Au cœur de février, Samsung a annoncé discrètement son EX1, un appareil pourtant fort ambitieux puisqu'il vient directement chasser sur les terres des compacts experts Canon G11 (écran orientable) et Ricoh GR D III (objectif ultra-lumineux). Le lancement a été plusieurs fois retardé, signe pour les optimistes que les Coréens souhaitent le peaufiner avant tout lancement, pour les pessimistes qu'il ne répond pas à leurs attentes. Mais il doit enfin pointer son nez début juin, et nous avons pu prendre en mains l'un des prototypes les plus récents.

Samsung EX1 test prise en main
Franck Mée et le
Samsung EX1

Prise en mains

Alors, ces premières impressions ?

Et bien, globalement positives. La prise en mains de l'EX1 est assez réussie, même si l'on eût apprécié une poignée un peu plus marquée : il est difficile de tourner la molette avant en tenant l'appareil de la seule main droite. Comme la plupart des compacts experts, l'EX1 est dense (plus de 300 grammes sur la balance) et on le tiendra bien mieux avec un soutien de la main gauche. La construction de l'appareil est excellente, les plastiques de qualité, les molettes tournent sans jeu et les "clics" sont bien sensibles : elles ne changeront pas accidentellement de position.

Samsung EX1 test review
L'écran rotatif Amoled du Samsung EX1.

L'écran orientable est un confort appréciable, que nous regrettons d'avoir vu peu à peu disparaître des compacts avancés (seul le G11 en propose encore). Ici, il est bien présent et, qui mieux est, il s'agit d'une dalle Amoled : le noir est bien noir, la luminosité est au rendez-vous, les angles de vision sont quasi parfaits (peu essentiel étant donnée la présence de la rotule, mais toujours agréable pour visionner les images en groupe, par exemple) et la lisibilité au soleil est excellente pour un APN.

samsung EX1 test prise en main
Renaud Labracherie et le Samsung EX1, équipé de ses accessoires (voir plus bas)

L'ergonomie générale est de bonne facture, avec la combinaison d'une roue codeuse / trèfle directionnel et d'une molette cliquable à l'avant (sous le majeur ou sous l'index, selon votre prise en main). On dispose des accès directs habituels (flash, sensibilité, mise au point...) et d'un menu rapide (Fn) permettant de régler rapidement son appareil selon ses souhaits. Le clic sur la molette lance la correction d'exposition, à la manière des µ4/3 Panasonic : pratique.

Ici, on regrette surtout le manque de personnalisation. Par exemple, l'ouverture est sur la roue codeuse (en modes A et M), la vitesse sur la molette avant (en S et M) ; on aimerait pouvoir inverser cette répartition ou passer sur une logique "réglage principal" vs "réglage secondaire" — par exemple, la molette prendrait l'ouverture en A, la vitesse en S, et la roue aurait toujours une fonction secondaire.

Dans le même ordre d'idée, il n'y a pas de modes "mes réglages" sur le barillet : impossible de mémoriser des réglages-types selon ses préférences, comme avec les modes My des Ricoh et C des Canon. Le mode P n'est également pas décalable : il faudra impérativement passer en A ou S pour modifier le couple vitesse/ouverture.


Mise au point manuelle avec le prototype du Samsung EX1 : le réglage se fait dans le menu AF/macro/MF, et est inaccessible en mode prise de vues. On note également l'absence d'indication de distance et d'échelle de profondeur de champ.

Plus gênant sans doute, le système de mise au point manuelle est d'une utilisation inutilement complexe. Une fois sur la page de sélection du mode de mise au point, il faut en effet entrer dans le mode réglage d'un coup de zoom, puis faire le point ; enfin, quitter ce mode pour repasser en mode prise de vue si l'on veut zoomer ou régler l'exposition... Dommage ? Oui, pour le moins. Il aurait suffi de rajouter le réglage de mise au point dans ceux accessibles par le clic molette, par exemple, pour résoudre un gros bug ergonomique.

La molette avant est cliquable (bon point), mais pas personnalisable (mauvais point)...

