Dans son numéro d’Automne 2009 paru en kiosque ces derniers jours, l’excellent magazine Polka, consacré au photojournalisme, nous offre un article de trois pages sur différentes « solutions » pour devenir photojournaliste.

Intitulé « Le parcours du combattant », l’article nous expose les chemins empruntés par les aspirants photographes pour arriver au Saint Graal. En cette période de rentrée, le sujet est bien évidemment à la mode et l’article, bien qu’assez court, nous offre une bonne vision du parcours de différents jeunes photographes. Nous suivons donc Stephane Lavoué, ancien ingénieur devenu photographe grâce à une formation professionnelle, Christophe Daguet, assistant de Yann Arthus-Bertrand après avoir quitté l’école au bout de cinq mois, Cédric Gerbehaye, qui a suivit une formation en journalisme, ou encore Anne Thomes, issu d’un BTS photo. Les grandes formations sont donc toutes représentées, un vrai plus pour qui veut se lancer dans l’aventure.

L’article pèse bien le pour et le contre de chaque formation de manière assez objective. Cela aurait pu être un bon résumé et ne pas me faire réagir plus que ça. Mais l’encart récapitulant les différentes formations en fin d’article m’a d’un seul coup fait hérissé le poil. Concernant les formations BTS et CAP, elles sont qualifiées de « absolument nécessaires à l’époque de l’argentique, (ces formations) sont aujourd’hui un peu obsolètes. ». Je reviens donc en arrière et relis le témoignage de Anne Thomes, photographe à la Mairie de Paris et issue d’une formation BTS. « L’école c’est important pour avoir accès à un matériel, pour rassurer les parents et surtout pour apprendre ce que veulent les gens à qui l’on s’adresse. Sinon, tu risques de te lancer sur un projet, d’y travailler deux ans et, quand il est abouti, te rendre compte qu’il n’intéressera personne. ». Tiens, il me semble que finalement, un BTS, ce n’est pas si mal que ça. Pour en avoir le cœur, je contacte Anne, qui est en fait une de mes collègues de promo. (Et oui voilà pourquoi j’ai de suite tilté, je suis moi aussi un pur produit BTS…).

Après une courte discussion, me voilà rassuré (sur la satisfaction d’Anne suite à ces deux ans de BTS), mais abasourdi par l’attitude du magazine et/ou de la journaliste. Lors de l’entretien, Anne a bien exposé tous les bénéfices qu’elle a pu retirer de ces deux ans de formation, deux ans qui lui permettent aujourd’hui de gagner sa vie en tant que photographe. Grâce aux stages imposés pendant la formation, elle a pu directement trouver un emploi, une fois son diplôme en poche, son contrat ayant même débuté avant les résultats du BTS. Or, dans l’article, aucune ligne ne fait allusion à ce beau parcours, grandement facilité par la formation proposée par le BTS.

Et c’est cet oubli qui est fort regrettable. En effet à la lecture de l’article, un jeune qui souhaite se lancer dans la photographie en suivant une formation, va d’embler éliminer les filières techniques que sont le BTS et le CAP, pour privilégier les écoles privées, qui dispensent leur enseignement contre des sommes conséquentes, de 3500 € à 8690 € l’année. Or un BTS propose lui aussi une formation courte permettant au jeune diplômé de trouver rapidement un emploi dans la photo. Au cours de la formation, quatre stages de six semaines sont imposés, dans quatre domaines différents : prise de vue, traitement de l’image, vente et libre. C’est au cours de ces stages que l’apprenti photographe va pouvoir étoffer son carnet d’adresses en nouant des liens forts avec les différents acteurs du marché. Et les contacts, c’est justement un des points importants mis en avant par l’article pour débuter une carrière.

À titre d’information, parmi les seize élèves issus de la même promotion que Anne Thomes, neuf ont trouvé un travail dans différents domaines de la photographie (retouche, assistanat photo, photographe, vente de matériel…), les autres ayant décidé de continuer leurs études. Mais pas un seul ne s’est retrouvé sans activité, signe que la formation à porté ses fruits.

 Il est vraiment dommage qu’un bon article, publié dans une revue respectable, décide volontairement de « descendre » un certain type de formation, sous prétexte que celle-ci n’est pas assez glorieuse. La réputation des filières techniques est déjà assez écornée, bien souvent jugée peu valorisante, alors qu’elles proposent des formations parfaitement adaptées aux exigences du marché actuel et permettent une insertion très rapide dans le marché du travail, ce qui n’est pas négligeable dans le contexte économique actuel.

Que Polka décide de ne pas mettre en avant un certain type de formation, c’est leur choix, mais qu’ils réinterprètent les propos d’une personne interrogée pour en détourner le sens, je trouve ça un peu limite. Je pensais ce magazine bien au-dessus de ces pratiques . Mais finalement, il est rassurant de voir qu’une « petite » étudiante issue d’une formation « obsolète », arrive à publier l’une de ses photos en une d’un article dans un magazine aussi prestigieux que Polka…

Malgré cela, vous pouvez bien évidemment vous procurez (c’est même fortement conseillé) ce numéro, dans lequel vous retrouvez des vrais sujets de photojournalisme, des grands noms (Abbas, Paolo Pellegrin, Hans Silvester… ) nous proposant une vision photographique sur les évènements de notre monde, dans des sujets parfaitement mis en valeur par une maquette et une impression de grande volée.

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