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Les sociétés X-Rite et Gretag MacBeth s'évertuent depuis leur création à rendre la gestion de la couleur - et bien avant la sensitométrie - accessible au plus grand nombre. Pour nous, photographes et graphistes, les sondes Eye-One et DTP ont largement contribué à démocratiser des instruments de mesure de la couleur autrefois beaucoup trop onéreux et contraignant. Ils permettant désormais aux particuliers et aux photographes professionnels de calibrer et de profiler leurs écrans et leurs imprimantes eux-mêmes. Même des années après, X-Rite reste encore le seul à vendre des spectrocolorimètres à la portée des amateurs et professionnels de l'image.
C'est au calibrage de nos appareils photo que s'attaque aujourd'hui X-Rite avec sa Colorchecker Passport, une énième variante de sa célèbre charte couleur, nous y reviendrons...
Tout d'abord, il convient de bien différencier calibrage et profilage. Ces opérations permettent d'obtenir un rendu des couleurs fidèles, mais elles le font différemment. Le calibrage va modifier les valeurs numériques RVB des pixels pour les faire tendre vers le rendu idéal. La balance des blancs est, par exemple, une étape de calibrage. Le profilage (la norme ICC) ne va pas changer les valeurs numériques RVB, mais leur attribuer une valeur de couleur réelle correspondante. Cette valeur va par la suite servir au moteur de rendu des couleurs à relier les valeurs couleurs réelles de chaque périphérique (camera écran imprimante) pour un rendu optimal.

Le kit X-Rite Colorchecker Passport se déniche généralement autour des 100 euros. La Passport est composée de trois chartes distinctes disposées sur chaque face d'un petit livret en plastique rigide de taille 125 mm (hauteur) x 90 mm (largeur) x 9 mm (épaisseur). Disons-le tout de suite, c'est l'ergonomie et la robustesse du produit qui font tout son attrait. La Colorchecker d'ancienne génération, tout en carton dans un étui souple, n'inspirait pas confiance, surtout lorsqu'il s'agissait de l'amener sur un shooting photo. Trop grande, elle rentrait à peine dans un sac à dos. Dans l'euphorie de la prise de vue, le photographe devait toujours garder à l'esprit de bien ranger et la mettre de coté. Une personne présente sur le shoot, intriguée par l'objet, avait vite fait de poser ses mains pas très propres sur les précieux patchs couleurs.

Les ingénieurs ergonomes de chez X-Rite l'ont apparemment bien compris. La Passport se glisse aisément dans un fourre-tout, se referme d'un coup de main et reste bien sanglée autour du coup. Elle gagne quelques grammes, mais économise des sueurs froides. Le système en livret permet de la poser aisément sur la scène, quelle que soit la position désirée.

Le logiciel Colorchecker Passport livré avec la charte permet le calcul des profils de calibrage. Il s’installe aisément et permet même de créer un profil à deux illuminants. Vous pouvez ainsi photographier avec deux sources de lumière (jour et tungstène par exemple). Au développement, le logiciel mélange les deux calibrages en fonction de la balance de blanc choisie. Ce mode est plutôt pratique pour une utilisation de tous les jours. Pour plus de précision, il vaut mieux utiliser la charte lors de chaque prise nécessitant une colorimétrie fidèle, et se contenter d’un profil simple, mais spécifique aux conditions du shoot.
Il ne fonctionne malheureusement qu'avec des fichiers DNG, le format Raw universel d’Adobe. C’est justement grâce aux avancées du format DNG que X-Rite a pu proposer cette innovante solution de calibrage. Il est ouvert et régulièrement mis à jour, mais malheureusement, peu de constructeurs d’appareils photo l’ont adopté (Leica et Pentax par exemple). Canon, Nikon et Sony continuent eux d’opter pour leur format propriétaire, pour certainement mieux le contrôler.
Photoshop, Adobe Camera Raw n’intègre pas (encore ?) l’utilisation de plug-ins. Donc, pour ceux qui ne font pas de DNG depuis leur APN, il faudra donc d’abord convertir leurs fichiers Raw en DNG avant de générer le profil de calibration. La manœuvre est un peu fastidieuse puisqu’il faut :
Pour les utilisateurs de Lightroom, tout se simplifie. X-Rite propose la génération des profils au travers d’un plug-in. Il est accessible simplement depuis le menu Exportation. Il faut simplement relancer Lightroom pour voir apparaitre le nouveau profil dans le menu calibration.
Capture One de PhaseOne et Bibble de Bibble Lab ne prennent pas en charge les profils de calibration DNG pour l’instant, malheureusement.
Le manuel en PDF fourni présente en 59 pages le maniement de la charte et du logiciel selon différentes configurations d’utilisation.
Le site de X-Rite propose pléthore de tutoriels vidéo, la plupart en anglais. Elles se répètent souvent, mais ont le mérite d’exister.
Depuis peu, X-Rite propose en téléchargement gratuit sur son site le logiciel DNG Profil Manager listant à la manière d'une librairie les différents profils de calibrations créés, et ainsi de simplement en retrouver les caractéristiques et de supprimer les profiles devenus inutiles.
La charte
D'un point de vue pratique, la Passport se compose:
- D'un grand patch gris pour la balance des blancs "WhiteBalance Target".
- D'une Colorchecker Classic de 24 patchs "Classic Target".
- D'une série de 26 patchs variés dont 8 destinés au contrôle de l'exposition, 8 destinés au contrôle des saturations, et 10 permettant de personnaliser la balance des blancs (5 pour les portraits, 5 pour les paysages) : la « Creative Enhancement ».


