CP+ 2016 – Cette édition 2016 du CP+ et plus simplement ce début d'année sont exceptionnels. Tous les constructeurs ont annoncé de nombreux et ambitieux nouveaux produits et plus particulièrement Sigma !

En effet, la firme nippone s'est introduite sur le marché prometteur des hybrides avec deux nouveaux sd Quattro utilisant des capteurs Foveon APS-C et APS-H ; côté optiques, elle continue de développer sa "Global Vision" avec un impressionnant 50-100 mm f/1,8 pour capteur APS-C (une première) et un 35 mm f/1,4 en monture Micro 4/3 (hybrides Panasonic et Olympus). Enfin, elle crée la surprise en introduisant une nouvelle bague d'adaptation qui permet d'utiliser, et avec presque toutes leurs fonctions, les optiques Sigma 24 x 36 mm sur des hybrides Sony type A7.
Sachant que la photokina aura lieu dans moins de 6 mois, on se demande ce que Sigma va nous concocter de plus cette année !

CP+ 2016, stand Sigma, la rédaction de Focus gravement jetlaguée pour une interview de Monsieur Kazuto Yamaki
On sent un peu la fatigue du décalage horaire dans nos yeux, mais nous sommes bien là, aux côtés de M. Kazuto Yamaki !

Le stand Sigma était sans conteste le plus beau de cette édition du CP+. Spacieux, luxueux, épuré, il est à l'image de la nouvelle vision de la marque — la "Global Vision" annoncée à la photokina 2012 — et de son PDG Kazuto Yamaki, toujours tiré à quatre épingles, dont le style et l'élégance sont reconnus dans tout le milieu. Nous avons eu l'opportunité de le rencontrer pour de faire un premier point sur ces annonces, prendre en main les nouveaux produits et parler de l'avenir.

CP+ 2016, vue du stand Sigma, extérieur

CP+ 2016, vue du stand Sigma, intérieur
Kazuto Kamaki est un fervent amateur de l'Italie. Il a donc choisi un olivier pour orner le centre de son stand. Pour être honnêtes, nous, nous aurions bien aimé voir un sakura (cerisier en fleur, une institution au Japon).

Focus Numérique – Nous aimerions revenir sur les nouveaux Sigma sd Quattro et comprendre pourquoi certains choix techniques ont été réalisés. Par exemple, pourquoi avoir lancé deux modèles avec deux tailles de capteurs différentes (APS-C et APS-H) ? Et pourquoi avoir préféré une conception hybride sans visée optique et sans miroir, plutôt qu'une conception reflex plus traditionnelle ? Enfin, le design original des dp avait donc plu, pour que celui des sd s'inscrive en continuité ?

CP+ 2016, vue du stand Sigma, une hôtesse présente les sd Quattro
Au Japon, sur le CP+, presque tous les visiteurs photographient les différentes hôtesses des stands qui posent sans problème pour eux.

Kazuto Yamaki – Lorsque nous avons commencé le projet il y a maintenant 2 ans, nous avons étudié quel serait le type de boîtier pour Sigma. Nous avons pesé les pour et les contre entre une conception reflex et une conception hybride. Le choix de l’hybride s’est imposé à nous à cause de la précision de l’autofocus et de l’absence de vibrations que causerait le mouvement d’un miroir. Notre capteur Foveon est très exigeant et peut délivrer des images avec un très haut niveau de netteté. L’autofocus doit être très précis et les vibrations, réduites au maximum.

Comme vous le savez, avec la technologie Foveon, nous pouvons capturer la résolution de chaque pixel sans interpolation.
Un capteur à matrice de Bayer le fait uniquement sur les pixels "verts" qui représentent 50 % du nombre de pixels totaux. Sur un capteur traditionnel (à matrice de Bayer, donc), lorsque que les résolutions totales augmentent, la taille des pixels diminue. La seule solution est alors d’augmenter la taille des capteurs. Nous, nous n’avons pas cette contrainte, c’est pourquoi nous pensons que notre capteur APS-C est proche de la qualité d’un capteur 24 x 36 mm.

