Le Grand Sud étasunien, fin des années 1950. Une Amérique profonde, à l'aube de la société de grande consommation que les artistes du Pop Art exploreront une décennie plus tard. Des banlieues, des voitures, des parkings, des supermarchés et, surtout, des objets du confort moderne comme s'il en pleuvait. Voilà l'environnement dans lequel William Eggleston découvre la photographie dans "une expérimentation démocratique" du médium.

William Eggleston, From Black And White to Color, exposition, Fondation HCB
Exposition William Eggleston, Fondation Henri Cartier-Bresson. © Aurélie Coudière

Le photographe à l'approche documentaire entend par là accorder droit de cité à tous les points de vue, qu'il soit celui d'une mouche au plafond ou d'un chien au sol. D'abord en noir et blanc, puis dans des couleurs denses et saturées propres au procédé d'impression Dye-Transfer, il photographie sans chercher d'élément narratif qui éloignerait la photo de sa réalité première : une reproduction partielle de sa réalité.

William Eggleston, Sans titre, (c) William Eggleston / Courtesy Eggleston Artistic Trust
Sans titre, c. 1970. © William Eggleston / Courtesy Eggleston Artistic Trust

Cela ne l'empêche pas pour autant une pointe d'ironie, notamment lorsqu'il saisit une habitante de banlieue tout de vert vêtue, juste devant des arbustes bien taillés qui la transforment littéralement en femme-buisson.

Mais cet héritier assumé de Cartier-Bresson ne traque pas véritablement l'instant décisif. Du grand maître humaniste, il retient le sens du cadre, qui l'amène peu à peu à tailler au couteau dans les scènes qu'il enregistre. Dans ses travaux en couleurs, on découvre de longues séries de lieux et d'objets où ses cadrages de plus en plus incisifs tendent vers l'abstraction des formes. Comme pour refuser de raconter plus que ce que seule la caméra enregistre.

William Eggleston, From Black And White to Color
Sans titre, 1960-1965. © William Eggleston / Courtesy Eggleston Artistic Trust

Ce n'est toutefois pas une vision déshumanisée de cette société en mutation qu'il recherche. Lui-même répondra que "les objets dans les photos sont naturellement pleins de la présence de l'homme."

Finalement c'est la modernité de sa photographie qui surprend le plus. Certains de ses clichés pourraient aujourd'hui être sur Instagram : beaucoup moins spontanés qu'on ne voudrait le croire, tout en formes et en couleurs, expressions d'un regard qui ne sait pas bien s'il a choisi d'être là mais qui, à défaut, enregistre et témoigne. Le tour de force de William Eggleston est d'avoir longtemps travaillé pour arriver à un style de photographie amateur, mais totalement maîtrisé. Il préfigurait en quelque sorte, et avec 40 ans d'avance, ce qui constitue une partie de la photographie contemporaine.

William Eggleston, From Black and White to Color
Jusqu'au 21 décembre 2014
Dans le cadre du Mois de la Photo
Fondation Henri-Cartier Bresson
2 impasse Lebouis, 75014 Paris
Du mardi au dimanche de 13h00 à 18h30, le samedi de 11h00 à 18h45 ;
nocturne gratuite le mercredi de 18h30 à 20h30.
Entrée : 7 € ; tarif réduit : 4 €

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> Le Mois de la Photo 2014


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