Heidi Levine pour son reportage "La Guerre et la guérison à Gaza" remporte le Trophée Photo Prix Nikon et le Prix du Public de ce Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre 2015.

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Hidya Atash, Palestinienne, observe peu après l'aube les décombres du quartier Shujayea depuis le dernier étage de sa maison familiale détruite par des tirs israéliens. Elle et sa famille de 40 membres ayant fui les attaques de l'armée de l'air israélienne, elle n'a pu constater l'étendue des dégâts que lors de son retour, durant un cessez-le-feu temporaire. © Heidi Levine

On se promène le long de l'Aure qui traverse la ville, la lumière est douce et l'ambiance, bucolique, presque romantique ; on s'imagine tenir la main de son compagnon ou de sa compagne, on se tourne vers le ciel bleu, on lève les yeux et d'un coup, ce que l'on croyait être une simple promenade se révèle être un choc : on se retrouve en plein sur la ligne de front à l'ouest de Bagdad. Un peu plus loin, on fait face à un Peshmerga qui tient dans les bras une petite fille en pleurs, à peine séparées de ses parents qui ont fui l'avancée de l'État islamique. Plus loin encore, un combattant perché sur son char affronte les djihadistes... Bienvenue à la 22e édition du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, exposition en plein air Des tirages grand format ornent les murs de la ville.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, exposition en plein air

Cette année encore, les reportages proposés se démarquent par leur qualité et leur travail à la fois de haute volée et tragique. De haute volée, car le palmarès de cette édition est indiscutable, puissant, émouvant. Et tragique, parce que le monde dans lequel nous vivons n'est pas un monde de paix.

De la Syrie, à l'Ukraine en passant par l'Irak, l'Afrique ou Gaza, les conflits font rage et les tragédies humaines se multiplient. Le jury a d'ailleurs primé un reportage sur cette dernière zone de conflit, jamais en paix, toujours au seuil d'un nouvel embrasement à travers le travail de Heidi Leivine : "La Guerre et La Guérison de Gaza". Un travail entre espoir et désespoir qui apporte un regard cru et singulier sur cette désespérante région du monde. D'ailleurs, le public ne s'y est pas trompé puisque le reportage de Heidi Leivine remporte à la fois le Prix Nikon (composé de 40 illustres journalistes) et le Prix du Public.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, soirée débat du 9/10/2015
1 500 personnes étaient réunies à la soirée débat du vendredi soir.

Un public vif et curieux, avide de réponses et d'information. La soirée débat de vendredi soir : "L'organisation djihadiste Daesh peut-elle créer un véritable État ?" l'a prouvé : plus de 1 500 personnes, de tous horizons, se sont assemblées sous le chapiteau des tables rondes. Si vous souhaitez une piste pour répondre à cette question, nous vous conseillons la lecture du livre Le Retour des Djihadistes de Patrick Cockburn, qui participait au débat — et autant le dire tout de go, le constat est pour le moins pessimiste.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, discours du maire Patrick Gomont
Discours de M. Patrick Gomont, maire de Bayeux, pendant le vernissage de l'exposition Nikon.

Un constat glaçant aussi que nous proposent Laurence Geai, que nous avons pu rencontrer, ainsi que son collègue Ayman Oghanna, tous deux photoreporters. Ils exposent parmi d'autres confrères leurs images "De Mossoul à Rakka" en grands tirages dans les rues de la ville. Laurence Geai nous déclare que la situation en Syrie s'apparente à un chaos humain dans lequel les populations civiles fuient à la fois les horreurs de Daesh, et subissent dans le même temps les bombardements du régime. Pour elle néanmoins, il est primordial de couvrir la guerre des deux côtés afin d'apporter toute la lumière et d'essayer de transmettre les clefs du conflit au public. Un point de vue intéressant pour cette jeune photographe qui arpente le terrain depuis seulement 2 ans, et qui est diplômée d'un Master 2 en études commerciales. Pour Ayman Oghanna aussi, les drames humains qui se jouent là bas sont le résultat d'un abandon des pouvoirs en place, lesquels ont même parfois favorisé la montée des extrémismes sous couvert de prouver à l'opinion internationale que les opposants sont des terroristes...

