Le bel espace du magasin électrique des ateliers d'Arles est dédié à une rétrospective sur le travail de Gordon Parks, noir américain pionnier dans la photographie. Une histoire américaine, c'est un voyage dans une œuvre protéiforme, qui a fait émerger dans une Amérique raciste, l'image du noir face au blanc. Incontournable.

Gordon Parks

Gordon Parks fait partie de ces figures artistiques au CV impressionnant. Il a visité les divers aspects de la photographie, en passant du reportage à la mode, photographiant les gangs comme les plus grandes stars, et réalisé au passage Shaft, film mythique pour la culture afro-américaine. Petit détail d'importance, Gordon Parks s'est construit une carrière exemplaire, en tant que noir dans une Amérique ségrégationniste, qui rappelons-le, refusait le droit de votes aux « gens de couleur » jusqu'en 1965.

Gordon Parks

L'affiche qui nous accueille à l'entrée de l'exposition en dit long. Côte à côte, la posture fatiguée de Muhammad Ali et le regard de madame Watson, orpheline, veuve et grand-mère bafouée par le racisme, défiant le drapeau des États-Unis. Et ce titre imposant : Une histoire américaine. Une, parmi d'autres, celle des Noirs américains.
Ce qui frappe avant tout dans les portraits d'inconnus des premières séries, c'est le regard fier qu'ils portent à l'appareil. Parks donne à voir une misère que son pays préfèrerait cacher. Mais aussi, à travers ses reportages sur la lutte des droits civiques, la force d'une communauté qui gronde. Ouvriers, fermiers, militants, célébrités, gens simples. Il s'évertue à montrer le visage multiple de ceux qu'une patrie mal-aimante voudrait cantonner aux mêmes rôles. On y croise les Blacks Panthers, Malcolm X ou Muhammad Ali, le Cassius qui inspirera l'œuvre de Basquiat quelques années plus tard. Toutes ces identités qui se sont érigées pour réclamer le droit d'exister dans un pays pensé par les Blancs pour les Blancs.

Gordon Parks

Parti de rien, Gordon Parks apprend seul la photo, pour rejoindre en 1942, aux cotés de Walker Evans et Dorothy Lange, l'équipe photographique de la FSA. Chargé de documenter les conditions de vie de l'Amérique rurale, il est le seul noir dans cette équipe, à sillonner le Sud ravagé par les conséquences de deux siècles d'esclavage. Il s'impose peu à peu après cette mission, à travers les sujets qu'il propose au magazine Life, sur les gangs, sur la vie d'Harlem. Il devient rapidement un photographe avec qui il faut compter : le premier photographe noir permanent de la rédaction, avant d'être le premier réalisateur noir à obtenir une véritable production hollywoodienne pour Shaft.

Mais tout comme les films de la Blackploitation veulent enfin des rôles de premier ordre pour les noirs, les photos de Gordon Parks refusent de s'arrêter aux clichés. Avant d'être noir, il est photographe, et aucune porte ne lui résiste de par son talent. Il réalise ainsi des séries de mode pour les plus grands magazines et résume de façon assumée : « C'était un temps de fanfreluches, d'illusion, d'élégance à l'ancienne ». Puis les stars de cinéma l'appellent, comme Ingrid Bergman, profondément touchée par le reportage de Parks sur le chef de gang Red Jackson. Et s'ensuivent des décennies de photographies, en noir et blanc, en couleurs, sur un pays rongé par ses guerres communautaires, mais aussi sur la nation du cinéma et de la pègre. Bref, des images qui racontent les États-Unis. Le titre ne nous aura pas menti.

Gordon Parks

Alors, en quoi la négritude de Gordon Parks a influencé son travail ? Il est aisé de faire le lien avec le travail de Bruce Davidson, qui avec sa série Time of Change, avait offert un document historique similaire sur la lutte des noirs dans les années 60. Oui mais ces deux photographes ne croisaient pas les mêmes fantômes dans leurs reportages. En choisissant de suivre un chef de gang d'Harlem, Gordon Parks savait qu'il devrait « replonger dans [son] propre passé. La douleur dont la mort de [ses] amis avait marqué [sa] propre enfance, était encore vive en [lui]. Maintenant [il avait] enfin l'occasion d'en faire quelque chose. »

Gordon Parks

C'est cette force qui l'animera jusqu'à ses derniers jours en 2006. Savoir qu'avec ses images, il pouvait à la fois affirmer son identité et offrir son regard au service des autres. Là ou Sergio Larrain avait baissé les bras et ne pensait rien changer avec sa pellicule, Gordon Parks militait dans chacune de ses photos.

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Arles 2013 : Gordon Parks - La couleur de l'œil



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