Nous savons aussi que certains de nos clients sont à la recherche d’une qualité d’image encore supérieure, quitte à faire des compromis sur la rapidité de l’appareil ou le poids des fichiers. Nous leur proposons donc la version avec un capteur plus grand, au format APS-H. Nous ne connaissons pas encore nos coûts de production exacts sur ce modèle, mais ils seront élevés et il est probable que les volumes seront assez faibles. Cette version du sd Quattro s’adressera donc à une catégorie très spécifique de photographes.

CP+ 2016, stand Sigma, sd Quattro H
Ici le capteur APS-H du sd Quattro H.

Enfin, pour ce qui est du format de l’appareil, nous avons choisi le modèle hybride non pas pour sa compacité, mais bien pour ses avantages en termes d’autofocus et d’absence de vibrations. La priorité pour nous a été de trouver le meilleur équilibre et la meilleure prise en main en tenant compte du fait que ces appareils seraient utilisés avec de lourdes optiques. Nous avons étudié de multiples possibilités pour arriver à cette forme finale. Au niveau du design, si nous avions essayé de copier les appareils traditionnels, nous n’aurions pas fait mieux. Notre objectif est donc de proposer quelque chose de différent, de nouveau.

Focus Numérique – Pourquoi ne pas avoir développé une nouvelle monture et une nouvelle gamme d’objectifs conçus pour ces nouveaux hybrides avec un tirage mécanique réduit ?

Kazuto Yamaki – Nous avons étudié cette possibilité, mais notre objectif premier et notre philosophie est de soutenir nos clients existants. Je vous remercie du conseil, peut-être que cela viendra dans le futur.

CP+ 2016, stand Sigma, visiteurs
Il fallait être patient pour prendre en main les nouveau sd Quattro. Pour l'heure il s'agit encore de prototypes et il était donc impossible de glisser une petite carte SD à l'intérieur pour voir ce qu'ils ont dans le ventre.

Focus Numérique – L’autofocus était l’un des points faibles des appareils dp. Sur les nouveaux sd, vous passez à une technologie hybride mêlant de la détection de contraste et de la détection de phase. Sera-t-elle déployée sur la prochaine génération de dp ?

Kazuto Yamaki – Cela a été l’un des problèmes les plus difficiles à résoudre. Nous avons dû intégrer la détection de phase à notre capteur et concevoir nos propres algorithmes. Cela a pris beaucoup de temps. Est-ce que cette technologie sera déployée sur les prochains dp ? Je n'en suis pas sûr. Pour ce qui est des dp, nous pouvons concevoir les optiques adaptées à la détection de contraste.  Pour ce qui est des nouveaux sd, nous devons supporter des objectifs dont la conception a été pensée pour la détection de phase.

> Test - Sigma dp0 Quattro
> Test - Sigma dp1 Quattro
> Test - Sigma dp2 Quattro
> Test - Sigma dp3 Quattro


Focus Numérique – Vous venez de lancer un nouveau 50-100 mm f/1,8, le troisième zoom de votre gamme après le 18-35 mm f/1,8 et le 24-35 mm f/2 à disposer d’une ouverture maximale constante supérieure à f/2,8. Pourquoi ne pas avoir implémenté de stabilisation optique dans ce nouvel objectif ?

CP+ 2016, stand Sigma, nouveau zoom 50-100mm 1:1.8 DC, indicateur de distance

Kazuto Yamaki – Cela aurait probablement rendu l’objectif plus imposant et lourd, ou cela aurait été physiquement impossible. Le diamètre des baïonnettes Nikon et Canon est trop petit. S’il avait été plus grand, nous aurions pu le faire. La conception d’une optique est limitée par ces contraintes liées aux appareils photo eux-mêmes. Si nous avions fait des compromis sur la qualité optique, qui est notre priorité numéro 1, nous aurions pu en intégrer un. Quoi qu’il en soit, nous tenterons toujours de le faire.

CP+ 2016, stand Sigma, nouveau zoom 50-100mm 1:1.8 DC, de profil
Le petit collier de ce nouveau 50-100 mm dispose d'un ingénieux système de clip pour basculer de la position paysage à la position portrait.

