La
photographie panoramique est un domaine vaste, parfois complexe, mais de plus en plus à la mode. Amateurs ou professionnels, aujourd’hui qui que vous soyez, il existe des techniques plus ou moins simples pour réussir ses photos au format panoramique.
Avant de rentrer dans les détails, il faut bien comprendre ce qu’est le panoramique et comment il est possible de l’appliquer à la photographie afin de créer un genre, un style, un domaine à part entière.
Qu’est-ce que le panoramique ? Au sens premier du terme, il représente un champ ou une vue large d’un lieu. Mais le terme est utilisé dans de nombreux domaines autres que la photographie. Ce n’est pas anodin si votre dentiste vous parle d’un panoramique car il s’agit bien d’une vue (radiographie) étendue de l’ensemble de votre denture. Ainsi tout ce qui peut intégrer l’idée de panoramique est rapproché au champ de vision d’un lieu ou d’une chose. Et il en est de même en cinéma, cartographie, topographie... On parlera alors de formats panoramiques lorsque l’angle de champ brassé par l’œil humain ou l’objectif est supérieur à un ratio 1:2 . L’interprétation reste personnelle, mais le format, dès lors qu’il est « étiré » ou plus large que la « normale » pourra alors être considéré comme panoramique. Par définition, toute image ou vue dont le rapport hauteur / largeur (horizontal) ou largeur / hauteur (vertical) est supérieur à 2, peut alors être considérée comme appartenant au format panoramique.
Notons tout de même que cette définition reste contestable, puisqu’il s’agit encore, à l’heure actuelle, d’un long débat entre photographes. La question qu’il conviendrait de se poser est la suivante : « Faut-il s’intéresser au rapport hauteur / largeur (et inversement) ou bien à l’angle de champ brassé ? »
Il convient d’étudier chaque photo au cas par cas afin de dire si oui ou non elle appartient à la catégorie du panoramique. Mais je tiens réellement à insister sur le fait que l’interprétation reste personnelle. Et si l’on se base sur l’angle de champs, à partir de quel degré pourrions-nous le considérer comme panoramique ? Pour certains peut importe, le recadrage suffit, pour d’autres il ne s’agit pas d’un simple rapport hauteur/largeur mais d’un angle de champ brassé par l’objectif.
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Notez que la vision humaine est d’environ 150° horizontalement et 50° verticalement. Le champ visuel est l'espace délimité par la perception spatiale de l'œil, sans bouger la tête. Remarquez ainsi le rapport 1 :3 que cela donne naturellement chez l’Homme.
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Voyons désormais les différentes méthodes pour réaliser un panoramique avec nos appareils photo numériques. Quand on parle de photographie panoramique, on parle soit de photographie panoramique par
recadrage, par
rotation ou bien par
assemblage.
- Le
recadrage ne consiste qu’en une seule photographie qui sera recadrée au format panoramique. Cela veut donc dire : perte de matières et qualité moindre puisque il s’agit d’une « découpe » effectuée dans une photo. Mais cela signifie aussi que tout le monde peut découvrir la photographie panoramique sans matériel spécifique ni investissement lourd. Pour celles et ceux qui travaillent encore en argentique, la seule contrainte qualitative pour réaliser une photo panoramique reste le film utilisé et non pas l’angle de champ, comme l’explique parfaitement
Arnaud Frich : « l'angle de champ ne varie pas que l'on ait fait sa photo avec un 17 mm en 24×36 ou avec un 72 mm en 6×17 ou encore un 30 mm en 24×66. Dans ces trois cas l'angle de champ photographié est de 100° ! Seule la taille du support change et donc la qualité du résultat final car plus le film sera grand et moins il y aura besoin de l'agrandir. »
- La
rotation (a été remplacée aujourd’hui par l’assemblage d’images) : Cette technique nécessitait des appareils argentiques particuliers disposant d’un objectif balayant la scène par un mouvement de rotation. Les angles obtenus variaient fonction des appareils, et pouvaient atteindre 360°.
- L’
assemblage : Permet de faire comme si l’on avait recadré la photographie. Il s’agit là de multiplier soigneusement ses prises de vues afin de les assembler (par logiciel car ici on ne s’intéressera pas au cas particulier de l’argentique, désuet aujourd’hui) pour au final « reconstituer » une photographie au format panoramique. Les zones de recouvrement entre chaque photo sont d’autant plus importantes, qu’elles permettent un meilleur assemblage, et par conséquent une meilleure qualité d’image.

