François HebelFocus Numérique : Comment s'est imposée la thématique Noir et blanc de cette édition 2013 ? N'aviez-vous pas peur que ce choix soit restrictif ?

Je réfléchissais à ce projet depuis deux ans. Je ne pense pas du tout que ce choix soit restrictif puisque l'on vient de démontrer avec cette édition que le champ des possibles du noir et blanc est bien plus étendu que ce à quoi peuvent s'attendre les visiteurs avant d'arriver. Le noir et blanc a évolué, comme la photographie en général. Il y a ainsi des installations et des esthétiques d'une incroyable variété. C'est un peu le principe du théâtre, où l'on va trouver une unité de lieu, mais où il va s'y dérouler des choses absolument fantastiques. Ce lieu, c'est le noir et blanc. Pendant des années, le noir et blanc a été considéré comme la seule photographie digne d'intérêt et exposée. Avec cette édition, on a voulu reprendre cet a priori et voir ce qu'il était devenu.

Focus Numérique : Mais pourtant vous y avez inclus des œuvres en couleur...

Ce sont des expositions qui se justifient par rapport au noir et blanc. Par exemple, Hiroshi Sugimoto, qui est un artiste notoire à travailler encore en noir et blanc. Il vient de faire ces premiers travaux en couleurs donc il était intéressant de présenter ses œuvres noir et blanc les plus récentes, dont nous avons la primeur, et dans un lieu différent, son travail en couleur. L'artiste Vivian Sassen travaille quant à elle en couleurs très saturées, mais il y a dans toutes ses photos une sorte d'empreinte noire, comme un voile ou une cinquième couleur. Elle m'a semblé être un bon exemple d'un mélange des deux esthétiques. Enfin, Wolfgang Tillmans représente l'époque des années 90 où effectivement s'est opéré un basculement dans le milieu de l'art, qui s'est de plus en plus intéressé à la photo et a modifié le crédit accordé au noir et blanc par le milieu de la photographie. Donc toutes les expositions se justifient par rapport au thème du noir et blanc. La dernière exception concerne l'exposition sur l'Afrique du Sud. On a monté un projet avec douze photographes, et ici, le noir et blanc c'est bien évidemment la problématique en Afrique du Sud.

Focus Numérique : Comment s'effectue le choix des photographes exposés ? Des artistes ou leur galerie demandent à participer ou bien vous opérez seul la sélection ?

Il y a toutes sortes de processus. Je travaille dans la photo depuis trente ans donc j'ai des réseaux d'amis dans le monde qui me contactent quand des choses sont susceptibles de m'intéresser et des gens que je rencontre moi-même en voyageant beaucoup. Et puis parfois on a des envies, et l'on va vérifier si ça marche ou pas. Quant au processus de décision, je n'ai jamais cru ni aux comités ni aux compromis. Je suis le directeur artistique du festival pour le moment, c'est donc moi qui fais les choix. Avant c'était quelqu'un d'autre et un je laisserai ma place. On ne peut pas faire quelque chose de fort avec des comités.

Est-ce que justement la salle des ateliers dédiée au projet Transitions, où les œuvres sont collées à même les murs, survivra au festival ?

Techniquement, il y a bien quelque chose d'éphémère dans ce travail puisqu'à la fin du festival, le papier peint sera arraché tout comme il l'a été à la fin de sa présentation à Johannesburg en décembre. Mais ce qui va survivre surtout, c'est le livre qui en est tiré.

Focus Numérique : La quatrième journée d'ouverture s'achève, quels temps forts pouvez-vous retenir d'ores et déjà ?

Ces moments forts ne concernent pas les expositions en elles-mêmes car il y a des choses auxquelles on s'attendait. C'est plutôt à propos des personnalités des auteurs. Le public a été très surpris de la gentillesse et de la générosité de Hiroshi Sugimoto. Tout comme l'exposition d'Alfredo Jaar a marqué beaucoup de par sa profondeur politique. Ces deux choses étaient beaucoup plus inattendues que le succès de Sergio Larrain.

Focus Numérique : Savez-vous d'ors et déjà quelle sera la thématique de 2014 ?

Je construis le programme entre août et février. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir des pistes, des hypothèses. Mais je m'interdis d'y penser trop à l'avance. Les Rencontres d'Arles, c'est un festival qui tient justement sa réputation au fait qu'il a toujours été très réactif à des œuvres émergentes. Contrairement à une institution de type muséal qui prévoit trois ans à l'avance son programme. J'essaie de garder cette fraicheur, parfois un peu éprouvante pour les équipes qui doivent abattre beaucoup de travail en peu de temps, mais je crois que c'est la clef de notre identité. À côté de cela, notre festival se donne aussi les moyens de produire les expositions, pour essayer là encore de faire les choses différemment des autres festivals, notamment en collaborant avec les artistes pour construire leur exposition arlésienne de manière singulière.  

Photo : © Niccolo Hébel

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