Venezuela. L'un des pays où le taux de criminalité est le plus élevé au monde : corruption, trafic de drogue, kidnapping, assassinats, trafic humain...
Dans les prisons surpeuplées, l'attitude des surveillants peut se révéler parfois plus néfaste qu'autre chose. Le gouvernement de Nicolas Maduro, en place depuis la mort de Chavez en mars 2013, est bien trop débordé par la grave crise économique qui touche le pays, pour s'attaquer aux problèmes de sécurité. La situation tourne donc parfois au chaos, et plusieurs établissements carcéraux ont vu les détenus prendre le contrôle des prisons.

Sebastián Liste, exposition, Visa pour l'image 2014
L'exposition de Sebastián Liste à Visa pour l'Image.
© Aurélie Coudière

Le jeune photographe espagnol Sebastián Liste, s'est rendu à Ciudad Bolivar. Lauréat du prix Rémi Ochlik1 en 2012, il avait déjà abordé la question des sociétés autogérées avec son travail sur la chocolaterie abandonnée de Salvador de Bahia (Brésil). Il a réussi à suivre le quotidien au sein de la prison Vista Hermosa (Belle Vue), sous le contrôle du chef de gang Wilmito "Le Pran" depuis 2005.

L'expérience est étonnante à bien des égards. Avant tout parce qu'on ne s'attendrait pas à ce qu'un criminel de cette envergure accepte un photographe au sein de son royaume. Mais Sebastián Liste explique comment, après plusieurs jours sur place, "Le Pran" l'a lui-même escorté dans l'enceinte de sa prison.

Une microsociété à l'image du pays tout entier, où le contrôle par un gang peut devenir un meilleur gage de sécurité que la garde nationale. Wilmito est fier de ce qu'il a construit et veut qu'on le sache. Ici, chaque zone est organisée de manière à limiter les heurts. Une sorte de prison dans la prison tient à l'écart les hommes les plus dangereux, ceux qui ont violé le règlement de Wilmito. Il y a aussi un quartier homosexuel, où ceux-ci, en échange d'une protection plus sûre que dans n'importe quelle autre prison, sont en quelque sorte la blanchisserie de Vista Hermosa. Par ailleurs, les familles peuvent visiter beaucoup plus librement les détenus qu'auparavant, et depuis 2008, peuvent même y passer une nuit. En témoignent plusieurs photos que l'on croirait prises dans un simple quartier pauvre de la ville. Là, un homme rencontre son bébé, né pendant son emprisonnement.

Sebastián Liste, photographie, Visa pour l'image 2014
Ronde de routine du Carro, un groupe de détenus armé qui a pour charge de surveiller la prison.
Mars 2013 © Sebastián Liste / NOOR pour
Time Magazine et Fotopres "La Caixa" Grant.

Bien sûr, ce pouvoir n'est pas sans contrepartie. Une taxe est prélevée chaque semaine auprès des détenus. Ajoutée aux trafics en tout genre, la prison génère chaque année un bénéfice avoisinant les 3 millions de dollars ! Peut-être qu'une grosse partie de cet argent profite directement au Pran, qui ne se gêne pas pour organiser une fête incroyable en l'honneur des quinze ans de sa fille. Mais il permet également de véritables aménagements pour adapter la vie carcérale à cette surpopulation.

Certains clichés impressionnants montrent des foules entières massées dans la prison. Le noir et blanc très contrasté de Sebastián Liste renforce d'autant plus les lignes de béton qui lacèrent chaque photo. Comme pour rappeler qu'il s'agit bien ici d'une prison, même si l'on y voit des enfants jouer près d'une piscine.

Dans les couloirs du couvent des Minimes, les visiteurs sont interloqués. "Mon Dieu, c'est le chaos !" laisse échapper une femme sidérée. C'est certainement le plus difficile à admettre : que les lois de la mafia puissent apporter un mieux-être là où le gouvernement a abandonné.
Ne nous méprenons pas, il y a des insatisfaits à ce régime autoritaire. Certains se sont cousu les lèvres ou mutilé les jambes en guise de protestation, afin d'être transférés dans une autre prison. Et le photographe ne manque pas de les citer, en scrupuleux photojournaliste qu'il est.

Sebastián Liste, photographie, Visa pour l'image 2014
Soirée de fête dans la prison avec les familles des détenus. Mars 2013.
© Sebastián Liste / NOOR pour
Time Magazine et Fotopres "La Caixa" Grant.

  • 1. ↑ Prix créé en 2012 par le Festival de Perpignan, en hommage au jeune photographe français Rémi Ochlik, décédé en Syrie la même année. Il récompense un photographe au début de sa carrière.

Sebastián Liste
De l'autre côté du mur d'enceinte : une prison du Venezuela aux mains des détenus

Festival Visa pour l'image
Du 30 août au 14 septembre 2014
Couvent des Minimes
Perpignan
Entrée gratuite, tous les jours, de 10h à 20h

> Le site de Sebastián Liste
> Présentation de l'exposition sur le site de Visa pour l'image
> Toute l'actualité de Visa pour l'Image 2014


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