Aujourd'hui, notre coup de coeur revient incontestablement à Duane Michals. Nous ne nous improvisons pas découvreur de talents, le garçon est connu et reconnu. Mais l'exposition présentée au Palais de l'Archevêché nous a séduite Les histoires illustrées sous forme d'enchaînements de photos racontent chacune un moment de vie. La simplicité est de mise, mais chacun y retrouve un petit bout de lui, un instant vécu, à la manière d'une chanson de Vincent Delerm. Voilà, c'est ça, les photos de Duane Michals sont des chansons. Un début, un milieu, une fin. Une histoire complète. Des chansons découpées en moments, en instants. Pas forcément de rythme, parfois juste une ligne droite. Avec chaque série, un titre, parfois une légende ou un court texte, toujours écrit à la main. Cette personnalisation rapproche encore plus du journal intime. Et les thèmes abordés touchent au plus profond de l'intime : "The journey of the spirit after day" et "The spirit leaves the body" nous confrontent à la mort, "The man who lied to women" à la séduction, "The return of the prodigal son" à l'héritage, "Choma meeting" aux rencontres, et il en est ainsi de toutes les séries.

Duane Michals#1

Et puis il y a les autres images, qui du coup apparaissent un peu plus classiques, mais qui ont quand même leur charme. Un autoportrait  surprenant "Selfportrait with feminine beard", qui superporpose un autoportrait de l'artiste et une image de pubis féminin, des portraits tous différents et singuliers, car bien représentatifs de l'univers de la personne photographiée : Jeanne Moreau en petit être paumé dans un escalier, Andy Warhol en bonhomme qui devient petit à petit f(l)ou, Tenesee Williams presque imperceptible, René Magritte ne faisant qu'un avec son chapeau melon...

Vous l'aurez compris, c'est bien l'exposition à ne pas louper pour l'instant à ces Rencontres. Et attention les amis, jeudi soir a lieu une projection spéciale Duane Michals au Théatre Antique. Procurez-vous donc immédiatement un billet de train, rien que cette soirée risque de valoir le déplacement, avec bien évidemment la soirée de clôture et l'ENORME diaporama de 50 min et 700 photos de Nan Goldin, patronne de ces 40e Rencontres.

Duane Michals#2

Vous vous demandez certainement (ou pas, chacun ses préoccupations après tout...) si il est intéressant de faire une visite d'exposition en compagnie du photographe. Et bien je vous dirais que tout dépend du photographe. Les Rencontres d'Arles ont eu la très bonne idée d'inviter Nan Goldin et les 13 photographes qu'elle a selectionnés à venir présenter leur travail. La présentation devant durer 1h30, on se dit déjà que ça risque de faire court pour laisser s'exprimer 13 photographes. Première annonce, Nan Goldin sera peut-être présente... ou pas. On prétexte une grande modestie qui l'incite à laisser la place et tous les honneurs aux "petits" photographes qu'elle a gentiment accueillis. Ou bien est-ce la trop grande chaleur qui régnait dans les ateliers SNCF qui a guidé sa décision. Les personnes qui ont payé leur billet pour cette exposition, et sont venues exprès pour l'entendre s'exprimer et nous exposer sa vision de la photographie doivent apprécier... La photographe nous a quand même fait l'honneur de sa présence à la fin de la présentation, et cela valait vraiment le coup de rester, tant sa vision de la photographie et de la vie est singulière. La plupart des photographes s'exprimant en anglais, l'organisation a la gentillesse de nous proposer une traduction grâce à des casques...qui ne fonctionnent pas. Entre la chaleur, la non-présence initiale de Nan Goldin et les casques de traduction qui ne fonctionnent pas, la grande foule présente au départ a vite diminué.
Surtout que les premières présentations ne donnent vraiment pas envie de rester. Un bon photographe n'est pas forcément un bon pédagogue. Même quand il s'agit de parler de son oeuvre.

