Quelques jours après la semaine d'inauguration des Rencontres d'Arles, nous avons pu poser quelques questions à John Davies sur son rapport au noir et blanc, auquel il a consacré la grande majorité de son œuvre.

John Davies aux rencontres d'Arles

Focus Numérique : Pourquoi travaillez-vous en noir et blanc ?


C'est difficile de répondre de façon claire à cette question, car j'y ai plusieurs réponses. Tout d'abord, depuis la révolution du numérique, je ne photographie pas toujours en noir et blanc, car la couleur est devenue beaucoup plus aisée à contrôler. Par ailleurs, la couleur peut souvent être une distraction formelle des éléments importants présents à l'image. Si les couleurs ne sont pas particulièrement signifiantes, alors je préfère faire une image en noir et blanc.

Certaines des photos de l'exposition d'Arles ont été faites à la fois en couleur et en noir et blanc. Mais la plupart du temps, je préfère choisir avant, de les faire d'une façon ou d'une autre. Les images du festival ont été sélectionnées par François Hébel [le Directeur du Festival, ndlr] et il recherchait alors spécifiquement des photos en noir et blanc pour s'inscrire dans la thématique du festival. Je suis connu pour mon travail en noir et blanc et il a pour moi une force, que peut-être les séries en couleur n'ont pas.

Focus Numérique : Mais le noir et blanc représente-t-il pour vous une forme d'abstraction ?

Non, pas du tout ! Ce qui m'intéresse c'est d'observer les problématiques et les idées liées à un territoire ou un paysage. Plus précisément de retrouver la puissance d'un espace, quelque chose du pouvoir naturel des éléments : le climat interagissant avec le paysage, le pouvoir de générer une richesse matérielle d'un paysage, les investissements qui y sont faits, l'industrie ou l'aquaculture...

John Davies
© John Davies (& date)

Même si j'ai un style pictural, j'aime l'idée de rendre un paysage romantique dans une situation non romantique. C'est donc une matière théorique qui m'intéresse en général, bien plus que la couleur des éléments. Je m'intéresse au constat des choses plus qu'aux couleurs. Je ne cherche pas à créer des images sensuelles où les couleurs pourraient dominer l'image. Parce que là où intervient la couleur, cela devient plus abstrait, je trouve.

Focus Numérique : Est-ce qu'avant de déclencher, vous prévisualisez votre image en noir et blanc ?

Oui, je vois avant tout dans ma tête la photo tirée en noir et blanc. Ça me donne des indications techniques. J'ai passé plusieurs années à étudier et tester les différentes techniques d'impression et je tire moi-même mes photos selon mes propres méthodes. Donc je regarde ce que je vois et j'essaie de le transformer en une image imprimée en noir et blanc. Ce qui amène beaucoup de problèmes techniques, car les films noir et blanc ne rendent pas exactement le spectre des rayons que l'œil humain voit. Par exemple, la plupart des films noir et blanc sont bien plus sensibles au spectre des tonalités bleues. Donc pour corriger cela et correspondre davantage à ce que je vois, j'utilise des filtres jaunes à la prise de vue.

Focus Numérique : Avec quel appareil photo travaillez-vous ? Est-ce que le noir et blanc est forcément associé à l'argentique ?

J'ai utilisé des appareils photo différents au cours de ma carrière. Mes premiers travaux ont été réalisés avec un appareil argentique moyen format au négatif de 6x9 cm. Mais en général, je travaille avec un format de 4x5 et je recadre en pour obtenir un format paysage dans un ratio de 2x3.

Focus Numérique : Vous réalisez vous-même vos tirages. Quelles techniques utilisez-vous ?

Mon souci principal reste d'obtenir une image de la meilleure qualité qui soit. J'utilise donc toujours les méthodes traditionnelles argentiques pour tirer mes images en noir et blanc. J'ai fait des tests d'impressions avec les techniques récentes, mais je n'ai pas été satisfait du résultat. Et en effet, je n'ai jamais vu d'image faite avec des tirages jets d'encre qui ait pu atteindre la qualité d'un tirage argentique classique. Tant que le numérique n'aura pas progressé davantage en noir et blanc, je continuerai de travailler de manière traditionnelle. Mais pour la couleur, j'utilise un appareil photo numérique et des impressions type jet d'encre.

John Davies
© John Davies (& date)

J'utilise mes propres méthodes de développement pour obtenir un maximum de détails du négatif, notamment les hautes et les basses lumières. Il y a tellement de façon de tirer un négatif ! Or, de plus en plus, les laboratoires se sont convertis au numérique. Mais j'aime tout contrôler dans mon image finale, car je sais ce que je veux. Si quelqu'un d'autre gère mes tirages, alors je ne sais jamais ce qui aurait pu être amélioré. Si je travaille moi-même la matière, j'en saisis bien mieux les limites.

Focus Numérique : Qu'est-ce que vous retenez de votre passage au Festival des Rencontres d'Arles ? C'est un plaisir de pouvoir rencontrer votre public autour de votre travail ?

Oui, totalement, spécialement lorsque les gens vous disent qu'ils apprécient votre travail. Ça fait du bien à l'ego !
Tout comme les précédentes fois où jetais venu aux Rencontres, c'était une belle opportunité de rencontrer de nouvelles personnes, revoir des vieilles connaissances et multiplier les contacts. Particulièrement cette année, où mon travail est exposé. J'ai aussi attiré un public plus large que d'habitude et reçu un retour positif des visiteurs.

Focus Numérique : Avez-vous senti une curiosité particulière à l'égard du noir et blanc ?

Non, les gens acceptent ce qu'ils voient. Personne n'a suggéré que je pouvais faire autre chose que du noir et blanc. En partie parce que j'ai une habilité particulière à travailler le noir et blanc. Quand je prends mes photos, je peux anticiper ce qui fonctionnera ou non en noir et banc. Mais je trouve que d'une façon générale, les gens aiment l'image.

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John Davies, la puissance du noir et blanc



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