le cas sur cet exemple. On reconnaît l'optique Ai-s lorsque les deux ouvertures minimales sont en orange.
1986: naissance des optiques AF, AutoFocus. La mise au point est mécanique: une vis dans l'objectif est associée à un embout sur la monture. La motorisation est donc dans le boîtier.
Attention, toutes les AI-s sont des Ai, et toutes les AF, AF-I et AF-S sont également des Ai-s. Compliqué ? Un peu...
1988: optiques Ai-P. Les optiques P sont des Ai-S manuelles dotées des contacts électroniques des optiques AF. Elles permettent la mesure d'exposition matricielle et l'utilisation des modes d'exposition manuels sur les boîtiers AF. Les Ai-P furent peu nombreuses, principalement des téléobjectifs imposants produits en attendant que Nikon arrive à les développer en modèles AF.
1990: apparition des optiques AF-n: mise à jour des premières générations d'optiques AF; la bague de mise au point des premières AF était très dure, rendant les optiques peu agréables à utiliser en manuel. Les AF-n sont dotées d'une bague plus souple et caoutchoutée.
1992: Apparition des optiques AF-D. Avec un D pour Distance, indiquant que l'optique dispose d'une puce indiquant au boîtier la distance du sujet.
Il existe donc des objectifs à la dénomination très similaire, comme le AF 50mm f1.8, quasiment identique au 50mm f1.8D, si ce n'est que le second intègre la puce de mesure de la distance. En neuf, il est assez rare de trouver des optiques non D; ces dernières ont été arrêtées et progressivement remplacées par leurs équivalent en D, qui sont toujours vendues aujourd'hui.
1992: Optiques AF-i. Le i signifiant ici Internal motor. Comme le nom l'indique l'objectif incorpore une motorosation. Attention, il ne s'agit pas encore là d'AF-S qui apparaîtront plus tard. Les AF-i sont principalement des super téléobjectifs du début des années 1990 qui communiquent avec le boîtier par contact électronique.
1998: naissance de l'AF-S. S, pour Silent Wave Motor. Maintenant la motorisation est intégrée à l'optique. Rapide, silencieuse, l'optique permet un débrayage de la mise au point en manuel à tout instant, sans appuyer sur aucun bouton, sauf cas exceptionnel de quelques optiques d'entrée de gamme. Toutes les optiques AF-S sont aussi AF-D (mesure de distance).
2000: apparition des optiques G. La différence principale entre AF-D et AF-G est la suppression de la bague de diaphragme dont disposent toujours les D. Les optiques récentes sont quasiment toutes des G. Les G sont toutes des D (informations de distance), mais ne sont plis des Ai-S.
AF ou AF-S... quelle optique pour quel boîtier ?
En fonction du mécanisme d'autofocus dont elle dispose, une optique sera manuelle ou autofocus avec tel ou tel boîtier Nikon. Les optiques AF utilisent un mise au point mécanique nécessitant un boîtier disposant du moteur adéquat. Les optiques AF-S intègrent le moteur et reçoivent les informations de mise au point par contact électronique.
De nombreuses optiques Nikkor en vente aujourd'hui sont toujours des optiques AF. Sur ces objectifs une vis est enchâssée dans la monture de l'objectif. Lorsqu'on la monte sur un boîtier compatible elle vient s'accoupler à un "tournevis" greffé sur la monture du boîtier. Rudimentaire... mais ça marche. Or certains boîtiers "d'entrée de gamme" ne disposent pas de ce mécanisme, et donc de la motorisation AF associée. Il s'agit des
D40, D40X, D60, D3000, D3100, D5000 et D5100. Sur ces boîtiers seuls les objectifs AF-S (intégrant la motorisation autofocus) pourront bénéficier de l'autofocus. Il est possible d'y monter un objectif de type AF, mais la mise au point sera alors à faire à la main.
Détail de la monture d'un D7000: le mécanisme permettant d'utiliser l'autofocus des optiques de type AF dépasse de la monture et ressemble à l'embout d'un tournevis. Si votre boîtier n'en est pas doté, il faut utiliser des optiques AF-S.
24x36 ou APS-C
Après la mention du système de mise au point, peut figurer la précision
DX, signifiant que l'optique ne peut aller que sur un boîtier doté d'un capteur APS-C.
La compatibilité avec le plein format ne donne lieu à aucun sigle. Bien que Nikon appelle ces capteurs 24x36mm
FX par opposition au
DX des APS-C, le terme
FX ne figure jamais dans le nom des optiques.
En bas à droite du D700, le logo FX indiquant un capteur 24x36. Les objectifs DX ne peuvent pas y être montés.
Par exemple un AF-S DX Nikkor 35 mm f/1,8G ne peut se monter que sur un APS-C, alors que le AF Nikkor 35 mm f/1,4G ira indifféremment sur un boîtier
DX ou
FX.
