Betty 1988 © Gerhard Richter 2012

Une fois n'est pas coutume sur Focus Numérique, il est question aujourd'hui de peinture, celle de Gerhard Richter. La rétrospective « Panorama » présentée cet été au Centre Pompidou, nous montre à quel point dans le travail de Richter, la peinture est indissociable de la photographie.

Né en 1932, à Dresde ville martyre de l'Allemagne de l'Est, il suit des études classiques imposées par la rigueur du réalisme socialiste, mais y découvre ainsi les grands maîtres de l'Histoire de l 'Art. 1961 le voit passer à l'Ouest et avec ce nouveau départ, débute son œuvre complexe, magistrale et diversifiée.

Gerhard Richter
Lys (lilien) 2000 © Gerhard Richter 2012

Richter est l'un des artistes qui a traité avec le plus de pertinence et d'acharnement la question posée à la peinture par la multiplication de l'image, qu'elle soit arrêtée comme la photographie ou en mouvement comme le cinéma. L'artiste est d'abord fasciné par la capacité photographique de reproduire les œuvres des maîtres anciens. Puis intègre des photographies de magazines, de journaux, d'albums de famille prises par lui.

Cependant, à l'époque il n'est pas seul à détourner des photographies. Mais à l'encontre d'Andy Warhol, Gerhard Richter, par une expression employée ironiquement pour désigner son travail « Le réalisme capitaliste », combine sa préoccupation du quotidien dénué de fioriture, de superflu.

Sa technique devient sa marque de fabrique. L'effet flou, velouté de ses très grands formats qui transpose la photographie en une peinture où l'acuité visuelle est déstabilisée. Cette force et cette portée visuelles sont renforcées par ces teintes de gris vertigineusement profondes.


Vue de l'exposition "Panorama" © Katia Cordova

Cet usage du flou joue sur la question de la mémoire. Qu'est ce que le flou ? Une modification d'une image, une attaque contre sa clarté visuelle ? Devant ses toiles, le spectateur ressent comme une perte de l'équilibre, écrasant notre rapport perceptif au monde, comme si nous n'arrivions pas/ plus à faire la mise au point.
Pour Gerhard Richter, le flou est la métaphore parfaite de la mémoire collective, de sa dégradation, de son vacillement. Mais il lisse et égalise aussi, induisant ainsi une certaine ambiguïté délibérée.


Vue de l'exposition "Panorama" © Katia Cordova

Richter est sans conteste le peintre de l'intime et du collectif. En peignant ses proches, Richter mêle l'intime et le collectif. Le collectif, ce sont les images de paysages traités de manière quasi romantique de lieux qui ont tenté de panser les plaies des bombardements. Le collectif c'est aussi la mort des leaders de la bande à Baader en 1977. Mais c'est aussi un peintre d'histoire, engagé, dans son époque.

Vanités, paysages, portraits, mère à l'enfant, marines...avec son répertoire, Gerhard Richter nous fait traverser l'Histoire de l'Art à sa manière.
« Panorama » d'un réel irreprésentable, car au fond il nous échappera toujours.

Gerhard Richter « Panorama »
Centre Pompidou du 6 Juin au 24 Septembre 2012
Horaires : 11h-21h | fermé le mardi
Tarifs : 13€ plein tarif | 9€ tarif réduit
www.centrepompidou.fr



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