La bonne nouvelle, c'est qu'il ne s'agit là que de détails logiciels, qu'un nouveau firmware peut résoudre du jour au lendemain. L'appareil pris en mains n'étant pas définitif, il est même possible que les modèles finalement mis en vente profitent d'un fonctionnement un peu plus logique — nous avons vu parfois des transfigurations spectaculaires entre appareils prototype et final.

Reste que si, à ce niveau, Samsung pourrait apprendre d'un ergonome de chez Ricoh par exemple, globalement, les réglages les plus utiles sont à tout moment à portée de main et l'appareil se comporte comme un vrai compact expert, loin devant les "haut de gamme débrayables" comme les WB500.

En pratique

À l'usage, l'EX1 se révèle assez réactif. L'enregistrement d'un fichier Raw (format propriétaire SRW, d'autant plus malheureux que les feus reflex GX faisaient du DNG) prend un peu plus d'une seconde pour peu que la carte SD suive, la mise au point est dans le bon panier pour les compacts... On ne jugera pas le temps de démarrage, notre exemplaire nous rappelant pendant deux secondes à chaque mise sous tension qu'il s'agit d'un prototype.

Seule petite déception : le temps de réaction de l'écran, qui souffre d'un décalage sensible avec les mouvements filmés. Mais cela peut évoluer d'ici le produit final...

samsung ex1 prise en main test
Christophe Chancenest, directeur marketing photo/vidéo de Samsung France, photographié par un EX1

Difficile de juger de la qualité d'image d'un prototype : le traitement peut changer du tout au tout d'une version de firmware à l'autre. L'optique paraît assez bien née, avec au grand-angle un bon piqué au centre et des bords en retrait à pleine ouverture (f/1,8), mais qui atteignent un bon niveau à f/4 ; au téléobjectif, le piqué est plus limité à pleine ouverture (f/2,4 quand même !!!), mais il remonte rapidement en "fermant" un peu.

Samsung EX1 prise en mains test
En macro, le EX1 ne descend pas sous les 5 cm. En revanche, sa bonne ouverture donne un flou d'arrière-plan assez agréable.

Nous avons en tout cas obtenu quelques très bons portraits, la grande ouverture et le diaphragme à sept lamelles (ci-contre) offrant un bokeh inhabituellement bon pour un compact. Le résultat est bien entendu loin de ce que l'on peut obtenir avec un reflex, la profondeur de champ restant toujours importante (le capteur ne dépasse pas 5,7x7,6 mm), mais ces résultats préliminaires sont plutôt encourageants.

L'EX1 nous a tout de même gratifiés de quelques photos surexposées, dues à un obturateur limité au 1/1500e. En plein soleil, sur un sujet clair, et pour peur que l'on ait besoin de conserver une ouverture élevée (portrait par exemple), on a tôt fait d'atteindre cette limite...Sur ce point, le constructeur devra réagir rapidement.

Dans tous les cas, il conviendra de vérifier ces données lors du test d'un exemplaire définitif.

Vidéo : un acte manqué ?

Alors que Samsung est un des principaux promoteurs de HD (téléviseur), l'EX1 fait totalement l'impasse sur ce point. Il faudra donc se contenter d'un mode VGA (640x480 pixels, MP4, H.264) avec un enregistrement sonore stéréo et un zoom optique fonctionnel (pensez à activer l'enregistrement sonore continu, sans quoi à l'habitude du constructeur le son est coupé pendant le zooming).

Une limitation sans doute imposée par le choix technologique d'un capteur CCD. Reste que le Canon G11 ne propose pas de mode vidéo HD (contrairement au Panasonic LX3) et que les ventes ne semblent pas en être affectées...

Accessoires

Samsung nous a présenté deux accessoires optionnels pour l'EX1 : un viseur et un complément optique.

Samsung EX1 prise en mains test, viseur optique et complément grand-angle
Le Samsung EX1 avec son complément optique 18 mm.