Le poids final (espace occupé sur un support de stockage numérique) de l’image sera forcément plus important, mais la qualité d’impression, nettement supérieur.
Aujourd’hui la photo panoramique s’offre à tout le monde grâce à la méthode par assemblage et recadrage. Il n’est plus question d’avoir un matériel dédié, lourd et onéreux, comme ce fut le cas avec l’argentique.
Dans la suite de cet article et les 2 prochains mois,
Arnaud Frich et moi-même nous intéresserons tout particulièrement à la photographie panoramique par assemblage, ses techniques, applications et extensions. Nous parlerons aussi de quelques tests et essais matériels/logiciels. L’assemblage d’images, est aujourd’hui la technique la plus utilisée malgré son aspect complexe à première vue (vis-à-vis du matériel et des logiciels nécessaires). C’est pourquoi je vais tâcher de vous proposer des solutions pour tous les budgets et toutes les envies. Mais la photo panoramique reste avant tout de la photographie, il faut un bon sujet et lumière.
Aujourd’hui les marques s’adaptent à la demande en intégrant un mode « panoramique » à leurs compacts ou leurs bridges. Le plus surprenant c’est que l’appareil se charge de guider le photographe en proposant des zones de recouvrement des images prises, pour ensuite assembler la totalité et rendre en un temps record une photo panoramique. Trois déclenchements et cinq secondes, que demander de mieux à un compact numérique pour des photos de « tous les jours » en mode panoramique !
D’autre part, les professionnels de la photo investissent ou se forment à la photographie panoramique afin d’étendre leurs prestations. Cela leur permet surtout de mettre un pied dans le multimédia, et notamment les nouvelles technologies, avec le rendu possible de visites virtuelles et panoramiques gigapixels.*3
Quels matériels utiliser ? Quels sont les logiciels gratuits/payants pour assembler facilement les photos ? Quel résultat est-il possible d’obtenir ? Qu’est-ce que le rendu ? Quelle diffusion et utilisation faire des panoramiques ? Sous quelle forme ? Quel budget est « nécessaire » ? Autant de questions qui doivent orienter le photographe amateur ou professionnel vers la solution qui lui sera la plus adaptée.
Quel matériel utiliser ?
Ce qui est formidable, c’est qu’aujourd’hui tout le monde peut réaliser une photographie panoramique. De plus en plus de solutions sont accessibles que j’utilise mon téléphone portable, mon compact, mon bridge ou mon réflex. Il n’est pas toujours nécessaire de respecter les règles pour réaliser une photo panoramique, le seul décideur, c’est vous (ou votre client … ). Vous restez maître de la perception du sujet et de vos photos. Ainsi, un panorama ou une visite virtuelle pourra très bien être réalisée sans trépied ni tête panoramique ! La seule limite, c’est votre imagination !
Bien sûr, il existe une recette pour chacun d’entre nous. En voici une pour tout bon photographe qui souhaite s’investir dans ce fabuleux domaine :
Ingrédients :
• Trépied stable et solide
• Rotule graduée
• Tête panoramique et/ou sphérique (la sphérique vous permettra d’effectuer des photos à 360 degrés)
• Carte mémoire d’assez grande capacité (pour stocker les fichiers RAW)
• Logiciel de développement RAW (pour les puristes)
• Logiciel d’assemblage
Mais comme je l’ai dit ci-dessus, sans rotule, tête (panoramique) et trépied il est aussi possible de réaliser de beaux panoramas et des visites virtuelles.
Le tout est d’imaginer auparavant ce à quoi la photo à 360° doit ressembler. Compliqué, certes. Mais une fois que l’on a réalisé plusieurs panoramas, on évite alors de petites erreurs : bien se placer, attention à la ligne d’horizon, ne pas décaler le trépied durant les shoots, placer son couple boitier objectif au point nodal, etc… autant de points que nous aborderons le mois prochain dans un article dédié à la technique
Quel rendu / déformations ?
Ce qui est extraordinaire avec la technique par assemblage d’images, ce sont les possibilités de « déformer » son image assemblée pour lui (re-)donner un sens, une histoire.
Une fois les photographies assemblées par logiciels, le photographe reprend alors la main sur son travail en choisissant la projection de ses images sur un « espace plan ». La déformation (rendu) n’est permise qu’après projection par logiciels.
