"La photographie, c'est le regard. On l'a ou on ne l'a pas"
"La belle image, c'est une géométrie modulée par le coeur"
"Cadrer c'est inclure, mais c'est aussi exclure"

Voilà, Willy Ronis nous a tout dit. En trois phrases, bien visibles sur les murs de l'Eglise Saint-Anne où sont exposées les images de l'exposition hors les murs du Jeu de paume, le photographe a tout dit sur son oeuvre et sur la photographie en général. Une belle exposition qui reprend donc une partie des images proposées dans la rétrospective du musée parisien.

 Willy Ronis 1   Willy Ronis 2

Amateur de classicisme, rendez-vous donc à Arles où Willy Ronis y a établi ses quartiers d'été. Et du classique, au milieu de la programmation "Nan Goldienne", ça repose les yeux.

Le lieu, superbe, magnifie encore plus les images. La scénographie est simple, chaque nef accueille une sélection d'images choisies parmi les plus connues. Je suis un grand fan de ce classicisme, mais j'aurai aimé voir quelques inédits. J'imagine qu'en 99 ans, M'sieur Ronis n'a pas fait que la cinquantaine d'images exposées. J'aurai aimé voir quelques images en couleur, même si ce ne sont pas ses plus réussies, mais une rétrospective n'est-elle pas sensée retracer l'ensemble de la carrière de l'artiste ?

Le coeur est réservé aux images les plus connues, dont les amoureux de la Bastille ou le petit garçon au pain parisien.
Enfin, une nef est réservée aux derniers travaux de l'artiste, des nus, quand celui-ci ne pouvait plus arpenter les rues de Paris. On retrouve le célèbre nu provençal, le nu à Djerba ou un autre modèle rencontré dans une soirée, dont il trouvait le corps "harmonieux", et qui a bien voulu monter dans sa chambre pour faire des photos. J'ai tenté le coup en sortant de l'expo, avec une fille à la terrasse d'un café, mais sans succès. C'est peut -être parce que je suis à l'Etap Hôtel...

En dehors de cette exposition, l'évènement était bien entendu la venue du maître himself. Arrivé pile à l'heure, en chaise roulante, par une chaleur étouffante (nous étions pourtant dans une église, ce n'est plus ce que c'était...), il nous a offert pendant 1h30 un cours magistral sur sa vision de la photographie, et une explication ultra détaillée de quasiment l'intégralité des images présentées. À 99 ans, cette performance mérite une ovation, qu'il avait d'ailleurs reçue la veille lors de la projection Rapho au théâtre antique.

Si vous appréciez ce genre d'exercices (le photographe qui vous explique, rien qu'à vous, ces images... Il faut suivre un peu...) courez vous procurer le livre Derrière l'objectif, du même Willy Ronis. Avec une photo par page, et classé en grands thèmes qui selon lui font une bonne photo (le hasard, l'attente, la provocation...), le photographe revient sur un grand nombre de ses images et en explique la genèse.

 
Willy Ronis 3

Willy Ronis 4

Autre exposition à voir, celle de Brian Griffin. Le photographe a le droit à une exposition rien que pour lui. Une rétrospective sous forme de diaporama (réalisé par la très bonne société Le tambour qui parle, qui réalise toutes les soirées de projection), une présentation du travail The water people et de Team, the people who built the channel rail link. Autant vous le dire tout de suite, c'est assez inégal.

Commençons par le moins bon. The water people. Ce travail a été commandé par la Reykjavik Energy, une société islandaise d'énergie géothermale. Ils se sont dit, "tiens, on va se payer un grand nom pour faire notre promotion, ça sera forcément bien". Loupé. L'idée, pas forcément mauvaise au départ, était de mêler des portraits (le domaine de prédilection de l'intéressé) avec des effets d'eau. Pourquoi pas. Nous sommes une société d'énergie géothermale, nous sommes à votre service, nous utilisons l'eau, nous travaillons pour vous, mélangeons les deux, mise en abîme, bla bla bla... Réalisé grâce à une plaque de verre placée devant les modèles et sur laquelle on fait couler de l'eau, l'effet est complètement foiré. Et en plus il leur a fait construire une machine spéciale. Ca ressemble a du mauvais photoshoppage, du genre de celui-ci réalisé en 1991. Oui oui souviens-toi, toi qui travaillait avec Photoshop 2.0, avec le petit logo d'oeil en noir et blanc, et qui usait à fond du filtre aquarelle. La fonction Tracés venait de faire son apparition, et tu te permettais de détourer ta femme pour l'inclure dans un beau paysage ensoleillé. (attention c'est la partie un peu technique de cette news...). Et bien là c'est pareil. En pire. Dommage, car les portraits étaient plutôt réussis. (Et ne va pas voir son site, au risque de perde la vue, c'est tout plein de gif très eighties...). En revanche, les paysages sont sublimes, pleins de poésie, très islandais. Un bon Sigur Ros dans les oreilles et on y est (j'ai testé et ça marche...).

Water People 1   Water People 2

Water People 7  Water People 4

Les portraits, c'est quand même son truc à Brian Griffin. Et il le fait bien. Pour preuve, son magistral travail sur les travailleurs qui on fait le tunnel sous la manche. À la base, c'est quand même du corporate, donc pas très glamour, mais il arrive à en faire des portraits soit pleins d'humour et décalés, ou des tableaux à la manière des peintres flamands, comme les grands patrons , qui semblent comme descendus de leur piédestal. Un travail bien mis en valeur par une scénographie tout en rondeur et en courbes, comme un nu de Willy Ronis tiens.
Brian Griffin 1

Astuce de Père Castor #1 : Si vous faites un tour par Arles cet été, pensez à prendre votre lotion anti-moustique, la bêbête arlésienne est très coriace...

À la demande générale des membres du forum (enfin les trois qui ne sont pas encore en vacances ;-) : vois les différents tarifs d'entrée :



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