Ooshot est une plateforme de réservation en ligne pour les photographes professionnels, proposant aujourd'hui ses services dans 41 pays. Nous avons rencontré ses cofondateurs, Valérie Hersleven et Thierry Maillet, pour en comprendre un peu mieux le fonctionnement.

Ooshot interview

Se faire rencontrer clients et les photographes professionnels via Internet n'est pas vraiment nouveau : les places de marchés pour les indépendants et les photographes existent déjà depuis des années avec Myphotoagency ou everphotoshoot. Ooshot entend toutefois apporter quelques spécificités.

Focus Numérique – Comment est né ce projet ? Quelle en est la genèse ?

Valérie Hersleven – J'ai été agent de photographes pendant plusieurs années, en reprenant une agence à Bruxelles que j'ai développée à Paris et Londres. En prenant un peu de recul, j'ai vu que l'industrie du voyage avait automatisé beaucoup d'étapes, alors que l'industrie de la photographie était encore à l'âge de pierre. J'ai donc cherché un moyen d'améliorer le travail des photographes avec un système d'agenda, de réservation en ligne, de devis et de facturation. La tâche était énorme, mais le potentiel également. J'ai également vu les premiers photographes arriver sur les réseaux sociaux. Je me suis dit que cet outil serait utile non seulement pour mes photographes en agence, mais pour les autres aussi !

Focus Numérique – Les photographes ont tout de suite adhéré à ce projet ?

Valérie HerslevenValérie Hersleven – Oui, car nous proposions de réduire le temps pour les bons de commande, les devis et la facturation. Le problème, c'est que les photographes n'avaient pas de commandes ou de devis à réaliser ! En 2014, nous avons décidé de cibler plutôt les clients. En janvier 2015, nous lancions Ooshot.

Focus Numérique – Qu'apportez-vous aux photographes ?

Valérie Hersleven – Un paiement sous 15 jours, car le client paie à la commande. Toute la partie facturation est automatisée. Et nous offrons un cadre confortable et rassurant pour les clients et les photographes ?

Focus Numérique – Vous apparentez-vous à une agence en ligne ?

Valérie Hersleven – Pas vraiment. En fait, nous sommes plutôt un outil qui structure le marché de la commande avec un outil de paiement en ligne. Nous sommes là pour apporter des contrats à des photographes et dynamiser le marché.

Thierry Maillet – Une étude menée par Ithaque sur le métier de photographe en France montre que la facturation occupe 30 % du temps des photographes. Dans une économie collaborative, nous cherchons à maximiser le savoir-faire du photographe en le soulageant de certaines tâches comme la recherche de contrat, d'édition de devis et de facturation. Nous sommes également un outil de médiation pour les photographes.

Présentation du travail de l'un des photographes.


Nous n'avons jamais eu autant besoin de photographies. L'image est essentielle ! Thierry Maillet, cofondateur d'Ooshot.


Focus Numérique – En discutant aujourd'hui avec les photographes, on les sent plutôt moroses sur l'état du marché de la photo...

Thierry Maillet – Ce n'est pas notre sentiment. Nous avons plus l'impression que les professionnels ne se rencontrent pas, mais le marché est là. Nous n'avons jamais eu autant besoin de photographies. L'image est essentielle. L'économie de l'image et de la photographie se porte bien, c'est plus un problème de distribution et d'adéquation. Si l'on prend le seul exemple de Google, le géant du référencement sur Internet, il ne s'intéresse à l'image que depuis peu de temps. Jusqu'à maintenant, tout était basé sur le texte. Les choses vont encore beaucoup évoluer. Il faut déconstruire le discours actuel : il y a encore un marché pour la photographie.

Si l'on fait un recul historique, jusqu'aux années 1980, le métier de photographe était détenu par les artisans. Dans les années 1990 et avec la mondialisation, l'industrie a eu besoin d'énormément d'images. Les photographes n'ont pas pu répondre à la demande et les microstocks ont répondu. Les banques d'images ont réussi à installer un vrai système économique. Mais le marché change et certaines des grandes banques ont été vendues (Fotolia à Adobe, Corbis à Visual China Group). Ce qui était parfait jusqu'en 2015 n'est pas forcément valable actuellement.

Valérie Hersleven – Google Image devient de plus en plus important et change un peu la donne. Pour être bien référencé, il faut créer du contenu original. Et quand on parle de contenu, on ne parle pas uniquement de texte, mais d'images. Si on réutilise du contenu déjà présent sur Internet, Google pénalise le site Internet. Il faut donc des images uniques qu'il faut donc produire, on ne plus se contenter d'images que l'on vient piocher dans une banque. Cela entraîne également plus de créativité.

