Photokina 2016 – Alors que nous commencions à rédiger ce bilan sur les drones présentés à la photokina 2016, une dépêche du site d'actualité boursière Bloomerg est venue troubler notre réflexion. Parrot, société française fondée et dirigée par Henry Seydoux et mère (entre autres) du Bebop 2, a vu son action dévisser lundi de 15 % en une journée et sa cotation perdre 59 % de sa valeur depuis le début de l'année. Ceci étant la conséquence, a priori, de l'annonce par l'entreprise, le vendredi précédent, d'une croissance globale plus faible que l'année précédente (55 millions d'euros, contre 77,8 en 2015).

Une nouvelle perturbante, qui d'un côté souligne ce que l'on pourrait considérer comme la frilosité des investisseurs sur ce secteur de la photographie, et de l'autre coïncide avec l'enthousiasme mitigé que nous éprouvions au sortir de la photokina concernant ledit segment, jusqu'à ce que... le Géant se réveille.



Opérons un bref retour sur les annonces de ce salon avant de vous livrer notre analyse.

GoPro Karma loin du Coma

D'abord, il y a eu le Karma que nous avons eu la chance d'essayer rapidement. Bien que notre prise en main fût de courte durée, son système modulaire laisse augurer un positionnement stratégique intéressant : plus qu'un drone, le Karma est surtout un système qui permet au choix de faire voler sa GoPro ou de la positionner sur un stick intégrant une gimbal (cardan) motorisée et réutilisant la nacelle stabilisée 3 axes du drone.



Si le Karma est compatible avec les nouvelles Hero5 Black, Hero5 Session et l'ancienne Hero4, le kit à 1 199 € inclut le drone repliable, le stick, la télécommande à écran intégré et tactile, ainsi qu'un sac à dos. Nous avons évidemment hâte de le tester et, surtout, de voir comme la firme américaine va s'en sortir face au géant du secteur DJI qui vient hier de lâcher une bombe, mais nous y reviendrons un peu plus loin.


PowerEgg & PowerEye

Un peu plus loin, dans le Hall 9 de la photokina, nous avons pu retrouver PowerVision qui présentait le PowerEgg et le PowerEye. Le premier est un drone singulier en forme d'œuf, le second, un quadricoptère qui pourrait rivaliser avec l'Inspire One sans trop de problème.

Outre son design élégant et unique, le PowerEgg original ne manque pas d'atouts, avec notamment une camera 4K, une nacelle 360° et une télécommande à reconnaissance gestuelle qui permet de le contrôler avec un effet baguette magique. Le tout se plie et se referme sur lui-même en un tournemain pour former un œuf facilement logeable dans un sac.



Quant au PowerEye, il est lui aussi rétractable, mais plus lourd (4 kg) et surtout plus performant. Il serait capable de voler presque 30 minutes, de "streamer" une vidéo HD sur une distance de 5 km, d'éviter les obstacles et, cerise sur le gâteau, il emporterait avec lui une caméra au capteur Type 4/3" compatible avec les objectifs Micro 4/3 de Panasonic et Olympus.


Deep Learning

Du côté des fabricants chinois, AEE, connu pour ses action-cams, a présenté au public 3 modèles de drones intéressants : le Condor, le Frizzbe et le Roam-e.

Si les deux derniers sont très grand public et se destinent surtout aux amateurs de "dronies" (contraction de "drone" et "selfie", donc un selfie réalisé à l'aide d'un drone...), le Condor propose, moyennant 1 200 € selon les informations obtenues sur le salon, un drone compact, équipé d'une caméra montée sur nacelle 360° stabilisée, avec une caméra de 1/2,3" filmant en 4K 30 im/s, 20 minutes de vol et des modes de vols automatisés comme le Follow me et le Vision Positioning.
Là aussi, la caméra est détachable et il sera possible de la monter sur un stick fourni. Nous avons pu sommairement le prendre en main et le premier ressenti était correct, mais nous nous interrogeons sur son positionnement tarifaire.



Pour 200 € de plus, il sera en effet possible d'accéder à la technologie de pointe de Yuneec, l'un des plus sérieux constructeurs de drones, et son Typhoon H décliné en Advanced et Pro. Le Typhoon Advance est un hexacoptère équipé d'une caméra UHD 4K 30 im/s montée sur nacelle stabilisée 360°, aux patins rétractables, et offrant des performances dans le haut du panier avec des pointes à 13 m/s en vol horizontal et un look particulièrement attractif.

