L'une des expositions phares de ces rencontres est probablement celle de Jacques Henri Lartigue. Ces photos, vous les connaissez surement ! Des gens élégants, des sauts, des voitures, une certaine joie de vivre.

Jacques Henri Lartigue

De1894 à Courbevoie, à Nice en 1986, la vie de Jacques-Henri Lartigue fut pratiquement 92 années consacrées à la photographie. 

À l'âge de 4 ans, il invente le « piège d'œil, » un jeu inventé de toutes pièces par lui, comme seuls les enfants peuvent le faire. Ce jeu consiste à ouvrir les yeux, puis à les refermer, à tourner une fois sur soi-même et hop, voilà l'image attrapée avec les sons, la musique, l'amour ! Sorte de dispositif capable de prendre les visions au piège, comme les prémices de sa vocation de photographe. Un peu plus tard, il remplacera ce jeu permettant de capter tout le vivant de la vie à l'aide de trois moyens d'expression liés intrinsèquement à son mode de vie. La photographie, l'écriture et la peinture.

« Ni peintre, ni photographe, ni écrivain, je suis les trois », comme il aimait à se définir à qui lui posait la question.

À 6 ans, il emprunte l'appareil photo de son père afin de pallier à l'instabilité de la mémoire du piège d'œil, et commence à photographier son entourage. Deux ans plus tard, son père lui offre son premier appareil photo, tournant décisif dans son enfance, car ne se contentera pas que de faire des photos, mais les développera lui-même, pour ensuite les mettre en page dans des albums.

De manière obsessionnelle, il retranscrira par écrit et en image tous les moments de sa vie qu'il n'aura de cesse de compiler dans ces albums, au total plus d'une centaine. Comme une nécessité, une obligation imposée par la hantise de perdre ces instants de bonheur simples, Lartigue semble attaché à la fragilité du bonheur, à l'éphémère des choses, du mouvement et obsédé par le temps qui passe.

Jacques Henri Lartigue

Il est élevé dans un contexte de vie très privilégiée (les Lartigue sont une des premières fortunes de France), sans école, sans contrainte, sans guerre. La figure paternelle non conformiste, lui enseigne ainsi qu'à son frère, Sizzou, la faculté d'être heureux.

Et en ce début du XXe siècle où l'invention de la vitesse, du vol est à son apogée, Jacques-Henri Lartigue et son frère se prêtent à toutes sortes d'expérimentations, jouant avec les lois de l'apesanteur, de l'eau. C'est ainsi que voitures en marche, avions en vol, sauts au-dessus d'escalier, plongeons dans l'eau sont les sujets favoris de son univers. Ces petits moments de la vie, tels que les promenades sur la plage, les départs en vacances, les amis, la famille, les activités sportives, seront immortalisés dans une chronique familiale compulsée dans ces albums de famille remaniés en permanence.

Jacques Henri Lartigue

De Paris à Royan, de Biarritz à Chamonix en passant par Tolède, que de lieux propices aux instants de joie en compagnie de Véra, Renée, Florette, Bibi son épouse. La photographie chez Lartigue prend tout son sens, car elle est le moyen d'enregistrer, de capter cette instantanéité pour en créer un arrêt sur image.

Au fil du temps, un de ses sujets favoris s'affirme : les femmes. Surtout sophistiquées, maquillées. Jacques-Henri Lartigue photographie en amoureux cette sensualité offerte. Un dos, des mains, un profil au chapeau, une femme au teint hâlé au retour de plage, c'est une féminité sublimée toute intimiste, qu'il nous ai donné de voir dans ses clichés.

Quand il n'était pas derrière son appareil-photo, Jacques-Henri Lartigue s'adonnait à la peinture. Après une formation à l'Académie Julian à Paris à partir de 1915, la peinture et la photographie seront à tour de rôle ses moyens d'expression, toujours accompagnées par l'écriture, médium indispensable à la retranscription de ce réel en perpétuelle mouvance.

Installé avec sa troisième épouse Florette, dans le sud de la France, il fait en 1955 le portrait de Jean Cocteau et Pablo Picasso.

Jacques Henri Lartigue

Cependant souhaitant être reconnu par sa peinture, c'est en 1963 que Jacques-Henri Lartigue devient célèbre à l'âge de 69 ans mais pour sa photographie. Celle-ci pratiquée avec une grande assiduité, n'était pas pour Jacques-Henri Lartigue vouée à être montrée au public. C'est John Szarkowski, alors tout jeune directeur du Département des photographies du Museum of Modern Art à New York, qui s'émerveille sur cette pratique photographique intimiste et conçoit une exposition avec 43 des 100.000 clichés faits tout au long de sa vie.

« Il percevait ce qu'il y a de passager dans les images créées par des accidents de formes qui se chevauchent, de formes qui sont interrompues par le bord de l'image, impossible à répéter. Voilà l'essence même du regard photographique moderne : ne pas voir les objets mais la projection de leurs images. » John Szarkowski.

La même année, Life lui consacre un portfolio, faisant de lui du jour au lendemain, l'un des grands noms de la photographie du XXe siècle, lui qui s'imaginait peintre.

Jacques Henri Lartigue

S'ensuivent nombre d'expositions, d'ouvrages dont Diary of a Century « Instants de ma vie » conçu par Richard Avedon. En 1979, Jacques-Henri Lartigue décide et signe l'acte de donation à l'état français de son œuvre photographique, à savoir les 135 albums, l'intégralité des négatifs, l'ensemble des appareils photographiques. « C'était devenu inextricable, ces deux chambres entières bourrées de photos, j'avais peur des cambrioleurs, et j'avais peur qu'après ma mort on disperse cette collection. Il fallait que ça soit complet, tout depuis 1902 ».

Regarder les photographies de Jacques-Henri Lartigue c'est feuilleter le livre d'une vie oisive, heureuse où tout n'est qu'insouciance et liberté totale, bien loin des agressions de l'existence. Seules traces de tourment, les notes manuscrites dans ses albums qui étaient teintées parfois/ souvent d'une certaine mélancolie. L'art photographique de Jacques-Henri Lartigue est de par son étendue, une chronique illustrée de la vie moderne au plus près de l'intime sur près d'un siècle.

Retrouvez l'exposition de Jacques-Henri Lartigue à Arles dans l'église des Trinitaires. Cette exposition est réalisée en collaboration avec la donation Jacques-Henri Lartigue.

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