A quoi la projection correspond-elle concrètement ? Les photos prises seront projetées à différentes coordonnées sur les plans souhaités (projections). L’assemblage donnera alors une « texture » sur le plan sélectionné.
Prenons par exemple 3 photos prises à main levée avec un 24 mm TSE
Il faut réunir correctement ces 3 images afin d’en obtenir une seule au format panoramique. Cela s’effectue grâce à un logiciel d’assemblage d’images. Ce dernier (logiciel d’assemblage) nous propose alors deux différents types de rendu (déformations). Le photographe reprend alors tout son rôle ici, il choisit ce qu’il va montrer à ses lecteurs.
Voici les deux grandes catégories de rendus/déformations possibles :
-
Rectilinéaire : convient surtout aux photographies ayant un angle de champs « réduit » (ici j’entends par réduit, un angle de champs inférieur à 90-100 degrés). Ce type de rendu est surtout utilisé pour les photographies d’architectures, car il permet de conserver de manière uniforme les lignes droites horizontales et verticales.
-
Projections tuilées : convient aux adeptes des « visions larges » (ces projections comportent plusieurs sous-projections : sphérique, cylindriques, … etc…) et permet la réalisation de visites virtuelles grâces à des images disposant d’un angle de champs « étendu » ( entre 100 et 360 degrés).
Quels logiciels ?
Il existe des logiciels d’assemblage et des logiciels de création de visites virtuelle
Quelques uns sont gratuits et d’autres payants. Suivant les logiciels que vous utiliserez, vous aurez une certaine souplesse dans l’assemblage et la qualité de vos images. Certains objectifs disposant de distorsions, les logiciels gratuits sont souvent moins performants que d’autres payants. Parmi l’ensemble des logiciels que l’on peut trouver sur le net, voici une liste non exhaustive :
AutoPano Pro-Giga / PTGui / Panoweaver / Sticher / Hugin / Stitcher / Autostitch …et bien d’autres dont Adobe Photoshop.
Le mois prochain, avec
Arnaud, nous vous parlerons de quelques uns de ces logiciels et de ce qu’il est possible ou non de faire avec chacun. Toutefois, sachez qu’avant d’acquérir une licence d’un de ces logiciels (s’il est payant) vous pouvez généralement avoir accès à une version d’essai gratuite, afin de vous faire votre propre avis sur celui-ci.
Également, il y a les logiciels vous permettant d’exporter vos panoramas 180° x 360° sous forme de visite virtuelle. Parmi ces derniers, on retrouve AutoPano Tour cette fois ci, ou encore PanoTour, PanoTour Pro, TourViewer, KrPano, PtGui, Pano2VR, … Ils fonctionnent de la manière suivante : vous importez votre image panoramique assemblée – 180° par 360° - et le logiciel se charge de découper votre image afin de l’intégrer dans un « cube » virtuelle. L’internaute pourra alors cliquer et déplacer la souris à l’intérieur, afin de faire tourner le cube virtuel et par conséquent l’image à 360°. Cela lui donnera alors l’impression de se déplacer dans l’image. On parle alors de visite virtuelle immersive.
Quelle diffusion / utilisation ?
- Comment imprimer une photo panoramique ?
- Comment diffuse-t-on un panorama sur internet ?
De nombreuses questions se posent lorsqu’on aborde la diffusion. Un panoramique reste une photographie. Elle est imprimable au même titre que toute autre photo. La réelle question à se poser au niveau de l’impression est celle de la gestion des couleurs de chaque image du panorama. Il est important durant sa prise de vue de faire attention aux éléments en mouvement ainsi qu’aux différences colorimétriques pour ne pas être surpris lors de l’impression. Ce travail s’effectue au niveau du développement et de l’assemblage de vos photos dans le logiciel de votre choix. Une fois la colorimétrie établie et les éléments dynamiques gérés (qui ont bougés entre deux images), vous pouvez imprimer votre photo assemblée. Et ce, même s’il s’agit d’un panorama à très grand angle de champ. Souvenez-vous de ce qui a été dit plus haut dans l’article : l’assemblage consiste en la multiplication d’images d’une scène photographiée, afin d’obtenir une image assemblée de meilleure qualité (les pixels étant multipliés) et donc une très bonne impression.
Enfin pour l’impression d’une photographie panoramique, les principales solutions sont : Internet grâce à différents sites permettant de tirer et d’expédier vos photographies, et l’impression chez soi ou chez un imprimeur (attention toute fois à la gestion de vos couleurs …). Bien entendu si vous souhaitez obtenir un très beau et grand tirage (panoramique) il vous faudra une imprimante adaptée, capable d’imprimer de longues images panoramiques.
