Le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. C'est peut-être ainsi qu'on pourrait commencer à raconter l'histoire d'Impossible Project. L'idée saugrenue et un peu folle d'une petite poignée d'ingénieurs de chez Polaroid qui, au moment ou l'iconique constructeur fermait toutes ses usines de films instantanés, ont décidé de racheter le dernier bâtiment qui leur permettrait de continuer à produire des films argentiques plus assez rentables.

Test, Impossible Project, films et boîtier Polaroid SX-70 reconditionné

Une courte histoire du Polaroid

Si aujourd'hui la firme américaine ne propose plus que des appareils instantanés ressemblant comme deux gouttes d'eau aux petits Instax de chez Fujifilm, c'est certainement parce qu'elle a failli sombrer dans la faillite il y a quelques années. Pourtant, la firme à l'origine de la photographie instantanée partait non seulement avec l'avantage de l'exclusivité, mais aussi avec un produit qui répondait à tout ce que souhaitait le consommateur : voir une photo à l'instant où elle est prise.

Edwin H. Land, père de Polaroid Corporation, avait rendu ce rêve réalité vers la fin des années 1940. Dans le documentaire Time Zero: The Last Year of Polaroid, Paul Giambarba, ancien directeur artistique de Polaroid, compare la compagnie à Apple. Mais alors que l'on pensait la compagnie pérenne, en 2008, Polaroid doit se résoudre à arrêter la production de ses films instantanés, mettant dans l'embarras des milliers d'utilisateurs.

C'est dans ce contexte que The Impossible Project est né. Réunissant d'anciens ingénieurs de la firme, avec en tête la recette approximative de la chimie des célèbres instantanés, le projet un peu fou a commencé au rachat de la dernière usine fabricant les films Pola.

Aujourd'hui, en plus des packs de films, Impossible Project restaure d'authentiques appareil de la marque Polaroid pour les proposer aux clients. Et pour ne pas tomber dans le piège de 2008, l'offre en termes de films s'est étoffée.

Un choix de films restreint

Impossible Project propose une variété intéressante de déclinaisons selon la colorimétrie ou la couleur des cadres. Mais la firme a dû faire des choix. Et parmi eux, celui de ne produire que des films 600, adaptés au Polaroid SX70, aux caméras Image/Spectra ou au format 8x10. Attention donc, vos vieux Polaroid ne pourront pas tous forcément resservir : vérifiez bien leur compatibilité.

Les formats sont peu nombreux mais les grains et effets, eux, le sont un peu plus. Couleurs dénaturées, noirs et blancs contrastés, cadres aux couleurs exotiques : Impossible Project affiche clairement la couleur.

Test, Impossible Project, différents films Impossible couleurs.

Test, Impossible Project, différents films Impossible
Test, Impossible Project, différents films Impossible
Une petite partie des différents films proposés par la firme américaine.

Les films testés

Si nous ne pouvons malheureusement pas tester tous leurs produits, nous avons eu la chance, grâce à Impossible Project, de pouvoir tester leurs films les plus classiques.

Avant de vous lancer

Attention, les films Impossible Project sont un peu délicats à appréhender. Disons-le d'emblée pour que la question soit réglée : quoi que vous photographiiez, dans la mesure du possible, utilisez le flash. Les images auront un meilleur rendu. Par ailleurs, ce point est précisé sur les boîtes de films, mais le développement est long : 30 à 40 minutes et doit se faire dans le noir. Utilisez donc soit un contenant hermétique à la lumière, soit la Frog tongue pour couvrir vos clichés d'une protection noire.

Avec le SX-70

Pour les deux cartouches ci-dessous, nous avons utilisé un Polaroïd SX-70 reconditionné par Impossible Project.

