L'aventure d'Apple dans le monde de la photo, un peu plus de dix ans avant les iPhone, n'eut qu'un succès mitigé et tourna court en moins de quatre ans. Bien qu'épaulée par Kodak, la conception de ces premiers QuickTake restait rudimentaire. En revanche, le prix était lui, fort soutenu.

Apple, quelque peu perdu par le départ pour plusieurs années de son fondateur Steve Jobs, mais conservant des crocs à trouer le parquet, avait entrepris de se lancer après bien d'autres marques de photo et d'électronique grand public dans l'aventure de la photo numérique. Cependant, contrairement à ce que racontent certains historiens à la mémoire courte et n'en déplaise à la mémoire du grand Steve, l'Apple QuickTake 100 fut loin d'être le premier appareil numérique commercialisé, même s'il est vrai qu'il se vendit un peu mieux — ou plutôt moins mal — que ses prédécesseurs.

Bien avant lui, il y avait eu, dès 1988, le Canon ion RC-250 (doté d'un capteur de 200 000 pixels), ainsi que le Canon RC-470 (capteur de 360 000 px), suivis en 1991 par le Canon ion RC-260 (capteur de 200 000 pixels), puis le Logitech Fotoman en 1992, version couleur du Dycam présenté l'année précédente. Sans parler bien sûr des très nombreux prototypes Casio, Fuji, Konica, Olympus, Pentax, Samsung, Sanyo, Sony, Toshiba, Yashica..., sur lesquels nous reviendrons prochainement.

apple quicktake 100
Le design futuriste du QuickTake 100 le différencie radicalement des appareils photos connus, sauf de son prédécesseur le Canon ion RC-250. Il se tient naturellement des deux mains. La plaque percée, à l'avant, coulisse pour protéger l'objectif et la lentille du viseur lorsque l'appareil n'est pas utilisé. Notez le déclencheur en demi-cercle, à l'arrière, d'un gris plus sombre que le reste du boîtier. La DEL rouge à l'avant est celle du retardateur. Photo © Eduort.

Tout comme Nikon, dont je vous ai parlé dans mon étude de l'E2, Apple a fait route successivement avec deux marques spécialisées en photo : Kodak, pour les QuickTake 100 et 150, puis Fuji, pour le QuickTake 200 qui fera l'objet d'un prochain article.

Tout comme les Nikon, ces QuickTake ont aussi été commercialisés sous les bannières de leurs coproducteurs respectifs avec des adaptations qui, plus de vingt ans après, nous apparaissent minimes. En tous cas, cette coproduction semble s'être conclue dans une ambiance bien moins "bisounours" qu'entre Nikon et ses partenaires : Apple a un caractère, disons, bien trempé, et Kodak, qui n'est pas au mieux de sa forme aujourd'hui, cherche à monnayer ses brevets... que lui dispute Apple ! D'où, actuellement, d'homériques batailles juridiques entre les deux sociétés.

apple quicktake 100
Détail de la face arrière : à droite du viseur optique, le petit écran d'affichage sert uniquement, à l'aide de ses quatre boutons, à piloter l'appareil, dont les fonctions sont particulièrement rudimentaires. Photo © Eduort.

Un modeste périphérique d'ordinateur : le QuickTake 100

L'étude de ce modèle, nom de code : "Venus", commença en 1992. L'appareil fut mis sur le marché en mai 1994 après avoir été présenté à la MacWorld Expo de Tokyo le 17 février de la même année.

Tout à la joie d'avoir supprimé le film, les designers de ce QuickTake imaginèrent une forme fluide et futuriste : l'appareil se tient horizontalement, un peu comme une paire de jumelles. Forme et concept étaient à vrai dire assez imités de ceux du Canon ion RC-250 : objectif de focale fixe donnant un angle de champ assez étroit (2,8/8, équivalent à un 50 mm en 24x36), mise au point fixe autorisée par la très courte focale (à partir de 1,20 m), viseur optique, obturateur programmé non débrayable et sans programmes-résultat (de 1/30 s à f/2,8 à 1/175 s à f/16). Le capteur, d'une sensibilité de 85 ISO, donne une définition pauvrette : 640 x 480 px en pleine résolution, 240 x 320 en basse résolution.


