Visa pour l'image 2014

Quiconque vient à Perpignan découvrir le Festival Visa pour l'Image en ressort troublé. Et peut-être plus que d'ordinaire, avec cette 26e édition placée sous le signe de l'urgence. Urgence de montrer une planète à feu et à sang, mais aussi urgence d'appeler à l'aide pour sauver le photojournalisme.

Visa pour l'image 2014 © Chris Hondros / Getty Images
© Chris Hondros / Getty Images

Perpignan est le rendez-vous international du reportage photographique. En ce sens, ce festival est à la fois un condensé de l'actualité, de l'humanité et de l'engagement des photojournalistes.

Cette année, 26 expositions occuperont la ville jusqu'au 14 septembre, parmi lesquelles deux hommages à ceux qui prennent des risques au quotidien. Parfois trop. Le nombre de journalistes tués depuis le début de l'année est affolant, et le mois d'août a été particulièrement meurtrier avec 12 assassinats. Visa pour l'Image n'oublie pas. Chris Hondros, mort en Lybie en 2011 avec Tim Hetherington. Anja Niedringhaus, assassinée par un policier afghan en avril dernier...

Visa pour l'image 2014, Testament, hommage à Chris Hondros
L'hôtel Pams accueille « Testament », l'hommage rendu à Chris Hondros © Aurélie Coudière.

À parcourir le couvent des Minimes, principal lieu d'exposition de la ville, on ne peut que douter du concept de progrès de l'humanité, tant le panel des souffrances exposées est vaste. Ceux du Nord nous montre le travail de photographes vietnamiens d'il y a quarante ans, lors de cette sale guerre avec les Américains. Guillaume Herbaut rapporte les dernières images faites en Ukraine, il y a moins de deux mois. D'un siècle à l'autre, l'horreur ne faiblit pas. Et pourtant il faut regarder.

Visa pour l'image 2014 © Anja Niedringhaus / Associated Press
© Anja Niedringhaus / Associated Press

S'il y a un progrès, c'est celui de l'information, toujours plus rapide, et foisonnante.

Il est étonnant de constater qu'à l'heure où le fondateur du festival, Jean-François Leroy, déclare que « cette profession est vraiment mal barrée », il n'y a jamais eu autant de photographes sur le terrain. Jeunes et talentueux, ils manquent pourtant cruellement de soutien financier. Cette année, le festival tente cette année de mettre en place une nouvelle dotation avec le prix Camille Lepage. Un livre hommage à la jeune photographe de 25 ans, tuée en mai 2014 en République Centrafricaine, est en vente au prix de 10 €, pour récolter les fonds qui seront reversés l'an prochain à un(e) photographe. Le festival prouve une fois encore son rôle essentiel dans le soutien d'une profession menacée.

Visa pour l'image 2014, Ceux du Nord, © Maï Nam
L'exposition « Ceux du Nord » © Maï Nam.

Loin des procès d'intention parfois faits aux photojournalistes, et les accusant de nourrir une esthétique sans éthique, on ne peut que remarquer l'engagement d'hommes et de femmes déterminés à ramener les images qui témoignent d'un état de l'humanité aux quatre coins du monde.

La seule chose qui puisse interloquer c'est que le festival ne nous donne pas plus à voir l'autre aspect des choses. Car il existe aussi des reportages qui nous parlent de ceux qui reconstruisent, qui aiment, qui vivent au lieu de survivre. Ainsi, il n'est pas rare d'entendre quelques soupirs de visiteurs las des images de guerre. Mais peut-être cela n'est pas sans lien avec une actualité médiatique qui préfère souvent les perdants aux gagnants ?

Visa pour l'image 2014
Le Festival investit la ville jusqu'au 14 septembre © Aurélie Coudière.

Dans tous les cas, si cette rentrée vous le permet, courez à la rencontre de notre monde à Perpignan. Vous en ressortirez sûrement bouleversé, mais informé.


Visa pour l'Image
Festival international du photojournalisme

Du 30 août au 14 septembre 2014
Perpignan
Entrée gratuite, tous les jours de 10h à 20h.

> Le site du festival Visa pour l'Image


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