Nobuyoshi Araki. L'homme est connu pour ses images de femmes nues ligotées savamment. Mais il n'est pas l'auteur d'un seul forfait... Le musée national des Arts asiatiques-Guimet (MNAAG) de Paris consacre jusqu'au 5 septembre une grande rétrospective au sulfureux et ultra-productif photographe japonais.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
67 Retour arrière (No 159) (67 Shooting Back (No.159), 2007 / 2008, impression directe RP, H. 152,4 cm ; L. 101,6 cm, Yoshii Gallery, inv. YG-10797-NA. © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery.

Nous en avions parlé à l'occasion de son portrait tiré en mars : ce ne sont pas les 76 ans de cet homme qui freinent sa production artistique. Car oui, à ce rythme-là, le mot "production" ne peut être que le seul possible. Mais qu'importent les formes : l'érotisme et la mort restent au centre de ses jaillissements. Le MNAAG en éclaire chaque facette avec cette exposition qui retrace cinquante ans de travail (1965-2016) en plus de 400 photographies. En exclusivité, une série faite spécialement pour le musée : "Tokyo-Tombeau" de 2015, sorte de vision de la capitale japonaise à mi-chemin entre ville mortuaire et parc d'attraction.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Vue de l'exposition in situ. © Sophie Lawani-Wesley.

Même si dans sa jeunesse, il a commencé à photographier les fleurs (higan bana) dévolues aux morts, Araki, plus tardivement, y a vu des images loin de toute ambiguïté, tant les analogies graphiques avec les sexes féminins y sont évidentes. Une pivoine blanche dont les bords de quelques pétales rouges ressemblent à une coulure (l'affiche), une rose rouge velours dont les courbes forment une origine du monde. Le message est on ne peut plus clair.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Sans Titre, épreuve Cibachrome, H. 60 cm ; L. 90 cm, inv. NA249. © Nobuyoshi Araki – Courtesy the artist and Kamel Mennour, Paris

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Vue de l'exposition in situ. © Sophie Lawani-Wesley.

L'érotisme, il le proclame aussi par ces femmes qu'il ligote selon l'art ancestral du bondage (kinbaku) qui remonte au XVe siècle. À l'époque, ce sont les samouraïs qui maintiennent ainsi leurs prisonniers. Le jeu de la corde doit exercer une pression sur des points précis du corps. La longueur, la couleur, le parcours du lien entravant le corps, le nœud devant disparaître... autant d'éléments extrêmement codés. Araki en fait des photos d'un érotisme tapageur, souvent dérangeant.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Vue de l'exposition in situ. © Sophie Lawani-Wesley.

Mais l'exposition embrasse l'ensemble de la vie photographique du photographe japonais. Et elle ne serait pas complète sans l'évocation de cet unique amour qu'il rencontre dans les années 1970, celle qui deviendra sa femme et qu'il accompagne durant sa maladie et sa mort en 1990. Il publie alors Voyage en hiver qui couvre cette période et dont le titre répond à Voyage sentimental, recueil de photographies faites pendant leur voyage de noces. Une boucle de vie prétexte à la photographie.

Car l'homme est prolixe, il crée, il fournit, il fabrique, il produit, il photographie. Il publie. Au point par exemple qu'il est impossible de savoir exactement de combien de livres dont il est l'auteur. Trois cents, quatre cents ? L'exposition en présente la quasi-totalité.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Voyage sentimental 1 (Sentimental Journey 1), 1971, épreuve gélatino-argentique, H. 35,4 cm ; L. 43,2 cm, collection de la Maison Européenne de la Photographie, Paris. Don de la société Dai Nippon Printing Co. Ltd, Japon, inv. MEP 1995.126. © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Vue de l'exposition in situ. © Sophie Lawani-Wesley.

Nobuyoshi Araki est un curieux personnage. Ceux qui l'approchent aujourd'hui voit un homme toujours en ébullition... cette effervescence, il la puise aussi dans l'histoire artistique de son pays. Le musée Guimet a eu la bonne idée de choisir dans les archives du musée des estampes, des photographies ou des livres anciens répondant aux thèmes chers au photographe, mettant ainsi en lumière les évidentes correspondances qu'il existe entre son travail et l'histoire iconographique du Japon.

Exposition Araki au musée Guimet (Paris), du 16 avril au 5 septembre 2016
Renjô Shimooka (1823–1914), Daimyô vêtu d’un kariginu, années 1860, épreuve à l’albumine sur papier, inv. Savatier04, musée national des arts asiatiques-Guimet. © Musée national des arts asiatiques-Guimet (dist. RMN-GP) / Photo : MNAAG.

L'exposition nous offre là un voyage dans le temps et en images au cœur des obsessions du photographe le plus prolifique de son pays.

En parallèle, le musée Guimet a mis en place toute une série de projections de films japonais plus ou moins érotiques, et rend notamment hommage à Nagisa Oshima, auteur de L'Empire des sens (1972).

Araki
Du 13 avril au 5 septembre 2016
Musée national des Arts asiatiques-Guimet
6, place d’Iéna, 75116 Paris
Plein tarif : 9,50 € ; tarif réduit : 7 €

> Le site de l'exposition
> Programmation cinématographique

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