Le viseur optique, peu ou prou cylindrique, couvre grosso modo le cadrage du 24 mm. Il ressemble fortement à celui du Panasonic LX3, et sa qualité n'est extraordinaire ni dans le confort oculaire ni dans la précision du cadrage.

Le complément optique est un grand-angle 0,75x, offrant à l'EX1 un cadrage équivalent à un 18 mm en 24x36...

samsung EX1 test prise en mains, face au NX10
Samsung NX10 (gauche) et Samsung EX1 (droite).

Ce "petit" complément se visse autour de l'objectif, à la place de la bague striée. Le pas de vis est particulièrement long — on aurait nettement préféré une baïonnette comme sur certains concurrents. Il réduit à néant toute velléité de compacité : avec lui, l'EX1 est presque aussi encombrant que le NX10 avec son zoom de kit (ici, comparaison avec un NX10 et son pancake 30 mm).

Le Samsung EX1 dispose d'un flash escamotable.

Les accessoires seront vendus pour 199 € chacun, ce qui paraît raisonnable pour le complément optique, mais reste trop cher pour un viseur tunnel. Le tarif du EX1 est pour sa part situé à 450 €, un tarif équivalent à ceux du G11 ou du GX200.

Au niveau de la connectique, Samsung a malheureusement le mauvais goût de se singulariser dans un domaine ou le "standard" est grandement apprécié. Ainsi, la prise HDMI est de type B (très petite) et le câble de liaison particulièrement délicat à dénicher. Le connecteur USB propriétaire (il ressemble un peu à une prise HDMI type C...) permet à la fois de faire transiter les informations, la vidéo et de recharger l'appareil.

Lors du test d'un modèle définitif, il faudra s'assurer que la batterie offre une autonomie confortable (environ 300 déclenchements), la technologie Amoled permettant de réduire considérablement la consommation de l'écran. 

Le logement batterie contient également l'emplacement pour la carte mémoire SD/SDHC (pas de SDXC apparemment...)

Notre premier avis

Globalement, ce premier contact avec le Samsung EX1 est plutôt encourageant. La prise en mains est agréable, le boîtier fort bien construit, l'ergonomie soignée (mais perfectible), l'appareil plutôt réactif, et l'on espère que les firmwares définitifs corrigeront les quelques "loups" ergonomiques notés çà et là — qui ne sont que des problèmes logiciels en principe faciles à retoucher.


Un oubli important : les modes personnalisés sur le barillet pour accéder rapidement à des réglages enregistrés.

Impossible pour l'heure d'être affirmatif pour ce qui est sur ce créneau le critère primordial : la qualité d'image. Cependant, les éléments en notre possession semblent là encore plutôt positifs. Nous reviendrons sans doute prochainement sur ce point avec quelques exemples d'images dans les jours à venir. Notre exemplaire est estimé à 80% définitif, ce qui laisse une bonne marge d'évolution jusqu'au mois de juin.

Le Samsung EX1 tuera-t-il les Canon G ? Sans doute pas. Mais il viendra sans nul doute secouer un peu un segment où ils sont trop longtemps restés sans réelle concurrence.

Reste que le segment des appareils experts est aujourd'hui malmené. Les utilisateurs avancés savent que la qualité des images dépend grandement de taille du capteur. Sigma, avec la série DP, a défriché une voie intéressante avec de véritables compacts dotés de grands capteurs (APS-C) et Leica a emboîté le pas avec un superbe X1. Certes ces derniers ne disposent pas d'écrans spacieux et amovibles ni de zooms, mais au final l'encombrement est très proche et la qualité d'image en leur faveur.

Les compacts à objectifs interchangeables (COI) peuvent également devenir des prédateurs des compacts experts. Plus encombrant lorsqu'ils sont équipés d'un zoom  3x, les COI disposent également de grands capteurs APS-C, d'écrans confortables et des modes vidéo performants. Samsung le sait bien, puisque la marque dispose également d'un COI sous la forme du très réussi NX10. Voilà qui promet un été plein de belles confrontations !

Le bel écran Amoled orientable du Samsung EX1.

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Samsung EX1 : prise en mains exclusive !



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