Les nouveaux reflex D3100 et D7000 déjà annoncés, nous avons pu rencontrer Tôru Uematsu, responsable marketing pour la zone Europe. L'occasion d'évoquer certains sujets comme la stéréoscopie, la course aux pixels et à la sensibilité ISO, mais également l'avenir de la gamme Nikon avec l'arrivée probable d'un boîtier sans miroir.

interview Tôru Uemastu Nikon EuropeFocus Numérique : Notre première question concerne la 3D. Vous n'avez pas encore présenté de produits 3D, ni en compact, ni en reflex, mais pouvez-vous nous expliquer la position de Nikon par rapport à la stéréoscopie ?

Tôru Uemastu : Il y a beaucoup de mouvements autour de la 3D et nous savons qu'il existe déjà plusieurs solutions pour réaliser des images stéréoscopiques comme l'appareil photo double de Fujifilm ou l'optique à double entrée de Panasonic. Tout cela est très intéressant et je pense qu'il y a une vraie demande pour ces appareils. À Tokyo, dans notre siège social, nos ingénieurs réfléchissent à des solutions pour la stéréoscopie, mais également sur d'autres nouvelles technologies.

Focus Numérique : Vous voulez dire que la 3D n'est pas une priorité pour Nikon ?

Tôru Uemastu : Je ne suis pas du côté des ingénieurs. Toutefois je ne pense pas que le 3D soit une priorité pour nous. Si je devais dire oui ou non, je dirais non.

Focus Numérique : Pourquoi est-il si difficile de réaliser un autofocus par contraste rapide sur un reflex alors que des boîtiers comme le Sony NEX ou le Micro 4/3 de Panasonic ou Olympus en sont capables ?

Tôru Uemastu : L'autofocus par contraste sur nos derniers modèles comme le D3100 ou le D7000 est beaucoup plus rapide qu'auparavant. Les reflex ont une visée optique et un système optique différent des modèles sans miroir. La visée est plus claire et plus précise. Il y a des avantages dans les deux systèmes avec ou sans miroir.

Focus Numérique : Pensez-vous qu'il sera possible d'améliorer l'autofocus par contraste sur les reflex ?

interview Tôru Uemastu Nikon EuropeTôru Uemastu : Il y a plusieurs possibilités pour améliorer l'autofocus. Nous pouvons faire des progrès avec notre système AF par détection de contraste. Tous les nouveaux modèles sont plus rapides que les précédents, nous l'avons déjà montré. Il est possible de modifier le système comme l'a fait Sony ou encore simplement supprimer le miroir. Nous sommes en train de tester ces différentes possibilités et notamment le miroir semi-transparent à Tokyo. Il y a des avantages et des inconvénients. Nous allons choisir la meilleure solution. Peut-être n'allons-nous pas suivre les exemples qui existent chez nos concurrents. Il existe peut-être des solutions différentes.

Focus Numérique : Donc vous allez proposer un nouveau système sans miroir dans les prochains mois ?

Tôru Uemastu : Bien essayé ! Bonne question. Qu'est-ce que vous en pensez Thomas ? Wait and See ! (NDLR : Thomas Maquaire, chef produit reflex pour la France, est présent lors de l'entretien).

Focus Numérique : Votre président Makoto Kimura a pourtant annoncé quelque chose dans ce sens non ?

Tôru Uemastu : Oui, Monsieur Kimura a déjà fait quelques commentaires à ce sujet. Nous avons déjà commencé le développement d'un tel appareil et nous l'appelons la nouvelle génération d'appareils numériques. Oui, nous travaillons dessus. Mais regardez le marché. Je suis le responsable pour le marché européen, nous avons d'excellents résultats sur le segment du reflex. Bien sûr nous devons être vigilants par rapport à ces nouveaux appareils et aux besoins de nos clients. En Europe, le marché des ces nouveaux appareils ne représente que 5 à 6% du total. Au Japon, ce marché représente déjà 20% : il y a déjà un écart très important, et les Européens semblent plus conservateurs. Nous devons vendre ces appareils dans le monde entier, nous devons prendre en compte le marché global et décider quand lancer ce type de produits. 

Focus Numérique : Hier, Fujifilm a annoncé un nouveau compact expert, le X100, avec un gros capteur. C'est une autre voie. Qu'en pensez-vous ?

Tôru Uemastu : Je suis allé voir ce nouveau modèle. C'est un très joli boîtier, traditionnel comme un Leica M9 par exemple. C'est une optique fixe 35 mm (eq. 24X36) non ? Je ne devrais pas critiquer les boîtiers de la concurrence. C'est une bonne chose d'élargir le marché avec de nouveaux produits et je suis très content que Fujifilm arrive sur le marché avec un tel appareil.

Focus Numérique : Sur votre gamme de reflex professionnels, pensez-vous qu'il faut encore plus de pixels ?

interview Tôru Uemastu Nikon EuropeTôru Uemastu : C'est quelque chose que nous devons prendre en compte. Pour les débutants, le nombre de pixels est important et sur un linéaire, la définition du capteur peut faire la différence. Pour les photographes experts ou professionnels, la définition n'est pas forcément un critère de choix. Je connais des professionnels qui me disent que 12 Mpx suffisent. Bien sûr pour le studio ou la reproduction d'art, il faut beaucoup de pixels, mais c'est un segment très particulier. Sur les compacts, nous allons peut-être aller vers des capteurs à 16 ou 18 Mpx selon la demande, mais pour les reflex c'est une autre histoire.
Canon commence à généraliser son capteur à 18 Mpx et je ne sais pas s'ils vont accroître la définition des capteurs, mais pour moi, il semble que la course aux pixels soit terminée. Avec le D3s, nous avons voulu faire passer un message fort aux professionnels. Ce boîtier n'a que 12 Mpix, mais une excellente gestion du bruit électronique et il a été très bien accepté.

Focus Numérique : Il est toutefois difficile de comprendre qu'un boîtier haut de gamme comme le D300s dispose de moins de pixels que le plus récent D3100 qui est en entrée de gamme non ?

Tôru Uemastu : Oui, vous avez raison. Dès qu'un produit est lancé, de nouveaux développements démarrent et le marché du numérique impose un renouvellement de gamme rapide sur certains produits et notamment les entrées de gamme. Mais la qualité d'une image n'est pas qu'un nombre de pixels et un reflex est un ensemble de technologies qui évoluent.

Focus Numérique : Vous travaillez donc sur d'autres spécificités que la simple définition ? Peut-on imaginer aller encore plus haut pour la sensibilité ISO par exemple ?

Tôru Uemastu : C'est une demande des professionnels et nous sommes à leur écoute. Alors oui, nous travaillons dans ce sens, mais les autres constructeurs aussi. Les limites ne sont pas encore atteintes.

Focus Numérique : La technologie BSI est-elle intéressante pour les reflex ?

Tôru Uemastu : Nous avons déjà travaillé avec des capteurs BSI CMOS sur des compacts et des bridges. Mais pour des capteurs plus grands, je ne sais pas, je ne suis pas du côté technique. Vous devriez poser la question à un de mes collègues.

Focus Numérique : Que pensez-vous des viseurs électroniques et notamment ceux que Sony utilise sur les Alpha 33 et 55 ?

Tôru Uemastu : C'est très intéressant, mais pour l'instant nos clients préfèrent les viseurs optiques. J'ai essayé ces viseurs et quand on se déplace vite, l'affichage ne suit pas correctement. Dans un futur proche, nous aurons peut-être des viseurs électroniques plus performants. C'est une option naturellement. Si plusieurs fabricants utilisent cette technologie, elle deviendra de moins en moins chère et deviendra encore plus intéressante.

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