La photographie panoramique est un domaine vaste, parfois complexe, mais de plus en plus à la mode. Que vous soyez amateur ou professionnel, il existe aujourd’hui des techniques plus ou moins simples pour réussir vos photos au format panoramique.

Avant de rentrer dans les détails, il faut bien comprendre ce qu’est le panoramique et comment il est possible de l’appliquer à la photographie afin de créer un genre, un style, voire un domaine à part entière.

Qu’est-ce que le panoramique ?

Au sens premier du terme, le panoramique représente un champ ou une vue large d’un lieu. Mais le terme est utilisé dans de nombreux domaines autres que la photographie : ce n’est pas surprenant, par exemple, que votre dentiste vous parle d’un "panoramique" car il s’agit bien d’une vue (radiographique) étendue de l’ensemble de votre dentition. Ainsi, tout ce qui touche à l’idée de panoramique se rapproche du champ de vision large d’un lieu ou d’une chose. Il en va de même en cinéma, cartographie, topographie...

On parlera de formats panoramiques lorsque l’angle de champ embrassé par l’œil humain ou l’objectif est supérieur à un ratio 1:2. L’interprétation reste personnelle, mais le format, dès lors qu’il est "étiré" ou plus large que la "normale" (24x36, 4:3, 16:9...) pourra alors être considéré comme panoramique. Par définition, toute image ou vue dont le rapport hauteur/largeur (horizontal) ou largeur/hauteur (vertical) est supérieur à 2 peut être considérée comme appartenant au format panoramique.

Notons tout de même que cette définition reste contestable et fait encore l'objet à l’heure actuelle d’un long débat entre photographes. La question qu’il conviendrait de se poser est la suivante : "Faut-il s’intéresser au rapport hauteur/largeur (et inversement) ou bien à l’angle de champ brassé ?"

Dossier pratique : photographie panoramique rapport hauteur largeur ou angle de champ

Il conviendra d’étudier chaque photo au cas par cas afin de dire si oui ou non elle appartient à la catégorie du panoramique. Mais je tiens réellement à insister sur le fait que l’interprétation reste personnelle.

Si l’on se base sur l’angle de champ, à partir de combien de degrés pourrions-nous considérer l'image comme panoramique ? Pour certains peu importe, le recadrage suffit ; pour d’autres, il ne s’agit pas d’un simple rapport hauteur/largeur mais d’un angle de champ brassé par l’objectif.*1

Notez que la vision humaine est d’environ 150° horizontalement et 50° verticalement. Le champ visuel est l'espace délimité par la perception spatiale de l'œil, sans bouger la tête. Remarquez ainsi le rapport 1 :3 que cela donne naturellement chez l’Homme. *2

Voyons désormais les différentes méthodes pour réaliser un panoramique avec nos appareils photo numériques. Quand on parle de photographie panoramique, on parle soit de photographie panoramique par recadrage, par rotation ou bien par assemblage.

Le panoramique par recadrage

Le panoramique par recadrage consiste en une seule photographie qui sera recadrée au format panoramique. Cela implique donc perte de matière et qualité moindre, puisque il s’agit d’une "découpe" effectuée dans une photo. Mais cela signifie aussi que tout le monde peut découvrir la photographie panoramique sans matériel spécifique ni investissement lourd.

Pour celles et ceux qui travaillent encore en argentique, la seule contrainte qualitative pour réaliser une photo panoramique reste le film utilisé et non pas l’angle de champ, comme l’explique parfaitement Arnaud Frich : "L'angle de champ ne varie pas que l'on ait fait sa photo avec un 17 mm en 24×36 ou avec un 72 mm en 6×17 ou encore un 30 mm en 24×66. Dans ces trois cas, l'angle de champ photographié est de 100° ! Seule la taille du support change, donc la qualité du résultat final, car plus le film sera grand et moins il y aura besoin de l'agrandir."

Le panoramique par rotation

Le panoramique par rotation a été remplacé aujourd’hui par l’assemblage d’images (voir ci-dessous). Cette technique nécessitait d'utiliser des appareils argentiques particuliers disposant d’un objectif balayant la scène par un mouvement de rotation. Les angles obtenus variaient fonction des appareils, et pouvaient atteindre 360°.

Le panoramique par assemblage

Le panoramique par assemblage permet de faire comme si l’on avait recadré la photographie. Il s’agit là de multiplier soigneusement ses prises de vues afin de les assembler pour "reconstituer" une photographie au format panoramique, grâce à un logiciel. On ne traitera pas ici le cas particulier de l’argentique (tombé en désuétude aujourd’hui).

