Si la forme plate des QuickTake 100 et 150 laissait planer le doute sur leur nature (jumelles d'un nouveau genre ? arme de SF ?), celle du QuickTake 200, très classique et conviviale, lève toute ambiguïté sur l'objet. Las, cela ne lui vaudra pas plus de succès.

L'extrême originalité de la firme de Cupertino en matière de design n'a pas toujours engendré que des success-stories. Il y eut quelques gros "bides", comme l'assistant personnel Newton (l'ancêtre des iPad actuels), le Twentieth Anniversary Macintosh ou, en 2000-2001, le G4 Cube. Les premiers QuickTake évoqués dans notre précédent "Rétro-photo", coproduits avec Kodak, étaient vendus très cher (environ 750 $) et étaient encombrants. En outre, bien que de construction simpliste, leur ergonomie était déroutante.

Apple QuickTake 200
Le QuickTake 200 ressemble un peu aux compacts numériques des années 2000-2003, sauf qu'il est un peu plus volumineux et ne donne que des images de faible définition. Les curseurs au-dessus de l'objectif servent à faire le point selon trois distances repérées par des pictogrammes et à régler l'ouverture selon les deux seules valeurs possibles — l'appareil est donc un automatique à priorité de l'ouverture... mais selon un mode rudimentaire ! À droite de l'objectif, le témoin du retardateur. Photo © Jared C. Benedict.

La situation de la marque à la pomme n'était guère florissante. Au milieu des années 1990, en l'absence de Steve Jobs, il était temps de redresser la barre, car le navire était sur le point de couler. En s'alliant avec Fujifilm, Apple tirait les conclusions de ce qui s'était révélé un ruineux échec commercial.

Le géant japonais du film s'était déjà diversifié en direction de la photo instantanée dès les années 1980, puis avait commencé à prendre de solides positions dans la photo numérique naissante. En février 1997, la collaboration nouée avec Apple porte ses fruits.

Le nouveau venu, le QuickTake 200, n'a rien de commun avec ses prédécesseurs. Chez Fujifilm, on le nomme DS-7. La ressemblance entre les appareils Apple et Fujifilm est frappante, comme le montrent les photos de Brandon Remler. Le design, plus du tout du genre soucoupe volante, est classique, rationnel et réussi. Il évoque presque celui d'un compact argentique, sauf que l'objectif est complètement excentré, en haut et à gauche du boîtier, et que le viseur optique n'est pas intégré à l'appareil (je vais y revenir). Mais on peut aussi le comparer à celui de certains compacts numériques des années 2000-2003, comme les Canon A70 ou A80, à ceci près que ces derniers, au boîtier métallique, ont des performances et des possibilités créatives incomparablement supérieures. Sur un léger relief à droite de l'objectif, trône l'irrésistible pomme multicolore en relief, qui contribue à faire aimer ce QuickTake des collectionneurs.

Apple QuickTake 200 vu de dos
La face arrière présente l'écran ACL, qui sert à la visée et pour le visionnage des vues prises. Le petit curseur en haut à droite de l'écran est l'interrupteur général. Le contre-bossage assure une parfaite prise en main. L'appareil est joliment dessiné et bien fini, mais franchement cher pour sa réalisation tout plastique et ses fonctions trop limitées.
Photo © Jared C. Benedict.

Les seuls points communs de ce nouveau modèle avec les QuickTake auparavant coproduits avec Kodak sont la faible résolution du capteur (640 x 480 px) et l'objectif à focale fixe. Ce 2,2/8 mm de focale, vu la dimension miniature du capteur, équivaut à un 48 mm. Et aussi l'alimentation par piles bâton LR6. Cependant il en faut 4, alors que les QuickTake 100 et 150 n'en utilisent que 3. La version Kodak de ces premiers QuickTake, nous l'avons vu, était aussi alimentée par 4 piles.