S’agit-il d’un panorama à 360° de type visite virtuelle ? Il est possible d’imprimer ce genre d’images au format panoramique. Elles sont la représentation de ce qu’un œil pourrait voir à 360°. Dans ce cas là, l’impression est la même qu’énoncé ci-dessus. Pour l’aspect interactif et multimédia, il faudra « rendre » votre image dans un des formats suivant : quicktime, flash, java ou html5. Ceci permettra, une fois les fichiers déposés sur un support multimédia (cd, dvd, usb, site internet, borne multimédia, …), d’obtenir un panorama interactif : une « visite Virtuelle » car l’utilisateur peut cliquer, se déplacer et visiter à 360°. Sous ce terme se cache donc l’assemblage de plusieurs photos prises à 360° et le développement de l’image assemblée.
Image assemblée à 360° (JPG,TIFF,PSD) Rendu sur un support multimédia
Quel budget ?
Le budget pour faire de la photo panoramique est extrêmement variable. Comme on l’a vu dans cet article, on peut très bien faire de la photo panoramique avec son propre APN (iphone, compact, bridge) sans autres accessoires simplement en recadrant sa photo (ou en utilisant une solution intégrée). Le budget peut être plus conséquent si l’on souhaite utiliser la méthode par assemblage. Dans ces cas la il est conseillé d’utiliser une tête panoramique et une logiciel dédié. Si vous êtes un minimum bricoleur, vous pouvez parfaitement créer votre propre tête panoramique. Cela vous reviendra à quelques heures de travail.
Je vous propose la solution simple de
Guy Cordelier :
http://www.cordelier.eu/Panoramas/technique.htm
Simple et économique pour tout bon bricoleur.
Pas assez simple ? Alors je vous conseillerai la méthode d’un professeur de l'école de photographie
Ruhr :
http://www.kugelbild.de/rohrschelle_k.php
Pas de trépied, ni de rotule ? Avide de sensations fortes à mains levées ? Un ficelle, un poids, un repère au sol et en avant ! Bien sûr, toutes ces têtes panoramiques maisons sont viables, mais il faut se rendre à l’évidence : elles ne disposent parfois toujours d’un confort d’utilisation professionnelle. Alors, à vous de juger.
Le matériel nécessaire en photo panoramique dépend seulement de vous et de vos habitudes. Trépieds, têtes panoramiques, rotules, et logiciels payants peuvent facilement être remplacés par une solution matérielle maison et un logiciel d’assemblage gratuit ou en version d’essai.
Pour plus de constance et de productivité il est certain que l’achat de matériels et logiciels adaptés est un atout non négligeable.
J’espère que cette « brève » introduction à la photographie panoramique vous aura séduit. Je vous invite à me retrouver dès le mois prochain pour un nouvel article, plus approfondie sur la technique et agrémenté de quelques essais matériels/logiciels, le tout avec la participation d’
Arnaud Frich.
En savoir plus :
>
le site Internet de Matthieu Thomas
Annexes-Notes
*1 : Permettez-moi de reprendre un exemple cité par Alexandre Jenny (Société Kolor, solutions d’assemblage d’images), il y a 2 ans dans le « Panobook » (livre regroupant toutes sortes de photographies panoramiques du monde entier) : « l’assemblage permet désormais de rendre des photographies « small world » ou « petites planètes » au rapport 1 : 1 (format carré) et qui pourtant ont un angle de champ de 360° ». Bien qu’étant un format carré post-projection, à la prise de vue il en reste une photographie panoramique assemblée. Cet exemple reflète parfaitement la situation du panoramique : il s’agit d’un genre à par entière qui se diversifie chaque jour grâce aux avancés techniques et technologiques (logiciels et processeurs notamment).
*2 : Cette règle est primordiale en photographie panoramique car elle va nous permettre de comprendre l’intérêt du « point nodal » par la suite. Et si l’œil humain est important, il reste essentiel dans la réalisation d’un panoramique à partir de n’importe quelle focale.
*3 : Les visites virtuelles et panoramiques gigapixels résultent chacun d’assemblages et de « traitements » d’images particuliers, permettant la visite de lieu à 360° pour les visites virtuelles, ou bien des vues en très haute définition avec le Gigapixel (ex : Paris 26 Gigapixels)