Photokina 2016 – Après une explosion d'annonces et une photokina exceptionnelle en 2014 (le centenaire de la marque), le stand de Leica était beaucoup plus modeste pour cette édition. Nous avons eu le plaisir de rencontrer Andreas Kaufmann, président et propriétaire de la marque, pour évoquer le Sofort, le moyen format et le Q.

Andreas Kaufmann entretien photokina 2016
Andreas Kaufmann à côté d'un prototype de nouveau Leicina pendant la photokina 2016.

Focus Numérique – Parlons un peu du Sofort. Les films instantanés sont très en vogue ces derniers temps avec Fujifilm et leur Instax (le Zofort est d'ailleurs un Instax), Impossible Project... La photo instantanée fait-elle vraiment partie de l'ADN d'une marque prestigieuse comme Leica ?

Andreas Kaufmann – Oui, absolument. C'est un tirage et c'est très important, c'est même un élément clé. Je suis ce projet depuis maintenant 3 ans ; tout le monde regarde des photos sur l'écran arrière d'un APN ou un smartphone, mais il y a un effet unique, un effet "waouh", quand il est possible de donner immédiatement une photo réelle et non pas juste un fichier. C'est sans doute le meilleur moment de la photographie, et c'est également l'ADN de Leica : une photo unique, un moment unique et exceptionnel.
[NDLR : il sort de sa poche un Huawei P9, aux optiques Leica]
Prenez les smartphones : ils font également partie de notre ADN. Rappelez-vous cette interview d'Elliott Erwitt, où on lui demande quel est le meilleur appareil photo. Il répond : "Celui que vous avez sur vous !" Nous avons toujours un smartphone avec nous ; il faut donc que nous soyons sur ce segment également. Nous le faisons un peu différemment, avec un capteur monochrome. Le tout forme un écosystème de la photographie. Nous avons un contrat de 5 ans avec Huawei et le P9 est le premier appareil de notre collaboration (après notre interview, nous apprenions que les deux marques inauguraient un centre de recherche et développement commun).

Focus Numérique – Pour nous, Leica est une marque exclusive, avec des boîtiers exclusifs qu'il n'est pas possible de trouver ailleurs. Avez-vous approché Impossible Project pour créer un nouveau boîtier spécifique à Leica ?

Andreas Kaufmann – Je ne peux pas trop parler du projet, mais oui. Nous avons étudié la possibilité de travailler avec Impossible Project.

Focus Numérique – Le Sofort est un appareil photo qui ressemble beaucoup au modèle Fujifilm. Nous avons vraiment aimé le design de l'Impossible Project I-1, qui est vraiment singulier. Pourquoi ne pas avoir travaillé sur un boîtier complètement différent tout en utilisant la technologie Instax ?

Andreas Kaufmann – Cela prend trop de temps. Nous avons bien sûr étudié la question, mais cela aurait pris beaucoup de temps. Si nous avions dû reprendre un boîtier à zéro, cela aurait fait grimper le prix de manière significative. Nous aurions pu revoir la formule optique pour réduire la taille du boîtier, mais il aurait fallu changer beaucoup de choses au niveau de l'ergonomie.
Vous savez, il existe une version Wide de l'Instax. Nous étudions la possibilité de produire également ce modèle. Il y aura peut-être plus de changements. En tout cas, nous y réfléchissons.

Photokina 2016, prototype Leicina sur le stand Leica
Prototype d'un nouveau Leicina. 

Focus Numérique – Nous nous sommes rencontrés à Arles en 2013. Nous avions évoqué l'avenir de la photographie et vous nous aviez expliqué que les appareils photo devaient être de plus en plus intelligents. Quel est votre point de vue maintenant ?

Andreas Kaufmann – Un appareil photo reste essentiellement une optique et une zone sensible. Allez voir notre prototype de Leicina sur notre stand. Plusieurs axes de recherche se retrouvent dans ce mock-up.
Pour l'instant, le flux pour accéder aux photos est encore compliqué. Rien que le simple exemple des fichiers est révélateur. Comment nommez-vous les photos ? Un photographe riche fait appel à un assistant, mais la plupart du temps, vous êtes confrontés à un problème. Les boîtiers nomment les photos avec des chiffres, ce qui n'est pas très pratique. Pourtant, il y a de nombreuses informations dans les Exif, mais elles ne sont pas utilisées pour nommer les fichiers. Il faut changer tout cela. Il faut ajouter des données GPS. Mais nous n'y sommes pas encore. Il y a beaucoup de données, mais nous avons encore du mal à les exploiter pleinement. C'est davantage un problème de logiciel.

