hasselblad CFV-39 test review

Ce matin, je me suis levé de mauvaise humeur. La vingtaine de millions de pixels de mon Canon me convient, bien sûr, mais il manque quelque chose à tout ça, un supplément d’âme. Face à pareil détresse, une seule solution, ressortir le Blad et envisager un portrait argentique à l’ancienne.

Une fois le fond déroulé, les lumières calées et le modèle présent, reste la question du film. Lequel ? Bon, optons pour un Kodak 400 VC. En studio, c’est assez brutal, mais le rendu est plutôt joli. Et puis, pour faire bonne figure, chargeons une bobine de Ilford XP2 dans le FM2, comme avant. Deux boîtiers prêts, on peut s’y mettre.

Internet, c’est le diable. Juste avant de commencer la séance, le site Focus Numérique m’informe qu’Hasselblad vient de sortir un dos numérique magique qu’on peut coller sans plus de cérémonie sur mon 503. Pas de 6x6, évidemment (ça, c’est pour dans trois ou quatre ans, après l’étape 5x5), mais un 3,67x4,9 tout à fait honorable, surtout si on l’utilise avec un 80 mm pour un portrait en tenant compte de l’allongement artificiel de la (sublime) focale. Et 39 millions de pixels, tout de même. Oui, mais ça, on s’en fiche. Ce qui m’intéresse, là, c’est le jeu potentiel avec la profondeur de champ offert par un capteur de grande taille. Bref, je renvoie le modèle, passe un  coup de fil à Focus Numérique (NDLR : tout le monde ne peut pas appeler à Focus Numérique pour essayer un boîtier au saut du lit...), et me voilà un jour plus tard, l'heureuse propriétaire (provisoire) d’un dos Hasselblad CFV-39.

Hasselblad CFV-39 boîte Hasselblad 503 + CFV-39


Au déballage, petite trouille. La belle boîte Hasselblad ressemble à s’y méprendre à celles dont j’avais l’habitude, le dos numérique magique a la même allure que mon 503, noir et chromé, et une fois collé au boîtier, l’ensemble fonctionne précisément comme avant. Mais alors quid de ces câbles bizarres qu’on branche ici ou là ? Très sincèrement, aucune idée, il suffit de lire le mode d’emploi pour apprendre que le N°1 s’utilise avec un autre appareil pour un synchronisation dont le nom m’échappe et que le N°2 sert à autre chose que je ne comprends pas.

L’important est ailleurs. L’important est historique. L’important est renversant. Ouvrez bien vos yeux, amies lectrices, amis lecteurs, on sort le dos numérique, on le colle au 503, on arme, on déclenche sans plus de cérémonie et, Ô miracle, on obtient une image numérique de très haute tenue toute prête à l’édition sous Photoshop (ou sous Phocus, le logiciel Blad dédié). J’en rêvais et Hasselblad l’a fait. Le CVF-39 permet de se servir de son vieux Blad comme un reflex numérique classique, et sans fioritures. Une performance quasi hallucinante quand on connaît la qualité des “nouveaux Blad” tournés vers le numérique. Quel constructeur serait suffisamment fou pour proposer un produit capable de faire revivre des anciens boîtiers ? Quel constructeur peut se permettre d’offrir à ses anciens clients la possibilité de passer au numérique SANS acheter de nouveaux boîtiers très chers et très bons ? Hasselblad, donc.

C’est miraculeux, certes, mais c’est aussi une façon douce et agréable d’initier les plus rétifs d’entre nous aux joies du moyen format numérique (ne riez pas, il m’a fallu toute une nuit de réflexion pour arriver à cette conclusion). En gros, on propose aux vieux râleurs de quoi réutiliser leurs vieux machins, ils s’y mettent, ils sont contents, et la prochaine fois, il s’offrent le Blad XLR666 à 89 Go et vrai capteur 6x6 sans hésiter. CQFD.
En attendant, l’idée d’Hasselblad est non seulement louable, mais extrêmement bien vue. Jusqu’au prix du joujou. 10 000 Euros HT, ça calme un peu, certes, mais pour un professionnel du studio, la facture reste jouable et le retour sur investissement quasi immédiat. Bref, on attend que Nikon nous propose un dos (à la manière des dos dateurs de l’époque) 24x36 adaptable sur un F100, par exemple, voire (soyons fous) un FM3. Blague à part, pourquoi pas ? Dans mon armoire, j’ai un F100, un FM2 et un FM3 en excellent état. Je m’en sers régulièrement pour le plaisir, mais pas pour le boulot. Si vous trouvez un client qui aujourd’hui allonge son chèque sans sourciller quand votre facture précise dans un coin “frais de développement,” prevenez-moi, je le contacte de suite. 