Focus Numérique – À la surprise générale, vous venez de lancer une bague d’adaptation qui permet d’utiliser les objectifs Sigma sur les hybrides Sony 24 x 36 mm (monture FE) tout en conservant un bon nombre de fonctions (autofocus en mode ponctuel, diaphragme et données Exif). Quel est l’objectif de ce nouveau produit ? Est-ce une manière d’ouvrir vos produits à la monture Sony FE, ou est-ce une façon de tester l’intérêt de vos clients vis-à-vis cette monture, dans la perspective de lancer une gamme d’objectifs dédiée ? Enfin, les objectifs Canon EF vont-ils fonctionner avec ?

CP+ 2016, stand Sigma, nouveau zoom et bague d'adaptation MC-11
La bague est déclinée en deux versions.

Kazuto Yamaki – Notre objectif est de proposer des solutions à nos clients. Jusqu’à présent, nos clients étaient fidèles à la marque de leur appareil photo à cause des objectifs. Aujourd’hui, grâce à notre programme de changement de monture, c’est moins le cas. Un utilisateur de Canon peut basculer chez Nikon et conserver l’ensemble de ses objectifs Sigma en changeant leurs montures.

Cette bague a été conçue dans la même philosophie. La majorité de nos clients sont des photographes experts et passionnés. Beaucoup d’entre eux utilisent parallèlement un système reflex traditionnel et un système hybride. Disposer de deux parcs optiques est un investissement lourd pour eux. Grâce à cette bague, ils peuvent utiliser les mêmes optiques sur deux systèmes. Si nous avions développé une gamme dédiée, cela aurait intéressant commercialement, mais nous préférons résoudre les problèmes de nos clients.

Nous ne pouvons pas garantir que les objectifs Canon vont fonctionner avec. Les utilisateurs doivent essayer par eux-mêmes. Dans cette bague, il y a un processeur et une mémoire où sont stockées les informations sur les conceptions optiques afin d’optimiser le fonctionnement avec les boîtiers Sony. Nous ne connaissons pas les conceptions optiques des objectifs Canon.

CP+ 2016, stand Sigma, bague d'adaptation MC-11
Sur la bague, Sigma a placé une petite diode led qui s'illumine en vert pendant quelques secondes si l'objectif connecté est compatible. Elle passe en orange si la compatibilité requiert une mise à jour de son firmware (micrologiciel) qu'il sera possible d'effectuer directement en USB grâce au petit connecteur.

Focus Numérique – Nous pensons que la technologie des éléments diffringents est une voie d’avenir dans le domaine des optiques photo. Nous avons été très impressionnés par le 300 mm f/4 de chez Nikon qui l’utilise. L’objectif est très compact et léger tout en disposant d’une très belle qualité optique. Que pensez-vous de cette technologie et est-ce que Sigma l’étudie dans le but de l’implémenter à l’avenir ?


Nikon AF-S Nikkor 300 mm f/4 E PF ED VR

Impossible de ne pas recommander cette optique ! Elle a tout d'une grande dans un format compact. La qualité optique est remarquable malgré un peu de vignetage et un léger piqué en retrait à la plus grande ouverture f/4.

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Kazuto Yamaki – Je pense que c’est une super technologie et une super innovation. Je ne peux pas vous dire sur quel type de technologie nous portons nos recherches, mais je respecte profondément cette avancée et cette technologie. Toute nouvelle technologie a des avantages et des inconvénients. Dans ce cas précis, ces lentilles influent sur le rendu du bokeh. En tant qu’industriel, nous devons étudier comme rendre la technologie plus accessible. Elle doit évoluer et être améliorée.

Focus Numérique – Vous devez savoir que Sony vient de lancer une nouvelle gamme d’objectifs en monture FE avec ses G Master. Ils insistent beaucoup sur leur nouvelle lentille asphérique XA qui a un niveau de précision de l’ordre de 0,01 micromètre. Grâce à cette technologie, ils affirment disposer d’optiques au comportement presque parfait (MTF) avec un incroyable bokeh. Par comparaison, quel est le niveau de précision des lentilles asphériques chez Sigma ?

