Mois de la Photo 2014 - La Maison européenne de la photographie présente De faux horizons, une large exposition consacrée au dernier opus de l'espagnol Alberto Garcia-Alix, à la frontière du rêve et de l'abstrait.

Alberto Garcia-Alix, De faux horizons, exposition, Maison européenne de la photographie
Exposition "Alberto Garcia-Alix - De faux horizons", MEP. © Aurélie Coudière

Format carré, noir et blanc, la forme reste pure dans cette déambulation au cœur "d'une vie d'inquiétude et d'angoisse", telle que la nomme l'artiste lui-même dans le film qui accompagne les tirages. Qu'il photographie la ville ou ses natures mortes, tout n'est que jeux d'ombre et de lumière, au point de frôler parfois l'abstraction.

Pourtant, il n'est nullement question de désincarnation ici. Ville ou oiseau, tout est personnifié dans ses légendes éloquentes où surgit toujours la poésie. Un dos tatoué et scarifié devient Cicatrices d'un ange, et des murs qui se dressent dans le ciel sont tour à tour une Ville oubliée par elle-même ou Pas de concierge ni de voisin. Ces mots qui se posent sur les photographies sont bien la porte d'entrée dans l'intimité du monde mélancolique de Garcia-Alix. L'abstraction ne dure pas là où le photographe se fait narrateur.

Alberto Garcia-Alix, Autoportrait à Formentera, photographie
Autoportrait à Formentera, 2010 © Alberto García-Alix
Courtesy the artist, Kamel Mennour (Paris) and galería Juana de Aizpuru (Madrid).

Mais Garcia-Alix est toujours sur le fil, à la frontière entre rêve et réalité, entre tristesse et ironie. De faux horizons, le titre de l'exposition, laisse songeur face à la sincérité des postures. Prenez cet Autoportrait caché dans ma peur où le soleil découpe la silhouette de l'homme derrière des canisses. Quelle est cette peur qu'il avoue si frontalement à son public ?

Alberto Garcia-Alix, Caché dans ma peur, photographie
Caché dans ma peur, 2009 © Alberto García-Alix,
Courtesy the artist, Kamel Mennour (Paris) and galería Juana de Aizpuru (Madrid).

Au milieu d'une salle réservée aux portraits, les regards des sujets sont tellement intenses qu'on navigue constamment entre un sentiment de connivence avec eux et la sensation dérangeante de se faire interpeller par chacun de ces personnages atypiques. Pour nous dire quoi ? Ce que les yeux ont à dire. Le titre du portrait d'une corneille dont les yeux disparaissent dans le noir de son plumage. De quoi méditer sur notre aveuglement à voir de faux horizons.

De faux horizons, Alberto Garcia-Alix
Jusqu'au 25 janvier 2015
Dans le cadre du Mois de la Photo
Maison européenne de la photographie
5-7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45.
Entrée : 8 € ; tarif réduit : 4,5 €
Entrée libre le mercredi de 17h à 20h

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