Pourquoi cette augmentation ? En raison du petit écran ACL, placé à l'arrière de l'appareil. Celui-ci a la double fonction de viseur électronique et d'afficheur de contrôle des vues prises. Souvenez-vous : sur les QuickTake 100 et 150, comme d'ailleurs sur le très professionnel Nikon8 E2, vous n'aviez aucun moyen de regarder les vues que vous avez faites. Cette avancée capitale pour le développement du numérique avait été brevetée au début des années8 1980 par un ingénieur de Nikon, Kenji Toyoda. Mais Casio la commercialisera le premier sur un compact sorti en 1995 : le QV-10.
On peut même ajuster, sur le QuickTake 200, la brillance de l'écran grâce à une molette. Malheureusement, ce visualiseur, en dépit de sa petite taille, est très énergivore : il vide les 4 piles LR6 alcalines en 20 vues seulement ! Avec des mini-accus (un jeu d'accus au lithium étant offert), l'autonomie est un peu meilleure qu'avec des piles. On a fait de gros progrès depuis, mais je me suis laissé dire par l'un des meilleurs experts en appareils à visée électronique que cette famille d'appareils consommait trois fois plus d'énergie que les "vrais" reflex à viseur optique.

Le viseur optique, livré comme accessoire emboîtable avec l'appareil, permet d'économiser les piles. Mais lorsqu'on trouve un QuickTake 200 à vendre aujourd'hui, ce précieux petit accessoire a généralement été perdu.

L'automatisme à priorité de l'ouverture (f/2,2 ou f/8 uniquement) commande l'obturateur (1/4 à 1/18 000 s). Pas d'autofocus, mais une mise au point manuelle au moyen d'un curseur, sur trois distances repérées par des pictogrammes : macro (9-13 cm), portrait (45 à 90 cm) et infini (90 cm - infini). Contrairement aux premiers QuickTake, il n'y a aucun flash : ni intégré, ni adaptable. Un dateur permet d'inscrire la date et l'heure directement sur l'image.

La différence majeure avec les QuickTake 100 et 150 est, enfin, l'enregistrement sur un support amovible : des cartes SmartMedia, à l'époque de 2 Mo. Si le port série reste disponible, la possibilité de sortir les cartes de l'appareil et de les placer dans un lecteur multicarte rend ce dernier QuickTake bien plus facile à utiliser que ses prédécesseurs. Surtout, on peut enregistrer en JPEG, ce que permettent certes le QuickTake 150 et les QuickTake 100 modifiés en atelier par Apple, mais pas les QuickTake 100 non actualisés.

Apple QuickTake 200 molette de régalge

Sur la face supérieure, le gros barillet commande les principales fonctions de l'appareil.
1 : transfert des photos via le câble fourni ; 2 : retardateur ; 3 : prise de vues en basse qualité (dite "good quality" à l'époque !) ; 4 : prise de vues en pleine résolution (640 x 480 px) ; 5 : restitution des vues prises grâce à l'écran de contrôle ; 6 : observation des vues en mini-diaporama ou au moyen d'un téléviseur ; 8 : corbeille pour supprimer une ou plusieurs vues. Illustration tirée du mode d'emploi.

En dépit d'une baisse de prix non négligeable (600 $) et de vraies avancées techniques, le succès du QuickTake 200, dernier du nom, fut modeste. En effet, le retour largement plébiscité de Steve Jobs à la direction d'Apple fut fatal au boîtier : Jobs, pour rationaliser la production en la recentrant provisoirement sur son cœur de métier, arrêta la production des assistants personnels Newton, du Twentieth Anniversary Macintosh, des imprimantes LaserWriter et des QuickTake.

L'aventure, vous vous en doutez, continua chez Fujifilm sans Apple et son charismatique patron. Peut-être aujourd'hui peut-on considérer la magnifique série X de Fujifilm comme l'ultime descendante du QuickTake 200, alias Fujifilm DS-7... En ce qui concerne les iPhone, dotés de capacités photographiques irréprochables (à partir de la version 4 surtout), mieux vaut les regarder comme des successeurs.

Liens externes (en anglais)
> Très bonnes photos techniques
> Excellent essai de terrain par John Henshall, avec photos
> Historique des QuickTake sur Wikipedia
> Pour replacer le QuickTake 200 dans son contexte historique
> Sur le Fujifilm DS-7
> Télécharger le mode d'emploi du QuickTake 200


Précédemment dans "Rétro-photo" :
> Apple QuickTake 100 / 150
> Nikon E2
> Photoshop 1
> Sony Mavica

Le QuickTake (modèle 200) fait partie des quelque 370 appareils décrits par Lionel Gérard Colbère dans son livre-saga en couleur : Un siècle d'invention photographique, aux éditions VM.

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> Un siècle d'invention photographique
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Rétro-photo - Apple QuickTake 200 (1997)



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