Focus Numérique – Avec les Leica SL et S, vous avez investi le cinéma. Quels sont les premiers retours des professionnels ?

Andreas Kaufmann – Vous savez, à mon sens, le photographe professionnel doit également s'intéresser à la vidéo. Il est désormais très difficile de faire autrement. Un photographe de mariage doit faire les photos du mariage, mais également produire un film. Nous voyons dans nos boîtiers une convergence entre photo et vidéo.
Par exemple, Panasonic met en avant la fonction 4K et bientôt 6K ou 8K, qui permet d'extraire une image d'une vidéo. Je ne suis pas sûr que cela soit le futur de la prise de vue photo, mais c'est intéressant, car ils utilisent les deux mondes pour écrire une histoire visuelle.
Le Leica SL est déjà un hybride photo et vidéo avec la possibilité de filmer en 4K. Nous avons été décriés lorsque nous avons proposé la vidéo sur un M, mais nous pensons que c'est un élément important. Avec la monture M, il est possible d'utiliser beaucoup d'optiques Leica (ou pas) pour raconter votre histoire. Les optiques cinéma sont plus contraignantes à réaliser que les optiques photo. La gamme Summilux-C a nécessité 5 années de travail.

Focus Numérique – Revenons à la photographie. Il y a de plus en plus d'acteurs sur le segment du moyen format avec Hasselblad, Pentax et maintenant Fujifilm. Que pensez-vous de ce marché ?

Andreas Kaufmann – À Hasselblad, Pentax, Fujifilm, je leur dis : bienvenue dans le marché de l'optique ! Car le moyen format est très intéressant, mais c'est avant tout une histoire d'optique. Il faut du verre différent, beaucoup plus de verre.
Nous avons dévoilé le S en 2008 en partant de zéro, avec un nouveau capteur, un nouveau boîtier, un nouveau processeur et de nouvelles optiques. Il faut repenser complètement le système, c'est important, et ne pas simplement assembler des éléments qui existent déjà.
Sur le Leica SL (24x36), nous avons un viseur électronique avec une définition de 4,6 Mpx. Le Hasselblad X1D ne propose que plus de 2 Mpx. Nous pensons qu'il faut 6,5, voire 7 Mpx. Et pour l'instant, ça n'existe pas.
Il y a également l'autofocus : ce n'est pas évident de mettre en œuvre un autofocus rapide avec des optiques de ce calibre. Alors oui, bienvenue dans le club !

À Hasselblad, Pentax, Fujifilm, je leur dis : bienvenue dans le marché de l'optique ! Andreas Kaufmann, propriétaire de Leica


Focus Numérique – Vous avez un Leica Q avec vous. Certains photographes sont frustrés par la focale 28 mm. Allez-vous un jour contenter les photographes qui préfèrent le 35 ou le 50 mm ?

Andreas Kaufmann – Le Leica Q n'est pas une série. Nous avons choisi le 28 mm de manière très raisonnée : pour ce type de boîtier, c'était la plus petite optique possible et c'est un élément primordial. Quand vous l'utilisez, vous pouvez choisir différents "formats" d'image. Ainsi, vous pouvez recadrer dans le capteur pour avoir un équivalent 35 mm, et encore pour avoir un équivalent 50 mm avec toujours 10 Mpx.
Je pense qu'il sera plus intéressant d'avoir une meilleure définition dans le futur, avec la possibilité de recadrer dans le capteur pour "avoir" plusieurs simulations de cadrage. Nous avions étudié en premier la possibilité d'avoir un 35 mm et un 24 mm, mais les deux étaient plus gros et plus lourds. Le 28 mm était le meilleur équilibre en termes d'encombrement et d'autofocus, et je pense que nous allons le conserver. Vous savez, notre cycle de renouvellement est assez long, surtout sur ce type de produit.

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