Les zones de recouvrement entre chaque photo sont d’autant plus importantes qu’elles permettent un meilleur assemblage, et par conséquent une meilleure qualité d’image.
Dossier pratique : photographie panoramique technique assemblage d'images
Dossier pratique : photographie panoramique technique assemblage d'images

Le poids final (espace occupé sur un support de stockage numérique) de l’image sera forcément plus important, mais la qualité d’impression, nettement supérieure.

Aujourd’hui la photo panoramique est à la portée de tous grâce à la méthode par assemblage et recadrage : plus question d’avoir un matériel dédié lourd et onéreux, comme ce fut le cas avec l’argentique.

Fonction intégrée ou assemblage ?

Dans les prochains volets de notre dossier, Arnaud Frich et moi-même nous intéresserons tout particulièrement à la photographie panoramique par assemblage, ses techniques, applications et extensions. Nous parlerons aussi de quelques tests et essais matériels/logiciels.

L’assemblage d’images est aujourd’hui la technique la plus utilisée, malgré sa complexité de prime abord,vis-à-vis du matériel et des logiciels nécessaires. Nous allons donc tâcher de vous proposer des solutions pour tous les budgets et toutes les envies. Mais la photo panoramique reste avant tout de la photographie : il faut un bon sujet et de la lumière.

Aujourd’hui les marques s’adaptent à la demande en intégrant un mode "panoramique" à leurs compacts ou leurs bridges. Le plus surprenant, c’est que l’appareil se charge de guider le photographe en proposant des zones de recouvrement des images prises, pour ensuite assembler la totalité et rendre une photo panoramique en un temps record. 3 déclenchements et 5 secondes, que demander de mieux à un compact numérique pour des photos "de tous les jours" en mode panoramique !

D’autre part, les professionnels de la photo investissent ou se forment à la photographie panoramique afin d’étendre leurs prestations. Cela leur permet surtout de mettre un pied dans le multimédia, et notamment les nouvelles technologies, avec le rendu possible de visites virtuelles et panoramiques gigapixels.*3

Quels matériels utiliser ? Quels sont les logiciels gratuits/payants pour assembler facilement les photos ? Quel résultat est-il possible d’obtenir ? Qu’est-ce que le rendu ? Quelle diffusion et utilisation faire des panoramiques ? Sous quelle forme ? Quel est le budget nécessaire ? Autant de questions qui doivent orienter le photographe amateur ou professionnel vers la solution qui lui sera la plus adaptée.

Quel matériel utiliser ?

Aujourd’hui, tout le monde peut réaliser une photographie panoramique. De plus en plus de solutions sont accessibles, que l'on utilise son téléphone portable, son compact, son bridge ou son réflex.

Il n’est pas toujours nécessaire de respecter les règles pour réaliser une photo panoramique : le seul décideur, c’est vous (ou votre client...). Vous restez maître de la perception du sujet et de vos photos. Ainsi, un panorama ou une visite virtuelle pourront très bien être réalisés sans trépied ni tête panoramique. La seule limite, c’est votre imagination !

Bien sûr, il existe une recette pour chacun d’entre nous. En voici une pour tout bon photographe qui souhaite s’investir dans ce fabuleux domaine...

Ingrédients :
• trépied stable et solide
• rotule graduée
• tête panoramique et/ou sphérique (la sphérique vous permettra d’effectuer des photos à 360 degrés)
• carte mémoire d’assez grande capacité (pour stocker les fichiers RAW)
• logiciel de développement RAW (pour les puristes)
• logiciel d’assemblage

Comme évoqué ci-dessus, il est aussi possible de réaliser de beaux panoramas et des visites virtuelles sans rotule ni tête panoramique ni trépied. Le tout est d’imaginer auparavant ce à quoi la photo à 360° doit ressembler. C'est compliqué, certes. Mais une fois que l’on a réalisé plusieurs panoramas, on évite alors les petites erreurs des débuts : on veille à bien se placer, à faire attention à la ligne d’horizon, à ne pas décaler le trépied durant les déclenchements, à placer son couple boîtier-objectif au point nodal, etc. (voir le 2e volet de notre dossier, consacré à la technique).

Quels rendus / déformations ?