Le QuickTake 100, gadget innovant pour geeks s'il en fut, est volumineux et assez lourd. Il se tient bien dans les deux mains, dispose d'une courroie de cou et d'un filetage pour pied en dépit de l'absence de "vitesses" lentes : cela peut servir pour les photos de groupe puisqu'il y a un retardateur. Dessins tirés du mode d'emploi.

Point trop n'en fallait d'ailleurs pour la petite mémoire interne de 1 Mo qui ne stockait que 8 images dans le premier cas et 32 dans le second. En effet, le format propriétaire QuickTake ou le Pict (que l'appareil permettait aussi de faire) donnait des images lourdes en dépit de leur faible définition.

À l'arrière du boîtier, un ACL desservi par quatre petits boutons, servait uniquement à régler l'appareil : inutile de compter y visionner les photos une fois prises ! Un flash intégré, pas réglable non plus, complétait cette maigre dotation pour un appareil vendu presque dix fois plus cher que son équivalent argentique (749 $) et pesant le double, 500 g, pour des dimensions peu compactes : 155 x 135 x 55 mm.

L'appareil était alimenté par 3 piles LR6 ou mini-accus équivalents. Ce qui n'est pas plus mal pour les collectionneurs "fonctionnels", car les accus dédiés de cette époque n'auraient pas été faciles à trouver aujourd'hui.


Visionner les photos est impossible sans les télécharger auparavant sur un ordinateur, à l'aide du logiciel dédié QuickTake (qu'on peut trouver aujourd'hui sur Internet, mais qui ne fonctionne que sous Mac OS 9 et antérieurs). Leur définition nous semble aujourd'hui bien faible : 640 x 480 px, mais elles sont en couleur. Celle-ci ne l'est pas car elle est tirée du mode d'emploi.

Connexion problématique

Un autre souci se pose pour lesdits collectionneurs : la connectique de l'appareil est un port série, comme il en existait sur les premiers Mac. Que faire ? Soit trouver un adaptateur série vers USB, mais encore faut-il que ce périphérique inhabituel qu'est le QuickTake soit reconnu par le Mac (de préférence avec le précieux système 10.4.11 et Classic Mac OS 9 installé, ce qui exclut les processeurs Intel). Soit — et c'est sans doute moins risqué — dénicher un Mac antique en bon état dans un troc, un marché aux puces ou sur un site de collectionneurs. Vous pourrez alors visionner les photos, notamment avec le logiciel dédié Apple QuickTake.


Les photos que permet cet ancêtre en font un bloc-notes bien plus qu'un véritable appareil photo. Mais enregistrer des souvenirs, n'est-ce pas aussi ce que recherchent aujourd'hui bien des gens qui photographient avec leur portable ? Les couleurs sont acceptables, mais la dynamique très courte du capteur aboutit presque toujours à des ombres bouchées sur une surface importante de l'image. À part la couleur, elles font penser à ce qu'on pouvait faire avec le Kodak N°1, un siècle auparavant. Photo © G.M. Hofmann (réalisée avec un QuickTake 150).

En revanche, si vous voulez transférer vos photos vers un Mac ou PC presque actuel (avec un système 10.6.8 maximum et Rosetta installé), cela va requérir un sérieux pont suspendu.

Par exemple, un jeu de lecteurs Iomega ZIP 100 — un en SCSI, l'autre en USB —, pour relier le Mac ancien : une fois installé le logiciel idoine, il pourra se connecter au QuickTake et au Mac plus récent. Les photos passeront alors sur disque ZIP d'un lecteur à un autre... Attention, ces lecteurs sont très fragiles et leur bloc d'alimentation, en dépit d'une forme identique, peut différer : la moindre erreur et vous en détruirez un. Bref, il faudra sérieusement vous accrocher au balai !