Bref, Hasselblad fait plaisir à ses clients avec cette politique inédite, et gageons que les clients lui rendront bien. Tous ces professionnels qui rechignent à revendre leur Blad à 20 Euros sur Ebay — parce que ça fait tout simplement mal au coeur de revendre ça si peu cher sous prétexte que c’est dépassé — seront heureux de s’offrir une seconde jeunesse avec un CFV-39. Et ils sont nombreux, les Blad qui dorment dans les armoires des studios, dans les placards des photographes en tout genre, et même dans les sacs des amateurs avertis (et fortunés, d’accord, j’admets).

Bon tout ça c’est bien beau, mais ça vaut quoi, ce dos ? Passons rapidement sur format 4/3 qu’on peut évidemment régler en 4x4 (3,67 x 3,67, en fait) pour rester dans une saine logique carrée. À l’arrivée, ça fait du 5412x5412 pixels, de quoi voir venir, et sans les longues manipulations de scan. Un exemple: je me suis offert le scanner Nikon dédié moyen format Super Coolscan 9000ED. Super Cool, ce scan, aucun doute. D’accord, le logiciel plante une fois sur deux, d’accord le machin est lent, d’accord le système de porte film est plutôt du genre récalcitrant, d’accord il faut acheter (cher, très cher...) un porte film avec verres spéciaux pour scanner bien à plat, d’accord on obtient des anneaux de Newton de la mort à chaque fois, d’accord il faut plaquer un machin en plastoque entre les verres pour atténuer ce petit problème, d’accord le logiciel n’est plus mis à jour avec les nouveaux Mac et tu vas devoir passer par un driver indépendant à l’avenir, d’accord, mais l’image est magnifique à la fin, non ? Oui, oui, mais ça coûte cher en Prozac, quand même. Soyons beau joueur, ça permet de faire vivre les laboratoires professionnels en leur confiant nos négatifs scannés ensuite à prix d’or sur des... ah tiens, des scanners Hasselblad/Imacon, c’est fou, quand même.

Nikon FM3 + Ilford XP2 (400 ISO)
détail de l'image Anne Nikon FM+ + Ilford XP2 400 ISO

Au début, l'idée consistait à faire un simple portrait argentique du modèle. Ici, Anne a été photographiée avec un Nikon FM3, un Voigtländer 40mm f:2, sur une Ilford XP2 (400 ISO). Comme de juste, on obtient un grain raisonnable et une agréable texture tout à fait satisfaisante.


Anne avec Hasselblad 503 + CFV-39
Hasselblad + CFV-39 anne modèle
anne Hasselblad 503 + CFV-39

Voilà précisément ce que je comptais faire depuis le début. Un portrait carré d'une grande simplicité, le décalage étant induit non par la pose du modèle, mais par la seule présence des tatouages. Dans cette configuration, j'ai déroulé un fond blanc, allumé deux lampes tungstène, placé deux diffuseurs (dont un plus transparent pour créer un modelé) et demandé à Anne de s'éloigner du fond de quelques pas, histoire de faire monter du gris. La perte de luminosité en bas est due aux deux lampes placées à 45°, mais un poil trop haut. Hormis les quelques retouches cosmétiques d'usage, l'image est quasi brute, enregistrée en RAW à 50 ISO et légèrement corrigée en colorimétrie (mes lampes tirent sur le magenta). On le voit, le degré de détail est impressionnant et il faut garder à l'esprit qu'il ne s'agit ici que de 3,7x3,7.

Bref, l’image issue du CFV-39 est lourde et délicate à manipuler (autant dire qu’avec un iMac modèle 1997 et Mac OS 8.0, ça ne va pas le faire), mais sur le fond, ça fonctionne magnifiquement bien et les résultats sont... époustouflants. La navigation est intuitive (même moi, j’ai compris en cinq secondes, c’est dire), on a le choix en 50 et 800 ISO (on est resté au 50) et un gamin de huit ans arriverait à faire marcher l’ensemble. Ne reste plus qu’à attendre le fameux dos 6x6 qui arrivera forcément un jour et la boucle sera enfin bouclée. En attendant, un 503, un 80 mm, un CFV-39, et la question du portrait studio est réglée. Piqué, définition, jeu avec la profondeur de champ, tout y est. On manque de temps hélas pour approfondir toutes les options proposées par le logiciel Phocus livré avec la bête, mais côté ergonomie et technique, rien à redire. C’est propre, c’est net et ça marche.

Bref, le soir, je me suis couché heureux. Mais Focus Numérique m’a passé un coup de fil le lendemain matin.

— Allo ?

— Salut, C’est Focus Numérique.

— Salut, ça va ?

— Ça va, merci. Dis, le CFV-39, tu le rends quand ?

— Faut le rendre ?

— Ben oui.

— Ah zut.

— Eh oui, zut.

— Je ne peux pas le garder un peu, rien qu’un peu ?

[clic]

— Allo ? Allo ?


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