Le logo DX indique que ce 35mm ne peut être monté que sur des boîtiers APS-C.
Les optiques spéciales : DC, PC-E et Micro
Normalement ce sont les seules informations qui figureront devant le nom de l'objectif. Mais quelques exceptions sont à signaler:
PC-E : désigne des objectifs à mise au point manuelle et à contrôle de la perspective (PC= Perspective Control)
DC : Defocus Control (à modification manuelle de la zone de netteté); le nom est alors par exemple
AF-DC Nikkor 135mm f/2D
Micro: désigne un objectif macro. Le nom de l'objectif devient alors
Micro-Nikkor.
Les objectifs PC-E peuvent basculer afin de modifier la perspective. La mise au point est manuelle.

Les objectifs DC disposent d'une bague de "defocus"grâce à laquelle le photographe contrôle le degré d'aberration sphérique à l'arrière-plan ou au premier plan. On peut ainsi créer des bokehs très doux en arrière-plan tout en conservant un excellent piqué sur un sujet pour un portrait par exemple.
Il arrive également que Nikon place une mention à la stabilisation devant le nom de l'objectif. Ceci est également exceptionnel.
Avec ou sans bague de diaphragme
Vient ensuite le nom (Nikkor) suivi de l'information d'ouverture elle-même immédiatement suivie d'un
D ou d'un
G.
D : Les informations de distance par rapport au sujet à l'aide d'une puce intégrée. Ces informations sont utilisées pour la mesure matricielle 3D et le dosage automatique flash/ambiance par multi-capteur 3D.Les objectifs sont dotés d'une bague de contrôle de l'ouverture. Si on bloque la bague en fermeture maximale, l'objectif peut-être utilisé sur un boîtier récent doté de contrôle d'ouverture à la molette.
G : Objectif dépourvu de bague de réglage de l'ouverture.
Le 24 mm f/2.8D avec, côté monture, sa bague de réglage de l'ouverture graduée de 2.8 à 22.
Les caractéristiques spéciales
Viennent ensuite toutes les fonctions spéciales de l'objectif, sous une forme d'enchaînement de sigles:
ED :
Extra low Dispersion glass: lentille de très haute qualité corrigeant ou minimisant les aberrations chromatiques.
VR :
Vibration Reduction: stabilisation de première génération
VR II :
Vibration Reduction II: stabilisation de deuxième génération
IF :
Internal Focus: la mise au point se fait par le mouvement des éléments à l'intérieur de l'objectif, et non en modifiant la taille de l'objectif.
Si les verres ED sont mentionnés dans le nom de l'optique, le revêtement nanocrystal ne figure "que" sous forme de badge sur le fut de l'objectif et non directement dans son nom.
Un petit mot à propos de la stabilisation: Il existe deux générations de stabilisation, VR et VR II. Ces termes se retrouvent dans les descriptifs des produits Nikon. Mais dans le nom du produit le
II est souvent trompeur. Souvent apposé près du sigle VR, le
II renvoie en fait à la génération de l'objectif, et non à la génération de la stabilisation.
Le AF-S VR DX Nikkor 18-200mm f/3.5-5.6G IF-ED utilisait déjà une stabilisation VR II; son successeur le AF-S DX Nikkor 18-200mm f/3.5-5.6G ED VR II utilise la même stabilisation VR II. Le II renvoie ici simplement à la génération de l'objectif.
Pour différencier les générations de stabilisation, il faudra donc se reporter aux fiches techniques des objectifs, et non à leur seul nom.
D'autres sigles n'apparaissent pas directement dans le nom de l'objectif, mais sont toutefois importants :
N : Nanocrystal Coat : traitement de surface réduisant considérablement les reflets et les images fantômes.
Sigle n'apparaissant pas dans les noms, mais dans les descriptifs
Enfin certains sigles peuvent apparaître dans les descriptifs des objectifs, dans leurs caractéristiques, mais pas dans leur nom. Il est utile de les connaître pour identifier les sujets plus rapidement:
RF : Rear Focusing: système dans lequel seuls les éléments arrières de l'optique bougent pour assurer la mise au point.
ASP ou AS : Aspherical lens elements: indique la présence d'une ou plusieurs lentilles asphérique dans la formule optique.
CRC : Close Range Correction: système de correction de la qualité de l'image lors des mises au point à très courte distance.
SIC: Super Integrated Coating: traitement anti-reflet multicouches.
RD: diaphragme circulaire
ML: lentille de protection en forme de ménisque (lentille incurvée placée en avant pour réduire les images fantômes.
HRI: High Refraction Index: lentille a indice de réfraction supérieur à 2
Enfin, le liséré doré est un véritable signe d'appartenance. Sa seule présence vous indique que vous êtes en présence d'une optique haut de gamme.