Ou, autre solution, vous gravez un CD : certains Mac antiques le permettent s'ils n'ont pas servi de platine-disque à leurs propriétaires.

Enfin, c'est peut-être moins compliqué de tenter de connecter l'appareil à un PC via un câble RS232C, mais encore faut-il que l'appareil soit reconnu. Là encore, un vieil ordi déniché pour quelques euros dans un troc et puces peut faire l'affaire... s'il fonctionne ! Le logiciel pour ouvrir ces anciennes photos est GraphicConverter, mais pour celles en format QuickTake, cette application a tendance à les détériorer. Le logiciel d'époque, Apple QuickTake, serait meilleur, selon Pierre Dandumont.

La version Kodak

Chez Kodak, le QuickTake 100 se nomme DC40. Sorti en 1996 — après la version Apple, donc —, son capteur à DTC a une résolution un peu meilleure : 756 x 504 px. Sa mémoire interne stocke 48 images maximum, au lieu de 32, et il est alimenté par 4 piles LR6 au lieu de 3.

Le QuickTake 150 : une mise à jour mineure

Apple QuickTake 150
Le Quicktake 150 représente une légère amélioration logicielle du modèle 100, avec la possibilité d'ajouter une bonnette pour la photo de près. Photo © G.M. Hofmann.

Sorti également en 1996, le QuickTake 150 se distinguait du modèle 100 par la possibilité d'enregistrer en BMP, JPG, PCX ou Tif et sa compatibilité Windows.

Après cette sortie, les QuickTake 100 purent recevoir une mise à jour en atelier pour autoriser ces nouveaux formats d'image : ils devinrent alors des QuickTake 100 Plus. Ceci rend leur usage, aujourd'hui, un peu plus simple. Un adaptateur avec lentille donne la possibilité de photographier à 30 cm.

Apple QuickTake 150
Le complément pour la photo rapprochée du QuickTake 150, bien réalisé, prend en compte l'objectif, le viseur optique et le réflecteur du flash. Il s'encliquette sur la face avant. Photo Wikipedia.

La production du QuickTake 150 ne dépassa pas 1996. Le numérique, bien qu'encore qu'à ses débuts, et malgré la définition risible des capteurs par rapport à ce que permettait l'argentique ou ce qui se ferait dès 2001-2002, se répandait comme une traînée de poudre. L'absence de visualiseur et d'une mémoire amovible rendait cet appareil totalement obsolète.

Pour Apple, il était temps de repenser l'appareil. C'est ce qui fut fait avec Fuji et le QuickTake 200 (à suivre).


Pour aller plus loin (liens externes) :
> Field-test remarquable de Pierre Dandumont sur les QuickTake 100 et 150
> Autre essai de terrain, par John Henshall (en anglais)
> Télécharger le manuel du QuickTake 100
> Replacer les QuickTake 100 et 150 dans leur contexte historique
> Sur le Kodak DC40

Précédemment dans "Rétro-photo" :
> Nikon E2
> Photoshop 1
> Sony Mavica

Le QuickTake (modèle 200) fait partie des quelque 370 appareils décrits par Lionel Gérard Colbère dans son livre-saga en couleur : Un siècle d'invention photographique, aux éditions VM.

Vous pouvez acheter l'ouvrage en ligne dans la boutique d'Edouard_listes sur Amazon ou sur son site dédié, doté par ailleurs d'intéressants compléments : articles, galeries, et le seul répertoire français des bourses au matériel photo d'occasion et de collection.

> Un siècle d'invention photographique
PARTAGER

Vos réactions sur le forum :
Rétro-photo : Apple QuickTake 100 (1994)



Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation