Ricoh annonce aujourd'hui le GXR. GXR, c'est le nom d'un appareil, mais aussi d'un nouveau système photographique entièrement numérique. Originalité : celui-ci n'est pas un classique couple APN + objectif, mais un assemblage châssis + "unité", celle-ci contenant optique, capteur et traitement d'image.

Ricoh GXR prise en main

Rarement conférence de presse aura été aussi attendue. Le sujet : Ricoh doit présenter un appareil révolutionnaire, au sujet duquel la rumeur court depuis des semaines. Un "petit poucet" de la photo pourra-t-il lancer un système concurrent du µ4/3, soutenu par Olympus et le géant Panasonic, alors que Samsung s'est déjà invité à leur table ? Les Ricoh avançant souvent hors des sentiers battus, celui-ci aura-t-il su se démarquer pour proposer quelque chose de différent et, peut-être, "mieux" ?

Réponse : différent, oui, sans aucun doute. Le début de la conférence a soulevé une vague de stupéfaction quand il a été annoncé que le GXR permettrait de changer non seulement l'optique, mais aussi le capteur !

Ricoh GXR prise en main Ricoh GXR prise en main
Le système GXR : viseur, unités photographiques, châssis... Port de communication entre unité et châssis.
Notez le plateau métallique permettant de faire coulisser l'unité pour la fixer.

En fait, l'appareil GXR ne comporte que poignée, alimentation, écran et boutons. Le tout repose sur un châssis en magnésium et n'est pas sans rappeler les précédentes productions de la marque — GX200, GR Digital III...

À la place traditionnellement dévolue à l'optique et au capteur, le GXR propose une platine de fixation par coulissement et un port de communication. À cet emplacement viennent se fixer des "unités", c'est-à-dire des ensembles intégrant optique, capteur et puce de traitement.
L'intérêt est évident : on peut ainsi accorder capteur et optique, et on n'est pas obligé d'utiliser un grand capteur sans nécessité.

Ricoh GXR prise en main

Deux unités ont été présentées.
À droite, la RICOH S10 24-72 mm F2.5-4.4 VC. Il s'agit d'un zoom équivalent 24-72 mm f/2,5-4,4, ce qui pourrait vous rappeler quelque chose... Tout indique en effet que cette optique est celle du GX200 ! Le capteur intégré est un CCD au format 1/1,7" de 10 mégapixels, celui du GR Digital III en fait, et on retrouve le système de stabilisation du GX200.

À gauche, la GR A12 50 mm F2.5 MACRO. Cette fois, c'est une focale fixe équivalente à 50 mm, ouvrant à f/2,5, accompagnée d'un capteur CMOS de 12 Mpx au format APS-C (il équipe une longue liste de reflex : D90, K-x et consorts). Capable de mettre au point à 7 cm, l'ensemble atteint le rapport 1:2 et permet donc de photographier une zone de 30x45 mm.

Connaissant précisément les caractéristiques et du capteur, et de l'optique, le module peut être particulièrement optimisé. La mise au point par exemple ne se fait pas par le mouvement d'un groupe, mais de deux (schéma ci-dessous), permettant de conserver une formule optimale : le piqué devrait être constant et le bokeh devrait ainsi rester circulaire, y compris en bordure d'image, quelle que soit la distance de mise au point. Le diaphragme à neuf lamelles (ci-dessus) va également dans ce sens.

Ricoh GXR prise en main
Intéressant également, il serait techniquement possible de concevoir un module doté d'un capteur plein format. Cependant, Ricoh n'a pour l'instant pas l'intention de développer un tel module.

Compact ET encombrant

Ce système d'"unités" présente un intérêt certain en matière de compacité. On peut en effet créer des unités à petit capteur, avec des optiques réduites, ultra-compactes ; de fait, avec l'unité 24-72 mm, le GXR n'est guère plus volumineux qu'un compact. On retrouve un appareil similaire en tout point au GX200, quelques millimètres plus gros cependant.

Bien entendu, l'affaire se complique avec le module 50 mm macro : l'appareil n'est alors guère moins encombrant qu'un reflex d'entrée de gamme doté d'un objectif plat (E-420 + Zuiko 25 mm ou K-m + 40 mm par exemple).

Ricoh GXR prise en main
De gauche à droite : GR Digital III, GXR nu, GXR + S10 24-72 mm, GXR + A12 50 mm.

On ne peut donc pas qualifier le GXR de "compact" : tout dépendra du module monté. Dans un cas, il sera effectivement le système à optiques interchangeables le plus petit du monde, mais c'est bien la moindre des choses étant donnée la taille du capteur ; dans l'autre, il posera les mêmes problèmes que les reflex.

