Associé à la programmation du Mois de la Photo 2014, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme propose jusqu'au 25 janvier prochain une importante rétrospective consacrée au photographe Roman Vishniac. Célèbre pour avoir documenté la vie des communautés juives d'Europe de l'Est sous le joug nazi, cet infatigable exilé a offert au patrimoine mondial un témoignage crucial sur l'histoire du XXe siècle.

Roman Vishniac, exposition au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Paris
Exposition Roman Vishniac au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme. © Aurélie Coudière

Pendant plus de 50 ans, de Berlin à New York en passant par Paris et l'Europe centrale, Vishniac n'a cessé de photographier le monde juif, dans ses souffrances et ses reconstructions. Né en Russie, il débarque jeune homme à Berlin en 1920, au moment même où s'instaure la République de Weimar qui annonce les années les plus noires de l'Allemagne, humiliée par sa défaite de 1918.

Dans ses premières photos berlinoises, Roman Vishniac pose un regard curieux et amusé sur tous les recoins de cette capitale qu'il découvre au fur et à mesure qu'il professionnalise sa pratique. Mais dès 1933, sa qualité de Juif lui interdit d'exercer en tant que photographe. Bien trop téméraire pour céder à la censure, il continue de déclencher dans la rue, prenant le prétexte anodin de photographier sa fille pour capturer le quotidien d'une ville en pleine métamorphose nazie.

Les années qui suivent sont celles de ses premières commandes officielles pour les associations juives au sein desquelles il s'était engagé à titre personnel. C'est un tournant décisif dans sa carrière, puisqu'il s'investit totalement pour le Joint, une organisation humanitaire juive pour laquelle il réalisera nombre d'images nécessaires à la lutte internationale contre l'antisémitisme. Ses images font le tour du monde pour témoigner des conditions de violence et d'insalubrité que subissent les Juifs à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Roman Vishniac, Mara, Berlin, 1933, photographie
Mara, la fille de Vishniac, posant devant un magasin spécialisé dans la vente d'instruments de mesure du crâne afin de distinguer les "Aryens" des "non-Aryens", Berlin, 1933.
© Mara Vishniac Kohn, Courtesy International Center of Photograph
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Le livre qui sera édité aux États-Unis près d'un demi-siècle plus tard, Un Monde disparu, est aujourd'hui un ouvrage iconique pour la communauté juive internationale. C'est l'un des très rares témoignages visuels d'une période charnière où des millions de familles ont été séparées et décimées. Voilà sans doute l'aspect le plus troublant de cette exposition, où les conversations des visiteurs à la recherche de lieux et de noms disparus rappellent la réalité de la Shoah.

Roman Vishniac, Marc Chagall, New York, 1941, photographie
Marc Chagall, New York, 1941. © Mara Vishniac Kohn, Courtesy International Center of Photography

Arrêté et interné trois mois dans un camp de détention d'Indre-et-Loire, Vishniac parvient à être libéré pour rejoindre sa famille et s'exiler à New York en décembre 1940. Commence alors une seconde période dans sa photographie, celle où il dresse le portrait du monde artistique et intellectuel new-yorkais constitué par une vague d'immigrés juifs européens.

Roman Vishniac, Sara, Varsovie, circa 1935-1937, photographie
Sara, assise sur le lit dans un logement en sous-sol, des fleurs peintes sur le mur au-dessus d'elle, Varsovie vers 1935-1937. © Mara Vishniac Kohn, Courtesy International Center of Photography

L'exposition rend hommage à un photographe prolixe dont un nombre impressionnant de clichés sont longtemps restés inconnus du grand public. Si la répétition des images de propagande juive, aussi légitime soit-elle, peut lasser, il n'en reste pas moins que l'homme inspire profondément le respect pour son opiniâtreté et son engagement envers les siens. Son besoin de sans cesse photographier était peut-être sa manière de résister au fascisme ; sa plus grande réussite est le legs qu'il fait à l'Histoire, en témoignant sur une sombre période que certains voudraient effacer.

Roman Vishniac. De Berlin à New York, 1920-1975
Jusqu'au 25 janvier 2015
Exposition réalisée avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah
Dans le cadre du Mois de la Photo 2014
Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
71, rue du Temple, 75003 Paris
Du lundi au vendredi de 11h à 18h, dimanche de 10h à 19h,
nocturne jusqu'à 21h le mercredi
Entrée : 7 € ; tarif réduit : 4,50 €

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