Arles 2016 – Premier jour, première claque. Après la visite d'une exposition à la scénographie décevante autour de Sid Grossman, sur laquelle nous reviendrons plus tard, nous avons eu la surprise de prendre en pleine figure les visages burinés et géants des Dubliners d'Eamonn Doyle.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

"End.", titre de cette exposition d'Eamonn Doyle, est le point final d'une trilogie d'abord publié en livre sous les titres i, ON et Ends. Pour la première fois, la trilogie est montée et présentée de manière exhaustive au public dans une scénographie oscillant entre exposition et performance.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

De 2013 à 2016, le photographe et ex-musicien s'est concentré sur quelques rues du centre-ville de Dublin, pour y photographier la chorégraphie quotidienne de ses habitants. Utilisant souvent la contre-plongée ou une approche très intimiste pénétrant dans "l'espace vital" du sujet, à la limite du close-up, ses portraits mettent en lumière des visages perdus dans leurs pensées ou absorbés dans des micro-actions rappelant certains Dubliners de James Joyce, ou des personnages de Samuel Beckett.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

Si on ne sait pas trop en effet ce que les personnages de Doyle attendent ou cherchent, il y a chez eux comme une errance mélancolique ou l'expression d'une perception tour à tour inquiète ou menacée. D'ailleurs, Martin Parr avait déclaré dès la publication du premier volet de la trilogie, i, qu'il s'agissait pour lui de l'un des meilleurs "street photobook" de la décennie. Un compliment sans exagération, tant les images de Doyle, puissantes, s'inscrivent dans la tradition d'une quête métaphysique sans fin à la Gary Winogrand, avec un traitement plus sombre.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

Construite sur la base des photographies de Doyle, End s'agrémente aussi des dessins de Niall Sweeney, lui-même commissaire de l'exposition, et d'enregistrements sonores de David Donohoe. L'ensemble crée une ambiance surprenante, en rupture avec la plupart des expositions du festival.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

Au fil de cette exposition située au premier étage de l'Espace Van Gogh, les tirages géants des sujets de Doyle deviennent des monstres attachants que l'on se plaît à regarder à travers un jeu scénique intelligent. En effet, ménageant des sortes de "meurtrières", les murs de photos laissent apparaître en selon son propre placement le visage d'un autre sujet de Doyle en arrière-plan, ou celui d'un autre visiteur qui se serait placé dans le même axe. Le visiteur devient ainsi lui-même un acteur de l'exposition et nous avons vu quelques photographes chercher soit le bon angle pour intégrer ces fameux portraits géants, soit attendre patiemment qu'un autre visiteur passe au bon endroit.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

Au final, on saluera l'audace de la mise en scène et l'excellente qualité des impressions pigmentaires sur papier Hahnemühle. Toutes les expositions du festival ne nous laissent pas ce sentiment mêlé d'amusement et de puissance dans les images. C'est le cas de celle de Doyle.

Arles 2016, Eamonn Doyle, End., Espace Van Gogh

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