CP+ 2016, stand Sony, coupe longitudinale du nouveau Sony G Master 85mm 1:1.4
Les entrailles du nouveau Sony G Master 85 mm f/1,4 en monture FE qui intègre une lentille XA.

Kazuto Yamaki – Je ne veux pas être trop agressif, mais c’est avant tout un argument marketing. Ce niveau de précision est tout à fait classique dans l’industrie. Ce type de technologie influe sur le bokeh et limite le phénomène des "onions rings" [ou dégradés annelés, NDLR]. C’est un problème classique pour tous les constructeurs et, comme eux, nous travaillons beaucoup à limiter ce phénomène. Je ne suis pas un ingénieur, donc je ne connais pas le niveau de précision de nos lentilles asphériques, mais vous pouvez comparer les onions rings entre nos objectifs et ces nouveaux G Master. Cela n’a rien à voir avec les MTF !

Focus Numérique – Selon vous, quel(le) a été la technologie ou le produit qui vous a le plus impressionné sur ces 5 dernières années, qu'il ou elle vienne de Sigma ou non ?

Kazuto Yamaki – En ce qui concerne la technologie pure, je dirais les verres à diffraction de Nikon. Et pour le produit, je dirais le Canon EF 11-24 mm f/4 L USM. Beaucoup, beaucoup de technologies et savoir-faire se retrouvent dans cet objectif. Le seul problème est le prix.

Canon EF 11-24 mm f/4 L USM

Au final, Canon signe encore une très belle optique qui en fera rêver plus d'un ! La firme japonaise propose un outil de travail redoutable pour les photographes de paysages et d'architecture.

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Focus Numérique – Dans quelques mois, cela fera 4 ans que vous avez lancé votre "nouvelle vision" ("Sigma Global Vision"). Depuis, vous avez lancé de nombreux objectifs, mais il en manque deux qui nous semblent très importants et très attendus par les photographes. Il s’agit des nouvelles versions des 24-70 mm f/2,8 et 70-200 mm f/2,8. Quand verrons-nous enfin arriver ces deux objectifs ? Enfin, allez-vous implémenter une stabilisation optique dans le 24-70 mm, comme l'ont fait Tamron et plus récemment Nikon ?

Kazuto Yamaki – Notre stratégie est de remplacer tous nos objectifs dans la nouvelle gamme Global Vision. Donc oui, il y aura bien de nouvelles versions de ces types objectifs dans le futur, mais nous ne pouvons pas vous dévoiler quand ni quel concept nous utiliserons.

CP+ 2016, stand Sigma, Monsieur Kazuto Yamaki

Focus Numérique – 2015 a été une belle année pour l’industrie photo. Malgré un marché difficile, nous avons vu arriver beaucoup de nouveaux produits et de nouvelles technologies. Quant à ce début d’année 2016, il est incroyable ! Nous avons rarement vu arriver tant de nouveautés majeures sur une période de temps aussi courte. Nous ne sommes qu’au début de l’année, et 2016 est une année à photokina (le plus grand salon photo du monde). Pouvez-vous nous donner une information exclusive sur ce que Sigma prépare pour cet événement ?

Kazuto Yamaki – C’est une question difficile. Bien entendu nous ne pouvons rien dévoiler. Comme vous le soulignez, le marché est difficile depuis 4 ans et comme vous le voyez, nous avons beaucoup de visiteurs ici. Leur nombre ne cesse d’augmenter d’année en année, comme au Salon de la Photo. Les clients sont donc intéressés par les appareils photo et les objectifs. Notre objectif est d’innover. Nous avons beaucoup travaillé pour lancer des produits innovants, jamais vus auparavant, comme le 24-35 mm f/2, le 18-35 mm f/1,8, le dp0 Quattro ou le 20 mm f/1,4. Vous pouvez attendre de la part de Sigma de nouveaux produits innovants à la photokina.

Vous pouvez attendre de la part de Sigma de nouveaux produits innovants à la photokina. kazuto yamaki, PDG de Sigma.


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