Cela ressemble à un petit pavé dans une mare tranquille. La mare des optiques lumineuses, des chiffres éloquents (f/1,2, f/1,4...) et des tarifs vertigineux. Nous nous faisons ici l'écho d'une lettre ouverte assez polémique, publiée par Luminous Landscape. Reprenant des mesures effectuées par DxO Labs sur DxO Mark, le site attend des explications des principales marques d'appareils photo... rien que cela !

Et ce qui justifie de tels extrêmes a de quoi faire frémir... surtout les amateurs d'objectifs à très grande ouverture. Il semblerait en effet que la course à l'ouverture et aux pixels ait des limites pas toujours avouables. 

DxOMarks gain capteur en fonction de l'ouverture géométrique
Les résultats polémiques : DxOMark présente un graphique qui indique l'augmentation automatique du gain du capteur (exprimée en IL) en fonction de l'ouverture f des optiques selon différents boîtiers. Pour des ouvertures plus larges que f/2,8, les reflex des différentes marques augmenteraient automatiquement la sensibilité des capteurs jusqu'à 0,5 IL.

Le cœur du problème, c'est le T-Stop. Cette mesure est cruciale dans la performance d'un objectif. Elle reflète la quantité de lumière qui arrive effectivement au capteur. En photographie et pour caractériser une optique, nous employons le plus souvent la notion d'ouverture f qui est le simple rapport de la focale en mm par le diamètre du faisceau lumineux utile qui traverse l'optique. Nous parlons donc ici de l'ouverture dite géométrique de l'optique. Le T-Stop prend en compte la transmittance de l'optique; on parle alors d'ouverture photométrique et cette donnée est particulièrement intéressante, même si celle-ci n'est pratiquement jamais affichée par les constructeurs. Si votre objectif ouvre à f/1,4 par exemple, une partie de la lumière qui entre dans l'objectif sera absorbée ou détournée par les éléments constituant l'objectif. Plus l'optique est complexe, plus la transmittance diminue. Et logiquement, la quantité de lumière arrivant au capteur est moindre que celle qui est entrée. Dans un monde idéal, l'objectif serait parfait et transmettrait 100% de la lumière. Mais une construction complexe, les revêtements, l'assemblage, les rayons lumineux obliques... tout peut contribuer à perdre de la lumière.

Et c'est d'ailleurs un problème tellement sensible que l'industrie du cinéma, pour éviter d'être confrontée à des problèmes de sous-exposition utilise plus volontiers cette notion de T-stop qui en somme est l'ouverture pondérée en fonction de la perte de lumière arrivant au capteur. 

Plus on ouvre, plus on perd ?

Le problème n'est pas tant cette perte, qui en soi est logique. Le problème est qu'elle toucherait des objectifs haut de gamme vendus pour de très grandes ouvertures. Imaginez dépenser beaucoup plus pour un f/1,2... qui transmet autant de lumière au capteur qu'un f/1,4 deux fois moins cher... 

Canon 50 mm f/1,2
Canon 50 mm f/1,2

Pour corser encore un peu le tout, cette perte de luminosité au capteur est pleinement dépendante... du capteur, et surtout de son pixel pitch. Plus il est petit, plus la perte est sensible. Le résultat final pour un même objectif peut donc varier. DxO Labs publie un graphique éloquent affichant la perte de lumière au capteur en utilisant un objectif f/1,2 Canon sur plusieurs boîtiers de la marque (bien que non cité, on peut imaginer qu'il s'agisse du EF 50 mm f/1,2L USM). Le résultat est effarant: sur un EOS 7D, la perte de luminosité est de l'ordre de 0,95 IL !!

DXO Marks perte luminosité en fonction de la taille des photodiodes

Canon EOS 7D
Le Canon 7D avec son capteur APS-C 18 Mpx ne semble pas à même de profiter de la généreuse luminosité du 50 mm  f/1,2...

Canon est égratigné.. mais n'est pas le seul. Un second graphique mesure cette fois la perte de lumière au capteur avec un objectif ouvrant à f/1,4 chez Canon et Nikon. Les anciens boîtiers des "jaunes" (D40, D50, D60, D70) ne sont pas à la fête et perdent près de 0,80 IL. Les meilleurs élèves étant en l'occurrence les boîtiers full frame, EOS 5D en tête. 
DxOMark différence de luminosité mesurée en fonction de la taille des photodiodes

On booste les ISOs l'air de rien... 

Mais le pire est encore à venir. D'après eux, pour masquer cette perte de performance, les constructeurs "boosteraient en douce" la sensibilité ISO pour que l'équilibre soit rétabli. Sans que le photographe n'en soit informé, cela va (presque) de soi. 

D'où de nombreuses questions: quid de la qualité de l'image si la sensibilité est augmentée à notre insu ? Mais le gros problème si la chose était confirmée, serait surtout celui de l'intérêt de dépenser plus pour un objectif à priori plus lumineux... et qui au final ne le serait absolument pas. 
Un débat passionnant, des mesures en labo qui font frémir tant le marketing semble parfois l'emporter sur la passion. 

> Lire la lettre ouverte de Luminous Landscape
> Le site DxOMark

Source : DxO Marks
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Polémique autour des optiques lumineuses



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