La technique par assemblage d’images offre d'extraordinaires possibilités de "déformer" son image composite pour lui (re-)donner un sens, une histoire. Une fois les photographies assemblées par logiciel, le photographe reprend la main sur son travail en choisissant la projection de ses images sur un "espace plan". La déformation (rendu) n’est permise qu’après projection par le logiciel.

À quoi la projection correspond-elle concrètement ? Les photos prises seront projetées à différentes coordonnées sur les plans souhaités ("projections"). L’assemblage donnera alors une "texture" sur le plan sélectionné.

Prenons par exemple 3 photos prises à main levée avec un 24 mm TSE :

Dossier pratique : photographie panoramique technique assemblage d'images exemple Dossier pratique : photographie panoramique technique assemblage d'images exemple Dossier pratique : photographie panoramique technique assemblage d'images exemple

Il faut réunir correctement ces 3 images afin d’en obtenir une seule au format panoramique. Cela s’effectue grâce à un logiciel d’assemblage d’images. Le logiciel propose alors deux types de rendu différents (déformations), et le photographe choisit ce qu’il va montrer et mettre en avant.

Il existe deux grandes catégories de rendus/déformations possibles :
- le rendu par projection rectilinéaire,
- le rendu par projection tuilée.

Rendu rectilinéaire

Il convient surtout aux photographies ayant un angle de champ "réduit", c'est-à-dire inférieur à 90-100°. Il est principalement utilisé en photographie d’architecture, car il permet de conserver de manière uniforme les lignes droites horizontales et verticales.


Projections tuilées

Elles conviennent aux adeptes des "visions larges" disposant d’un angle de champs "étendu" (entre 100 et 360°). Comportant plusieurs sous-projections (sphérique, cylindriques, etc.), elles permettent par exemple la réalisation de visites virtuelles.


Quels logiciels ?

Il existe des logiciels d’assemblage et des logiciels de création de visites virtuelles ; quelques-uns sont gratuits, les autres payants. Selon le logiciel à votre disposition, vous aurez plus ou moins de souplesse dans l’assemblage et la qualité de vos images. Les logiciels gratuits sont souvent moins performants sur la correction de distorsion des objectifs.

Parmi l’ensemble des logiciels que l’on peut trouver sur le net, voici une liste non exhaustive : Autopano Pro/Giga, PTGui, Panoweaver, Hugin (voir notre tutoriel), AutoStitch et bien d’autres, dont Adobe Photoshop.

Certains logiciels permettent également d’exporter vos panoramas 180 x 360° sous forme de visite virtuelle. Parmi ces derniers, on retrouve Autopano Tour, Panotour ou PanoTour Pro de Kolor, Tourweaver, KrPano, PtGui, Pano2VR
Ils fonctionnent de la manière suivante : vous importez votre image panoramique assemblée (180° par 360°) et le logiciel se charge de la découper afin de l’intégrer dans un "cube" virtuel. L’internaute pourra cliquer et déplacer la souris à l’intérieur de ce cube, afin de le faire tourner et, avec lui, l’image à 360° : cela lui donnera l’impression de se déplacer dans l’image. On parle alors de visite virtuelle immersive.

Nous reviendrons dans notre prochain volet sur certains de ces logiciels et ce qu’il est possible de faire ou non. Toutefois, avant d’acquérir une licence (si le logiciel de votre choix est payant), sachez que vous pouvez généralement bénéficier d'une version d’essai gratuite durant un temps limité, afin de vous faire votre propre avis.

Quelle diffusion / utilisation ?

Imprimer une photo panoramique

Un panoramique reste une photographie : il est imprimable au même titre que toute autre photo. La question à se poser concernant l’impression est celle de la gestion des couleurs de chaque image du panorama.

Il est important, durant sa prise de vue, de faire attention aux éléments en mouvement ainsi qu’aux différences colorimétriques pour ne pas être surpris lors de l’impression. Ce travail s’effectue au stade du développement et de l’assemblage de vos photos dans le logiciel de votre choix. Une fois la colorimétrie établie et les éléments dynamiques (qui ont bougé entre deux images) gérés, vous pouvez imprimer votre photo assemblée. Et ce, même s’il s’agit d’un panorama à très grand angle de champ. Comme évoqué plus haut, l’assemblage consistant à multiplier les photos d’une scène pour obtenir une image assemblée de meilleure qualité (les pixels étant multipliés), on peut donc obtenir une très bonne impression.