Mais la marque chinoise, installée aux États-Unis et alliée d'Intel, propose aussi un sérieux concurrent sur le segment haut de gamme : le Typhoon H Pro. Équipé de la caméra RealSense d'Intel, il nous fait entrer dans l'univers du deep learning et les fantasmes d'intelligence artificielle. En effet, RealSense s'inscrit dans la logique d'Intel de développer des "Sensitive Devices", des dispositifs sensibles nous permettant d'interagir avec notre environnement à travers le scan et l'analyse de ce qu'ils voient.
Le Typhoon H Pro sera donc capable de détecter des obstacles sur son chemin — y compris les plus fins, comme un câble ou une fine branche —, mais aussi de trouver le chemin le plus adapté pour continuer à suivre son sujet. La bonne nouvelle, c'est qu'il arrive très prochainement à la rédaction et que vous aurez droit en quasi-exclusivité à son test !


Du côté Des professionnels

Avant de quitter la photokina, faisons un dernier crochet par le stand de JTT, qui présentait deux drones : le T60, destiné au marché professionnel et à la photogrammétrie, et le Scorpion T50, plus grand public mais lui aussi destiné aux professionnels.

Il est équipé de modes de vols automatisés comme le Follow me, le Return to home ou le Way Points, d'une camera HDTV 1080 60p montée sur nacelle 3 axes, et offre des performances haut de gamme avec des pointes à 15 m/s en vol horizontal. Malheureusement, nous n'avons pas pu avoir d'interlocuteur direct ni d'informations quant à la disponibilité ou le prix.


Un marché en maturation

De cette photokina, nous ressortions donc un peu moins enthousiastes que prévu, car finalement, excepté le Karma, peu d'innovations réelles sont venues colorer un marché très concurrentiel mais encore en quête de maturité.

Une maturité que l'on voit néanmoins s'installer de plus en plus avec enfin des temps de vols allongés, oscillants entre 20 et 30 minutes, et surtout de plus en plus de mode de vols automatisés qui permettent à tout un chacun de réaliser des plans de vols pertinents en fonction de ses besoins. Déjà l'année dernière, en octobre 2015, plus de 20 % des drones étaient vendus avec la fonction Follow Me (chiffre GFK). De plus, en Europe, bien que la majorité des revenus du secteur soient issus de drones vendus à moins de 400 €, presque 50 % du renouvellement repose sur des drones haut de gamme à plus de 1 000 € pièce !

Il semble donc qu'après un premier test de pilotage, les amateurs débutants s'orientent rapidement vers du matériel de meilleure qualité et plus haut de gamme. Un engouement que l'on peut comprendre aisément quand on sait, outre le plaisir de voir la terre vue du ciel, l'incroyable somme de technologies embarquées et les champs applicatifs.

D'ailleurs, Parrot mise lui aussi sur le développement de nouveaux comportements et la possibilité pour les usagers de ne pas se cantonner à des prises de vues aériennes à partager sur les réseaux sociaux, mais aussi de faire du mapping 3D, d'où le rachat récent de Pix 4D, par exemple...

Le Mavic Pro, ou le parangon du pocketable drone


Enfin, nous ne pourrions pas conclure ce bilan sans évoquer l'annonce encore une fois tonitruante de DJI et sa réplique à GoPro : le Mavic Pro. Pour 1 199 €, ce drone repliable, compact et intelligent embarque une caméra 4K, tous les modes de vols automatisés du Phantom 4 — dont l'Active Tracking, ici revu et adapté à tout ce qui bouge — et un évitement d'obstacle amélioré et concurrent du Yuneec Typhoon Pro. Il intègre aussi un réseau matériel et logiciel complexe, composé de 5 caméras, des systèmes de navigation GPS et GLONASS, d'une paire de détecteurs à ultrasons, de capteurs redondants et de 24 processeurs capables d'analyser des environnements en 3D.



L'intérêt de tout cela ? La compacité et les performances. Pour la première fois sans doute, un drone délivrant une image largement acceptable — gageons qu'il s'agira du même module caméra que celui du Phantom 4, mais nous pouvons nous se tromper — tiendra dans un sac photo à côté de votre boîtier. Il n'y a plus de choix à faire, plus de question à se poser : le Mavic Pro peut potentiellement vous suivre partout et s'intégrer à votre besace photo/vidéographique. Il fait 734 g, 19,9 cm de longueur, 8,3 cm de hauteur et 8,3 cm de largeur replié : c'est à peine plus que le célèbre 70-200 mm f/4 de Canon ! Nous vous laissons imaginer les nouvelles images que l'on pourra facilement faire...

En bref, même si l'action de Parrot a dévissé lundi dernier, et même si nous ne sommes pas sur des croissances en centaines de points d'année en année, le secteur reste non seulement porteur et en pleine ébullition, mais surtout très prometteur pour les passionnés d'image et amoureux de prises de vues aériennes. À suivre bien sûr, les futurs tests de tout ce joli monde dans nos colonnes !

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