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, Moises Saman, Discordia
Discordia à la Tapisserie de Bayeux, Chapelle.

Cette montée de la violence, cette poussée de la haine, on la constate aussi depuis les Printemps arabes. Parmi les différentes expositions, nous retiendrons donc Discordia de Moises Saman, qui nous délivre une vision personnelle à travers quatre ans d'enquête au Liban, en Tunisie, Égypte, Libye et Syrie. Un reportage formant une chronique de l'inévitable mutation qui bouleverse le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord en cette période charnière.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, une semaine dédiée au reportage de guerre
Le prix Bayeux-Calvados met en avant le reportage de guerre pendant une semaine.

Un constat sans issue alors, tant pour le monde que pour le métier de photoreporter ? Si l'on s'en tient au dernier rapport de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia), on pourrait le penser, tant la profession y apparaît comme sacrifiée. Mais ce serait compter sans l'énergie sans cesse renouvelée des acteurs du secteur, des initiatives publiques et privées qui tentent par tous moyens de non seulement promouvoir et pousser les initiatives, mais aussi croire en l'exclusivité de cette profession.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre
Le prix Bayeux-Calvados, c'est découvrir les horreurs du monde dans un cadre préservé, bucolique et serein.

On le voit à Bayeux, mais aussi dans d'autres villes comme Perpignan et Arles, où les pouvoirs publics acceptent (pour combien de temps encore ?) de donner une existence à ces festivals dans les espaces publics. Et puis du côté des marques, il y a Nikon, qui est ici à l'initiative du prix photo et des dotations. On le sait : sans financement, difficile d'espérer aller plus loin que le bout de sa ville lorsque l'on veut couvrir l'actualité. Des prix qui apportent donc une bouffée d'air frais aux lauréats et leur permettent de financer leurs déplacements, les projets, la logistique sur place, voire le remplacement de leur matériel. La marque propose aussi chaque année désormais un atelier (workshop) pour de jeunes reporters du monde entier, animé par des formateurs de la Nikon School mais aussi des professionnels tout droit venus du terrain comme Andrea Bruce, détentrice d'un World Press, qui nous confiait pour l'anecdote travailler avec un Nikon D810.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, Guillaume Herbaut, Jean-Philippe Stassen, Vadimsky, Ukraine d'Est en Ouest, l'exposition
Le public est attentif. L'exposition "Ukraine d'Est en Ouest" draine aussi de nombreux scolaires.

Et puis on retiendra ces mots de Carlotta Gall, présidente du Jury de cette 22e édition, qui souligne à quel point la jeune génération "travaille bien", ajoutant que la qualité des travaux proposés au jury était d'une qualité "fantastique et puissante". Des adjectifs qui prennent tout leur sens dans la bouche de cette grande dame du journalisme qui a couvert pendant douze ans l'Afghanistan et le Pakistan pour le New York Times. À ceux qui souhaitent se lancer dans le métier, elle leur dit ceci: "Si on veut être journaliste juste par envie, alors ce n'est pas la peine, la profession est déjà assez surchargée comme ça, les conditions de travail sont difficiles et on gagne mal sa vie. Si on veut être journaliste, il faut le vivre avec son ventre, il faut que cela relève du sentiment"... On acquiesce avec un sourire en coin.

PBC 2015, 22e Prix Bayeux-Calvados - Rencontres des correspondants de guerre, exposition en plein air

Pour finir, on remarquera l'angoissant mais nécessaire travail de Christian Werner à travers son webdocumentaire Black Death, premier prix dans la catégorie Web Journalisme, qui rapporte le traitement des malades de la peste à Madagascar durant les deux dernières années. L'île compte en effet 500 cas par an en moyenne depuis 2009. L'œuvre de Christian Werner nous permet aussi de nous interroger sur notre rapport à l'information et ses nouvelles formes de diffusion. Nous pensons en effet que le web n'est pas encore totalement exploité comme support à part entière dans l'espace communicationnel et que c'est à travers les webdocumentaires que l'on pourra s'orienter vers de nouvelles formes de lecture de l'information.

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