Test, Impossible Project, photo SX-70

Équipé de l'autofocus et de la correction d'exposition, ultra compact une fois replié, le SX-70 est certainement l'un des meilleurs modèles pour débuter avec le Polaroid. Il offre à la fois un design plutôt séduisant (coucou les hipsters !) et la simplicité d'utilisation qu'on attend d'un appareil instantané. Couplez-le au flash spécialement conçu par Mint Camera pour ce boîtier (et de ses deux filtres colorés) et vous pourrez dignement aller narguer les utilisateurs de Lomography.

Color Film for SX-70

Le premier film que nous testons est le Color Film for SX-70. Le pack de 8 poses, sensibles à 160 ASA, produit des images aux couleurs plutôt froides et à la dominante un peu jaune passé. Le rendu est bien contrasté.
Test, Impossible Project, Color Film for SX-70
Clichés du Jardin d'Agronomie Tropicale.

Test, Impossible Project, Color Film for SX-70

Sur ces instantanés, on voit bien que même si les images sont globalement nettes et correctement colorées, sur le dernier cliché, en plein milieu, un début de brûlure du film est visible. C'est un phénomène que l'on retrouve sur plusieurs tirages, peu importe le format ou le boîtier. Malgré ce petit défaut assez aléatoire, les instantanés sont de bonne qualité.

B&W 2.0 Film for SX-70

Avec le même appareil, nous avons pu tester les films noir et blanc génération 2.0 pour SX-70. Sur ce pack, malheureusement, malgré différents réglages de sous- ou surexposition, l'utilisation ou non du flash et une luminosité environnante variable, la majorité des clichés se sont révélés nettement surexposés. Erreur humaine ou matérielle ? Pour le moment, nous ne saurions vous le dire.

Test, Impossible Project films et boîtier Polaroid SX-70, exemples de Pola SX-70 noir et blanc
Les images de la BNF par temps ensoleillé. L'appareil n'était vraisemblablement pas habitué au beau temps parisien...

Avec un boîtier vintage : Color et B&W Film for 600

Avec notre propre boitier vintage, nous avons pu tester les films 600 noir et blanc ainsi que les films couleur.

Les films monochromes donnent un rendu contrasté assez agréable. Malgré cela, il vous faudra choisir une scène adéquate : là aussi, ils sont facilement sujets à la surexposition et vous pourrez obtenir des clichés assez plats en termes de contraste. À 20 € les 8 vues, la pilule est difficile à avaler.

Pour le film couleur en revanche, et bien qu'il m'ait claqué entre les doigts au moment où la première vue est partie, je suis un peu plus partagée.

Test, Impossible Project, exemples Impossible couleur 600
La toute première vue à droite (non, la logique n'a pas sa place dans un scanner) est donc sortie littéralement brûlée pour une raison qu'il nous est actuellement impossible d'identifier. Au final, les vues ont soit moyennement fonctionné, soit ont été un franc succès. Comme ce portrait (vous noterez que la présence charismatique du modèle n'y est pour rien... ou presque ?).


Conclusion

Test, Impossible Project films et boîtier Polaroid SX-70 reconditionné
De ces différents tests de films, on retiendra donc l'incertitude du résultat. Un nombre certain de photographies sont soit trop sombres, soit trop claires. Si quelques réglages peuvent être faits sur les boîtiers instantanés, ils n'ôtent rien au caractère aléatoire des vues chez Impossible Project. Ceci, ajouté à un temps de développement très long (peut-on parler encore d'instantané ?), m'a laissée perplexe face aux produits de la marque américaine.

Cette initiative de reconditionnement des boîtiers Polaroid est par ailleurs une excellente idée, cependant le prix reste assez dissuasif, tout comme celui des 8 vues par film instantané.

Mon petit cœur nostalgique reste conquis par cette madeleine de Proust photographique, mais de fait, "Impossible" est surtout l'adjectif qui me vient à l'esprit quand j'envisage le concept d'instantané à prix abordable.

> Le site d'Impossible Project
> "Time Zero: The last year of Polaroid" 

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