Pour imprimer une photographie panoramique, comme en photographie "classique", vous pouvez soit faire appel à un labo photo physique ou en ligne, soit à un imprimeur (attention toutefois à la gestion de vos couleurs), soit imprimer chez vous. Bien entendu si vous souhaitez obtenir un très beau et grand tirage (panoramique) il vous faudra une imprimante adaptée, capable d’imprimer de longues images.

Si enfin il s'agit d’un panorama à 360° de type visite virtuelle, vous pouvez également l'imprimer au format panoramique. L'impression sera la représentation de ce qu’un œil pourrait voir à 360°.

Diffuser un panorama sur Internet

Pour l’aspect interactif et multimédia, il faudra rendre votre image dans l'un des formats suivant :  quicktime, flash, java ou html5. Une fois les fichiers déposés sur un support multimédia (CD, DVD, USB, site web, borne multimédia…), vous obtiendrez un panorama interactif : une "visite virtuelle" grâce à laquelle l’utilisateur pourra cliquer, se déplacer et visiter à 360°. Sous ce terme se cache donc l’assemblage de plusieurs photos prises à 360° et le développement de l’image assemblée.



Image assemblée à 360° (JPG, TIFF, PSD) - Rendu sur un support multimédia.

Quel budget ?

Le budget pour faire de la photo panoramique est extrêmement variable. Comme on l’a vu dans cet article, on peut très bien faire de la photo panoramique avec son propre APN (iPhone, compact, bridge) sans autres accessoires simplement en recadrant sa photo (ou en utilisant une solution intégrée). Le budget peut être plus conséquent si l’on souhaite utiliser la méthode par assemblage. Dans ces cas la il est conseillé d’utiliser une tête panoramique et une logiciel dédié. Si vous êtes un minimum bricoleur, vous pouvez parfaitement créer votre propre tête panoramique. Cela vous reviendra à quelques heures de travail.

Je vous propose la solution simple de Guy Cordelier : http://www.cordelier.eu/Panoramas/technique.htm
Simple et économique pour tout bon bricoleur.

Pas assez simple ? Alors je vous conseillerai la méthode d’un professeur de l'école de photographie Ruhr : http://www.kugelbild.de/rohrschelle_k.php

Pas de trépied, ni de rotule ? Avide de sensations fortes à mains levées ? Un ficelle, un poids, un repère au sol et en avant ! Bien sûr, toutes ces têtes panoramiques maisons sont viables, mais il faut se rendre à l’évidence : elles ne disposent parfois toujours d’un confort d’utilisation professionnelle. Alors, à vous de juger.
Le matériel nécessaire en photo panoramique dépend seulement de vous et de vos habitudes. Trépieds, têtes panoramiques, rotules, et logiciels payants peuvent facilement être remplacés par une solution matérielle maison et un logiciel d’assemblage gratuit ou en version d’essai.
Pour plus de constance et de productivité il est certain que l’achat de matériels et logiciels adaptés est un atout non négligeable.

J’espère que cette « brève » introduction à la photographie panoramique vous aura séduit. Je vous invite à me retrouver dès le mois prochain pour un nouvel article, plus approfondie sur la technique et agrémenté de quelques essais matériels/logiciels, le tout avec la participation d’Arnaud Frich.

En savoir plus :
> le site Internet de Matthieu Thomas

Annexes-Notes

*1 : Permettez-moi de reprendre un exemple cité par Alexandre Jenny (Société Kolor, solutions d’assemblage d’images), il y a 2 ans dans le « Panobook » (livre regroupant toutes sortes de photographies panoramiques du monde entier) : « l’assemblage permet désormais de rendre des photographies « small world » ou « petites planètes » au rapport 1 : 1 (format carré) et qui pourtant ont un angle de champ de 360° ». Bien qu’étant un format carré post-projection, à la prise de vue il en reste une photographie panoramique assemblée. Cet exemple reflète parfaitement la situation du panoramique : il s’agit d’un genre à par entière qui se diversifie chaque jour grâce aux avancés techniques et technologiques (logiciels et processeurs notamment).

*2 : Cette règle est primordiale en photographie panoramique car elle va nous permettre de comprendre l’intérêt du « point nodal » par la suite. Et si l’œil humain est important, il reste essentiel dans la réalisation d’un panoramique à partir de n’importe quelle focale.

*3 : Les visites virtuelles et panoramiques gigapixels résultent chacun d’assemblages et de « traitements » d’images particuliers, permettant la visite de lieu à 360° pour les visites virtuelles, ou bien des vues en très haute définition avec le Gigapixel (ex : Paris 26 Gigapixels)


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