Focus Numérique – Oui, et une mise en avant du savoir-faire des photographes, justement...

Thierry Maillet – Exactement. Et il faut travailler avec les outils actuels et être réactif. Aujourd'hui, il est compliqué d'attendre plusieurs jours pour un devis.

Focus Numérique – Mais il faut une commande bien détaillée alors ?

Valérie Hersleven – Pas forcément. On peut donner un prix à la journée pour voir si l'on continue à discuter. Le prix est un vrai problème alors que justement, le prix est essentiel. C'est la porte d'entrée. Il faut que le prix soit connu et qu'il y ait un maximum de transparence.

Thierry Maillet – Il ne faut pas voir le prix comme un aspect négatif, bien au contraire.

Focus Numérique – Oui, mais il faut pouvoir ajuster le tarif aux demandes particulières du client s’il y en a.

Valerie Hersleven – Bien sûr. Mais c'est une base de discussion et de négociation. Sans prix, on n’arrive même pas à entrer en contact. On peut bien sûr ajouter des prestations pour la retouche, par exemple. Mais attention : la transparence des prix n'est pas synonyme de perte d'argent.

Focus Numérique – Et vous appliquez cette transparence à vous-mêmes ?

Thierry Maillet – Bien sûr. Nous prélevons 12 % auprès du photographe et 3 % auprès du client. Côté client, cela peut monter à 6 % pour le suivi. Nous assurons également la prise de vue à hauteur de 1 %. Nous pouvons également proposer la surveillance des images sur Internet.

Valérie HerslevenValérie Hersleven – Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que le client peut directement contacter le photographe, c'est finalement assez facile. Mais notre valeur ajoutée est ailleurs. Elle est dans la prise en charge de toute la paperasserie : devis, facturation, assurances... Client et photographe gagnent du temps. Avec Ooshot, nous prenons en compte les droits d'utilisation, ils sont déjà négociés. Il y a moins de surprises pour le client.

Focus Numérique – Quelle est la procédure pour entrer dans Ooshot (car ce n'est pas ouvert à tout le monde) ? Comment opérez-vous le filtre ?

Valérie Hersleven – Les photographes doivent me soumettre un portfolio ou un site Internet. C'est mon expérience qui fait la différence. J'arrive à savoir rapidement si un photographe est capable de répondre à une commande. Tout le monde peut créer un compte, mais il y a une validation de notre côté.

Focus Numérique – Il faut pouvoir juger de la fiabilité du photographe également.

Valérie Hersleven – Nous avons une personne dédiée qui gère la communauté des photographes et qui est en contact permanent. Cela permet d'identifier assez rapidement des problèmes. Nous sommes là pour rassurer à la fois le client et le photographe et trouver rapidement des solutions.

Côté éducation à l'image, il y a encore beaucoup, beaucoup de travail. Mais tout évolue dans le bon sens. Valérie Hersleven, cofondatrice d'Ooshot

Focus Numérique – Apportez-vous des conseils au client pour le brief, l'esthétisme ou le choix du photographe ?

Valérie Hersleven – Oui, c'est justement la différence entre le 3 et 6 %. La plupart des clients nous demandent de l'aide pour bien choisir un photographe. Ils veulent également de l'aide pour bien formaliser les demandes. Nous avons des outils moodboard [ou planches d'inspiration, NDLR] pour aider les clients à bien définir leurs demandes. Côté éducation à l'image, il y a encore beaucoup, beaucoup de travail. Mais tout évolue dans le bon sens.

Focus Numérique – Si le client n'est pas satisfait de la prestation, que se passe-t-il ?

Valérie Hersleven – Il nous arrive de refaire une séance à notre charge. C'est aussi le confort que nous proposons.

Focus Numérique – Pour l'instant vous ne proposez que des photographes, mais le marché se développe aussi sur la vidéo. C'est un marché qui vous intéresse ?

Valérie Hersleven – Bien sûr, tous les métiers autour de l'image nous intéressent et la vidéo en fait naturellement partie. Là, le marché est effectivement colossal, mais il y a encore beaucoup de problèmes techniques à résoudre. On croise les doigts pour ouvrir ces services l'année prochaine. Il y a plein de métiers autour de l'image qui peuvent être concernés.

Focus Numérique – Y a-t-il des domaines dans lesquels vous n'avez pas assez de ressources ?

Valérie Hersleven – Oui : l'immobilier, le culinaire, l'e-commerce et l'événementiel. Nous avons beaucoup de demandes dans ces domaines-là.

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