Avec JH. Engström, cinq minutes top chrono. Un petit résumé de ce qui est déjà écrit sur la plaquette de présentation, 2-3 questions et au revoir m'sieur dames. Je suis un artiste moi, si vous ne comprenez pas mon art, pas besoin de vous l'expliquer, tant pis pour vous. Ah bah oui mais alors pas besoin de présentation alors... Pourtant, dans les ersatz de Nan Goldin que celle-ci a choisi de nous présenter, c'est peut-être celui qui méritait le plus d'attention. Avec sa série Wells, le suédois nous entraîne dans son quotidien, de sa femme enceinte, nue jambes écartées, à son accouchement en quasi live, hémoglobine et placenta en gros plan. En dehors de cette vision crue, dérangeante et provocatrice, il reste des images plaines de poésie, des portraits de sa compagne d'une grande vérité et emplis d'émotion.


Nan Goldin arles 2009


Leigh Ledare est un peu plus bavard, et il en faut des explications pour comprendre ce qui l'a amené à photographier sa mère, ou plutôt la sexualité de sa mère. Toute la sexualité de sa mère. Cette nécessité lui est apparue le jour où sa mère est venue lui ouvrir complètement nue, et l'a amené dans sa chambre ou son dernier amant dormait encore nu, allongé sur le lit. monsieur Freud, on a besoin de vous, on a un petit problème avec le petit Leigh. De puis ce jour, il suit sa mère quasiment au jour le jour pour nous exposer une exploration brutale et intime de sa relation ambigüe avec sa mère. L'élève (Leigh Ledare) a dépassé le maître (Nan Goldin), dans l'exploration de l'intime.

Passons sur Marina Berio, qui nous présente des négatifs redessinés au fusain (ah mince je pensais venir voir une expo photo... On apprend ensuite qu'elle a été l'assistante de Nan Goldin, ce qui explique peut être sa présence...), et Christine Fenzl, qui a le mérite de ne pas faire du Nan Goldin, avec de beaux portraits d'enfants des rues pris en charge pas des ONG qui utilisent le football pour les sortir de la misère. De bonnes photos, mais là encore le discours est assez plat et ne nous apprend rien de plus sur sa démarche.

Et puis vient Jean-Christian Bourcart. De l'humour, de la complicité avec son auditoire (c'est le seul qui tend son micro à la personne qui pose une question pour que tout le monde l'entende), et une vraie explication de sa démarche, de ce qui l'a amené à faire ce travail précisément, des anecdotes, bref une vraie rencontre. Le mari de Marina Berio (comme quoi... Pour la petite anecdote, c'est Nan qui a poussé Marina dans les bras de Jean-Christian pour récupérer la petite amie de celui-ci... Dallas, ton univers impitoyable ! ! ! ) a fait un très beau travail sur Camden, ville la plus dangereuse des États-Unis, plein d'humanité et de réalisme. Les reproductions de son carnet de route, malgré l'écriture de médecin parfois illisible, apportent un vrai plus sur son ressenti sur place. À lui seul, Jean-Christian Bourcart valait la peine de suivre cette visite.

Nous n'oublierons pas bien sur la présence de Nan Goldin tout à la fin (il fallait être courageux pour rester jusqu'au bout et la voir), et son discours poignant sur sa vision du monde, son rapport à la vie et aux autres, son peu d'intérêt pour la photographie, elle qui a toujours trouvé le cinéma plus complet, car mêlant l'image, la littérature, la mise en scène et la musique. Ce qui explique son goût pour les diaporamas et la grande qualité de ceux-ci.

Attention donc aux visites commentées d'exposition, il y a du très bon comme du beaucoup moins bon. Et il est dommage de voir la mise en avant des simili-Nan Goldin, alors que d'autres photographes dans la sélection méritaient largement le détour.

Nan Goldin Arles 2009


Contact Vie privée, Cookies Conditions Générales d'Utilisation