  GX200 GXR nu GXR
24-72 mm
GXR
50 mm macro
E-420
25 mm
Largeur 11,2 cm 11,4 cm 11,4 cm 11,4 cm 13 cm
Hauteur 5,8 cm 7 cm 7 cm 7 cm 9,1 cm
Épaisseur 2,5 cm 2,9 cm 4,4 cm 7,7 cm 7,2 cm
Poids 250 g 230 g 385 g 480 g 550 g

Autre faiblesse de ce système : le processeur de traitement d'image étant intégré aux unités, les caractéristiques de fonctionnement varient beaucoup de l'une à l'autre.

Un exemple frappant est le mode vidéo. Avec le A12 50 mm, l'enregistrement se fait en HD 720p, mais avec le S10 24-72 mm, on tombe sur du VGA, le son restant, dans les deux cas, monophonique et le codec retenu étant le M-Jpeg.

Lancer un système entièrement nouveau, plutôt haut de gamme, sans s'assurer au minimum d'un standard vidéo HD paraît difficilement compréhensible, sinon par la filiation directe du module 24-72 mm et du GX200...

Ergonomie sans surprise

Cette filiation entre les GR/GX et le GXR est d'ailleurs assez évidente à la prise en mains : on retrouve totalement les repères habituels sur les compacts experts Ricoh.

Ricoh GXR prise en main

Vu de dos (ici, un GR Digital III en bas, un GXR en haut), la ressemblance est encore plus flagrante : l'écran est rigoureusement identique, les boutons sont les mêmes, le revêtement identique et l'on retrouvera instantanément ses marques. Au point que l'on se demandera longtemps pourquoi la touche du mode macro a déménagé...

Ricoh GXR prise en main

On note tout de même une nouveauté : le bouton Direct permet d'accéder à un menu rapide et de modifier les options courantes sans passer par les menus, système courant chez d'autres constructeurs, mais que Ricoh tardait à adopter. On espère de tout coeur le revoir sur les GR Digital IV ou GX300...

Ricoh GXR prise en mainÀ l'habitude de Ricoh, le GXR peut être équipé de tout un lot d'accessoires. Ci-contre, il est montré avec l'unité S10 24-72 mm, elle-même dotée d'un complément optique grand-angle : elle est compatible avec les compléments, pare-soleil et porte-filtres prévus pour le GX200.

La griffe supérieure peut accueillir un flash, l'exposition automatique étant assurée avec le Ricoh GF-1 ; elle peut également recevoir le VF-2, un viseur LCD orientable à la définition VGA (soit le quadruple du VF-1 du GX200, mais 50 % inférieure à celle de l'extraordinaire viseur SVGA du E-P2).

La douloureuse

Reste une question centrale, qui déterminera pour une bonne part l'éventuel succès de ce système : la facture.

Ricoh a pris une option étonnante : il n'est pas prévu de kits. Les acheteurs sont donc censés s'offrir séparément support et unités, même si l'on peut penser que les boutiques proposeront des achats par lots.

La base coûtera 459 euros, auxquels il faudra impérativement ajouter le prix d'une unité pour obtenir un ensemble fonctionnel. Le module 24-72 mm sera le plus abordable, à 370 euros, et le 50 mm macro coûtera pas moins de 670 euros.

L'appareil fonctionnel minimal, équivalent à un GX200 doté d'un capteur de GR-D III, coûtera donc plus de 800 euros, et pour obtenir un appareil dédié à la macro avec une focale standard, la facture dépassera les 1100 euros. Rappelons qu'un reflex Olympus E-420 avec son 25 mm "pancake" coûte environ 500 euros (mais sans possibilité de macro)...

Au final, le GXR apparaît donc comme un système "bâtard", qui va systématiquement vendre en plusieurs exemplaires des morceaux d'électronique identiques, parfois coûteux (capteur APS par exemple) et ne paraît pas finalement beaucoup plus évolutif qu'un système reflex.

Note de Renaud : La modularité en photo n'est pas vraiment une nouveauté, les systèmes de chambre ou de moyen-format fonctionnent également sur ce principe : il est possible de choisir le support sensible ainsi que le système optique. De tels assemblages sont extrêmement polyvalents à défaut d'être réellement réactifs. Ici, ce qui me chiffonne le plus, est la "fermeture" des unités (même si pour des raisons d'optimisation et de lutte contre les poussières, le choix est pertinent) : il n'est, pour l'instant, pas possible de changer l'optique d'un module en l'absence d'une baïonnette ou d'un autre système de fermeture et de communication. Un module capteur + baïonnette (et pourquoi pas un modèle existant) serait, me semble-t-il également judicieux, l'utilisateur pouvant alors se fabriquer "son propre système photographique" en profitant de l'ergonomie du boîtier Ricoh. SI techniquement, un tel module est tout à fait envisageable, commercialement, on voit mal Pentax - par exemple - venir investir dans un tel système avec des optiques spécialement étudiées. Les dés sont lancés, reste à voir comment le public va réagir.

Première prise en main en vidéo

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Ricoh GXR : système modulaire compact



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