C120 mégapixels sur un capteur de 20x29 mm, ou un capteur de 20 cm de côté : Canon joue avec les limites de la technologie CMOS actuelle. Sans doute pas pour en faire des appareils photo, mais pour tester sa maîtrise technique...

La première annonce date de la semaine dernière : Canon expliquait avoir produit un exemplaire d'un capteur de 120 Mpx. Au format APS-H (celui de la famille EOS-1D "tout court", les EOS-1Ds utilisant des 24 x 36 mm), celui-ci fait 20,2 x 29,2 mm et produit des images de 13 280 x 9 184 px ; le calcul montre donc que les pixels font 2,2 µm de côté, soit à peu près la même taille que sur un compact expert Canon G11 ou Panasonic LX3.

En comparaison, le capteur le plus défini actuellement vendu est un 60 Mpx, le Phase One P65+, qui fait pour cela 40x54 mm, et le dos seul (sans le reflex ni l'objectif) coûte dans les 40 000 $...


Capteur 203x205 mm contre capteur 24x36 mm (les plus gros des reflex normaux)...

La deuxième annonce est tombée ce matin : Canon a réussi à graver un capteur de 202 x 205 mm. Avec sa surface de 400 cm², il est donc 48 fois plus grand qu'un capteur "full frame" de 24 x 36 mm comme on en trouve dans les boîtiers professionnels EOS-1Ds.

Cette performance est sans doute plus impressionnante que la première. En effet, cela signifie que sur une galette de silicium (un "wafer"), qui fait 30 cm de diamètre, Canon a réussi à graver un capteur utilisable, donc sans erreur de gravure.

Or, graver une telle surface sans erreur est stupéfiant : normalement, on a toujours çà et là des problèmes dus à l'homogénéité du silicium, aux limites des technologies de gravure etc. C'est ce qui explique le coût supérieur des grands capteurs : lorsqu'on fait des capteurs de compacts, une erreur de gravure fait perdre environ 6 x 8 mm de silicium ; lorsqu'on fait des capteurs de reflex "full frame", c'est tout de suite 24 x 36 mm de matière gâchée.

On n'ose imaginer le coût de fabrication d'un capteur de 20 cm de côté. Ici, c'est probablement carrément plusieurs (dizaines de ?) galettes de silicium qui ont été gâchées avant de produire un exemplaire utilisable !

La définition de ce capteur n'a pas été donnée, mais on peut la présumer relativement faible pour sa taille. En effet, Canon met l'accent sur sa sensibilité en basse lumière : il photographierait avec 1/100è de la lumière nécessaire pour un EOS-1Ds Mk III ou un EOS 5D Mk II, soit 5,5 EV gagnées. Il permettrait ainsi de filmer à 60 images par seconde sous une illumination de 0,3 lux ; pour comparaison, le test en basse lumière de notre face-à-face photo est réalisé à 3 lux, et les appareils qui montent le plus en sensibilité prennent encore des poses de l'ordre d'un quart de seconde — quinze fois plus longues donc.

Verra-t-on ce capteur un jour sur un appareil photo ? Sans doute pas. Tout d'abord parce qu'il n'existe pas d'objectif capable de fournir une image aussi grande, sauf dans les systèmes de chambres grand format. Ensuite parce que son coût de production doit le rendre inaccessible même aux professionnels.

Néanmoins, ce démonstrateur technologique peut permettre à Canon de se situer, de connaître ses limites et d'étudier de nouvelles pistes pour améliorer les appareils existants. Il s'agit également, sur un plan marketing, de rappeler la maîtrise du constructeur, premier à croire au capteur CMOS au point d'en équiper un reflex (l'EOS D30, il y a dix ans), à l'époque où cette technologie était considérée comme une alternative low-cost au capteur CCD et à peine bonne pour les webcams.
Source : Canon
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