Une journée. Une toute petite journée. C'est le temps qu'il reste pour aller "rencontrer" le monde d'illusions et singulier que Joachim Mogarra nous faire partager, à travers ses images. Celles-ci empreintes d'une grande liberté, allient le double-sens des mots et le théâtre de l'absurde, évoquant à sa manière une histoire de l'évolution des usages photographiques.

Joachim Mogarra

"Mais où donc est passé Joachim Mogarra, cet imprévisible artiste, ce poète des objets du quotidien, cet historien moqueur des grands textes classiques, démiurge à ses heures, enfant perdu dans le monde des adultes, magicien manipulateur qui cueille pour nous des images insolites ? Je l'avais quitté côtoyant Dante et, faute de pouvoir lui parler depuis quelques jours, je crains qu'il ne soit allé rejoindre Lamartine sur le chemin des souvenirs, non pas celui des paysages chéris mais plutôt celui des jeux de mots et, oserais-je le dire, celui des jeux de rôles.

À son habitude son postulat artistique s'appuie sur un élément du réel, l'appareil photographique, dont il met l'image en abyme : outil de prise de vue qui occupe tout le champ visuel, l'appareil se trouve ainsi confronté à lui-même ; puis tel un génie de la publicité, Joachim élabore soigneusement avec des rehauts de peinture le rough, l'esquisse, de ce qui deviendra sans aucun doute une proposition industrielle très personnelle.

On retrouve alors le Mogarra qui joue sur le double sens des mots, dessinant un rideau d'obturateur aussi fleuri et soigné qu'un voilage de cuisine populaire ou dénommant Redoutable, du nom du fameux sous-marin français, le Foca Sport tout juste immergé, puis invente des situations insolites qui lui permettent de transformer le polaroïd en trancheuse de mortadelle ou en piste de saut à skis pour morpions, respect pour l'échelle oblige.

Sans avoir l'air d'y toucher, il y mêle alors des réflexions plus profondes qu'il n'y parait sur l'économie, avec cet appareil africain fabriqué, comme tant d'autres objets quotidiens, à l'aide de boîtes de conserve, ou sur la géo politique lorsqu'il s'exerce à photographier l'appareil Lubitel, fameux produit soviétique, frappé de l'étoile rouge ou du couteau suisse, selon la nationalité de son propriétaire ou encore sur la sociologie avec sa description de l'appareil des vacanciers qui, depuis 1936, bénéficient des congés payés.
                                  Joachim Mogarra
S'il convoque l'Histoire, la grande, celle que les photojournalistes décrivent avec leurs appareils au fil des guerres au milieu des barbelés, Joachim demeure néanmoins sensible à l'histoire de l'art qu'il explicite avec une version contemporaine de la camera obscura, à moins qu'il ne s'agisse du mythe de la caverne, et je ne peux m'empêcher de rapprocher La Chambre des réflexions que Brassaï a conduites sur la photographie de nuit à la lumière des phares, avec son Rolleiflex... Et voici dépeinte, à petites touches, sans avoir l'air d'y toucher, comme autant de natures mortes de petit format que l'on conserverait dans un cabinet de curiosités, l'histoire d'un art qui a révolutionné notre manière de regarder.
                               Joachim Mogarra
Puis l'historien se mue soudain en savant praticien affichant, en grande dimension, la nomenclature de tous les produits que notre gourmandise et nos mauvaises habitudes alimentaires nous font consommer jusqu'à l'excès. Mais l'artiste-praticien souhaite nous ouvrir les yeux devant ces calories qui nous tuent : chacun des éléments, présentés hors échelle sur un fond neutre pour mieux en isoler le caractère pernicieux, est exhibé de manière triviale comme un antidote à nos appétits inconsidérés. Ainsi à la sophistication de la prise de vues s'oppose l'humour grave du propos. Mais peut-être Joachim est-il déjà parti exécuter d'autres tours de magie." (extrait)

                                                                                                                          Agnès de Gouvion Saint-Cyr

Courtesy of Joachim Mogarra & Galerie G-Philippe & Nathalie Vallois, Paris
                                                                                                

Galerie G-Philippe & Nathalie Vallois
36, rue de Seine - 75006 Paris
jusqu'au 3 mars 2012
www.galerie-vallois.com



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