À moins d'un mois de l'ouverture officielle des Rencontres de la photographie d'Arles 2016, nous avons posé quelques questions Sam Stourdzé, directeur du festival, histoire de prendre le pouls.

Dans les rues d'Arles durant les Rencontres 2014
Dans les rues d'Arles pendant le festival en 2014.

Focus Numérique – Il ne reste plus que quelques jours avant l'ouverture du festival. Vous êtes comment ? Pas trop de stress ?

Sam Stourdzé – (rire) Non ça va, pas trop de stress, je dirais même que c'est l'un des meilleurs moments. Je suis actuellement à Arles et je me déplace d'une zone d'exposition à une autre. Nous avons 3 expositions qui sont déjà montées. À partir de la fin avril, les différents lieux se construisent et au mois de juin nous commençons les premiers accrochages. C'est le moment où les premiers commissaires d'exposition arrivent sur place. C'est plein d'énergie et nous travaillons sereinement. Nous avons même un peu d'avance. C'est une mécanique bien huilée et tout le monde sait déjà comment travailler. C'est une période excitante qui marque l'aboutissement d'une année de travail.

Focus Numérique – Justement, cette année de travail, comment s'est mise en place la programmation d'un tel festival ?

Sam Stourdzé – L'ambition est finalement assez simple et nous sommes l'un des plus gros festivals consacrés à la photographie dans un paysage qui en compte désormais beaucoup. Nous sommes un observatoire de la création artistique, un révélateur de tendances dans le domaine de la photographie et les choses évoluent rapidement. La manière dont les artistes voient et analysent notre monde est un perpétuel changement. Il y a de nouveaux supports, de nouveaux canaux d'expression. Ainsi, vous n'avez plus besoin d'être à l'origine des images pour faire passer un message. Nous avons plusieurs artistes qui s'approprient des images et des représentations pour leurs œuvres, c'est très intéressant. Pour revenir à la programmation de la 47° édition, j'ai voulu des séquences plutôt qu'une thématique générale. C'est vraiment une radioscopie annuelle de la photo que je souhaite présenter avec l'accent sur la jeune création, notamment par le prix découverte.

Focus Numérique – Dans cette diversité d'approche, que pensez-vous de la partie Off du festival ? J'ai le sentiment, depuis plusieurs années, qu'il n'est pas très développé, en tout cas pas au niveau de ce qu'on pourrait attendre pour un festival comme Arles, qui est majeur.

Sam Stourdzé – Je m'occupe déjà de la partie In et je n'ai pas vocation à faire la promotion du Off, mais je ne suis pas réellement d'accord avec vous et je pense que le Off a bien sa place à Arles. Actuellement, il y a de nombreux lieux investis par des photographes non programmés, dans les boutiques ou d'autres lieux. Les zones d'exposition sont finalement assez limitées et celles disponibles sont rapidement occupées. Je ne pense pas que nous devons nous occuper de la promotion de la partie Off du festival. Nous avons déjà beaucoup à faire et les petits génies de la communication moderne avec les réseaux sociaux sont très efficaces pour communiquer en direction de leur public.

Sam Stourdzé, 2016
Sam Stourdzé. © Lutz/Vu'

Focus Numérique – L'année dernière avec votre première édition, vous deviez avoir envie de marquer le festival de votre sceau, de vous différencier de l'ère Hébel, de marquer une rupture. De l'avis de beaucoup, vous avez réussi. Cette année, le challenge est un peu différent, il s'agit de se renouveler. Qu'est-ce qui est le plus compliqué : la rupture ou la continuité ?

Sam Stourdzé – Ma préoccupation n'est pas de marquer une rupture et surtout pas d'avoir une continuité avec moi-même. Je prends bien la mesure de ma responsabilité dans un festival qui va bien avoir 50 ans et qui a une histoire, et c'est dans cette histoire que je veux m'inscrire. Je crois que la programmation de l'année dernière apportait une certain nombre de touches nouvelles, mais elles s'inscrivaient bien dans un prolongement. François Hébel a fait un travail formidable en 12 ans pour porter le festival à un rayonnement international. Nous nous inscrivons dans une histoire et nous ne sommes pas là pour défendre une chapelle.

Ma volonté et le rôle du festival est d'être le trait d'union entre les artistes et le public. Nous sommes la caisse de résonance des pratiques artistiques. Si le festival évolue, c'est que la pratique de la photo évolue également. La photographie et l'image ont beaucoup de chose à dire et participent à la mutation de la société actuelle. C'est la révolution technologie, le passage d'un web textuel à un web individuel... tout cela sont des questions liées à l'image et à la représentation.

La pression est là, surtout : d'être sûr qu'on est bien en phase avec son époque. Nous n'avons qu'un seul mot d'ordre au festival, c'est de surprendre nos visiteurs, comme nous sommes nous-mêmes surpris par un certain nombre de projets, par leur décalage, leur force ou leur humour. C'est cette surprise que je souhaite partager. Le jour où je rentre dans une routine dans laquelle je dois juste remplir un cahier des charges avec "n" expositions, je me poserais des questions, mais on en est très loin.

Focus Numérique – Effectivement, l'année dernière fut une édition pleine de bonnes surprises avec notamment des dialogues entre la photo et d'autres domaines artistiques, comme le cinéma ou la musique. C'est quelque chose que vous souhaitez poursuivre apparemment, puisque le cinéma apparaît en filigrane dans la programmation 2016...

Sam Stourdzé – Absolument. L'année dernière je l'ai fait un peu avec des gros sabots, avec un décloisonnement très marqué de la photographie. Ce qui me fait plaisir cette année, c'est que ce décloisonnement est au cœur de notre discours, mais pour une deuxième année, nous n'avons pas besoin de le revendiquer de la même manière, nous sommes un peu plus subtils.

Il y a beaucoup de projets autour de la photographie et le cinéma, mais nous avons aussi tissé des liens avec la littérature. Le mercredi de la semaine d'ouverture, nous avons une soirée spéciale dans la ville avec les expositions ouvertes à tous (gratuites) jusqu'à 22h, ce qui est une première, et nous invitons 6 écrivains à venir faire des lectures au sein des expositions. Ainsi Olivia Rosenthal viendra lire son texte sur les Aliens au milieu de l'exposition sur la représentation des monstres dans le cinéma.

Exposition Total Record Arles 2015. Photographies d'Irving Penn
Miles Davis, par Irving Penn. © Irving Penn

Focus Numérique – Quelles sont vos relations avec la fondation Luma ? Y a-t-il toujours des distanciations sur l'avenir du festival à Arles ?

Sam Stourdzé – Non, les relations se sont bien apaisées. L'idée est de remettre tout le monde autour de la table pour reprendre des discussion avec tous les acteurs culturels de la ville. À Arles, il y a une dizaine d'acteurs d'envergure dans le milieu culturel, comme les éditions Actes Sud, l'école nationale de la photo, Luma, le musée Réattu et j'en oublie. Il faut créer des synergies entre les compétences des uns et des autres. Depuis 18 mois, nous essayons d'inventer l'Arles de demain. Il y a un vrai défi majeur pour Arles qui entre dans le 21e siècle avec le pari de la culture pour une ville de 50 000 habitants. C'est le fruit de 30 années de politique culturelle ; tout le monde fait des efforts, tous sont conscients du défi majeur à relever et il faut absolument que tous les acteurs adhèrent au même projet.

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