La WhiteBalance Target est destinée à créer des balances des blancs personnalisées sur son APN. Elle doit donc être photographiée plein cadre dans la lumière principale de la scène. N’étant pas très grande, elle impose donc une certaine gymnastique sur la lumière principale est un peu éloignée. On aurait également apprécié un petit repère pour faciliter la mise au point au centre de la charte.
Nous n’avons pas testé le patch de balance des blancs ici, mais la charte X-Rite Gray Balance Board (testé) nous a toujours donné entière satisfaction.
La « Classic Target » est composée de:
- D’une gamme de gris de 6 patchs.
- De 6 patchs de couleurs primaires et secondaires bleu, vert, rouge, jaune, magenta, cyan.
- De 12 patchs sensés représenter des couleurs communes tels que la couleur de peau, celle du ciel ou des feuillages.

24 patchs seulement pour calibrer son APN : voila qui semble un peu léger. Surtout que ces patchs ne sont peut-être pas les mieux choisis. En effet, la Colorchecker 24 patchs fut créé en 1976 par le professeur McCamy, à l’époque ou la photo numérique n’existait qu’en laboratoire. Elle était destinée à approcher les couleurs d’objets usuels, reproduites sur un film argentique. Elle est depuis devenue un standard, tant en photo qu’au cinéma ou en science de la couleur. La Colorchecker n’avait pas de domaine d’utilisation précise, mais celle-ci oui. Il aurait peut-être été mieux que X-Rite propose une charte mieux adaptée pour la calibration des APN. Surtout que la charte en elle-même, sensée être un standard immuable a quelque peu changé avec la Passport. Nous avons calculé les différences de couleur ∆E2000 entre les références de la Colorchecker classique (telle que définie dans Gretag ProfileMaker) et celles de la Passport (telle que définie dans le logiciel X-Rite Colorchecker Passport).

Pour un outil de calibration, les différences de couleurs ne devraient pas dépasser la valeur de 1. L’analyse spectrale de la charte, que nous vous épargnerons ici, nous montre que certains patchs des deux chartes pourront montrer du métamérisme. On comprend encore moins maintenant que X-Rite ait opté pour cette charte avec la Passport.

L’utilité des patchs de la « Creative Enhancement » nous parait moins évidente. Les 8 patchs blancs et noirs sont sensés diagnostiquer les problèmes de sur ou sous-exposition, mais le patch noir n’est pas assez dense et le blanc pas assez clair pour servir de référence. Les dix patchs permettent de venir modifier la balance des à la pipette sur le logiciel de développement. Les tons vont de neutre à plus chaud pour le portrait et de plus froid à plus chaud pour le paysage. Mais quel est l’intérêt de ces patchs alors qu'il est si facile de faire varier les curseurs de balance des blancs lors du développement ?
Ce qui est sur, c’est que X-Rite aurait eu tout intérêt à utiliser les patchs de la « Creative Enhancement » dans sa procédure de calibrage, mais ne l'a pas fait...
Premier calibrage
Afin de tester les bienfaits du calibrage Colorchecker Passport, nous avons agrémenté notre habituelle scène test d'une charte imprimée. Il aurait en effet été inutile de tester le calibrage uniquement sur les patchs couleur de la Passport (ou de la ColorChecker Classic) puisque le programme les utilise pour calculer la calibration. Le profil résultant est donc optimisé pour ces patchs là. Nous avons donc imprimé une charte proche de la Colorchecker SG, contenant 96 patchs (dont les 24 de la Colorchecker Classic). La couleur de chacun des patchs a été mesurée au moyen du spectrocolorimètre EFI 1000.
La scène test a été éclairée au moyen de deux flashs à 45° et l'uniformité de l'éclairage a été bien respectée. L’exposition a été mesurée au moyen d’une cellule Minolta Autometer IVF. Elle est conforme a la mesure d’exposition de l’appareil cadrant une charte de gris Kodak.
Enfin, Camera Raw 5.7 a servi au développement des fichiers.
Pour les premiers tests, nous avons étudié le calibrage X-Rite avec le développement des Raw par défaut dans Adobe Camera Raw. Dans son manuel d’utilisation, X-Rite précise qu’il n’est pas nécessaire de refaire une balance des blancs au développement et ne propose pas de paramètres de développement particuliers. Nous laisserons donc les paramètres d’Adobe Camera Raw par défaut.
Les résultats affichés sont ceux obtenus avec le profil ACR4,4. Passez la souris sur l'image pour voir ceux de la Colorchecker Passport.
Observons maintenant les résultats obtenus en L*a*b*:
Points forts |
Points faibles |
| Robustesse | Charte un peu ancienne et finalement peu adaptée |
| Compacité | Procédure fastidieuse dans Photoshop |
| Tutoriaux nombreux | Manque d'outils de validation des couleurs |
| Très bonne intégration dans Lightroom | Résultats un peu décevant en suivant les recommandations de X-Rite |
| Résultats après balance des blancs et réduction du contraste |